DÉSIR DE LA. LIBERTÉ
rir, fussent dans l’esclavage comme leur père. Ces raisons des jurisconsultes ne sont pas sensées : il est faux qu’il soit permis de tuer dans la guerre autrement que dans le cas de nécessité; mais dès qu’un homme en a fait, un autre esclave , on ne peut pas dire qu’il ait été dans la nécessité de le
tuer puisqu’il ne l’a pas fait
» Il n’est pas vrai de dire qu’un homme libre puisse se vendre : la vente suppose un prix ; l’esclave se vendant, tous ses biens entreraient dans la propriété du maître; le maître ne donnerait donc rien
€t l’esclave ne recevrait rien Si la liberté
a un prix pour celui qui l’achète , elle est sans prix pour celui qui la vend.
» Supposons, d’ailleurs, qu’un homme puisse se vendre; il n’en résulterait pas qu un peuple entier pût aliéner sa liberté. Aliéner c’est se donner ou se vendre; or un homme qui se fait esclave d’un autre ne se donne pas , il se vend tout au moins pour sa subsistance. Mais un peuple, pourquoi se vend - 1 - il ? Bien loin qu’un roi fournisse à ses sujets leur subsistance , il ne tire la sienne que d’eux ; et , selon Rabelais , un
lois NATURELLES.
roi ne vit pas de peu. Les sujets donnent donc leur personne à condition qu’on leur prendra leurs Liens ; je ne vois pas ce qui leur reste à conserver.
» Dire qu’un homme se donne gratuitement, c'est dire une chose absurde et inconcevable; un tel acte est illégitime et nul, par cela seul que celui qui le fait n’est pas dans son bon sens : dire la même chose de tout un peuple, c’est supposer un peuple de fous : la folie 11e fait pas le droit.
» Quand chacun pourrait s’aliéner luimême, il ne peut aliéner ses enfans ; ils naissent hommes et libres; leur liberté leuç
appartient; nul n’a le droit d’en disposer
Renoncer à la liberté , c’est renoncer à sa qualité d’homme, aux droits de l’humanité et même à ses devoirs , il n'y a nul dédommagement possible pour quiconque renonce à tout, une telle renonciation est incompatible avec la nature de l’homme ; c’est ôter toute moralité à ses actions, que d’ôter toute liberté à sa volonté. »
Le droit d’esclavage fondé sur la naissance est donc plus illégitime encore que ceux dont on veut tirer l’origine de la