‹ Précis de la science du droit naturel et du droit des gens, ... précédé d'une introduction historique, et suivi d'une biographie, d'une bibliographie et d'un vocabulaire. Par M. MalepeyreChapitre 25 sur 64 · III. De la traite des Nègres · texte numérisé non relu

III. De la traite des Nègres

Si nous considérons avec Montesquieu et J.-J. Rousseau la liberté comme un droit inaliénable ; si nous pensons avec le profond métaphysicien Kant , que la première loi pratique de la raison est que tout être raisonnable est à lui - même son propre but , qu’il ne doit en aucune rencontre servir de moyen à la volonté arbitraire d’un autre , et qu’il ne peut en conséquence aliéner sa liberté , ni nuire à celle d’autrui ; quelles seront les expressions assez avilissantes que nous pourrons employer pour flétrir cet infâme trafic si long-temps favorisé par les gouvernemens anciens, toléré par les gouvernemens modernes malgré les cris et la juste indignation de la philosophie, et qui n’a disparu que lorsqu’il a été sapé par la réprobation de tous les peuples et par l’horreur générale qu’il a inspirée ? La traite des Nègres était un attentat permanent aux droits de l’humanité; on trafiquait de l’espèce humaine comme des animaux

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les plus t ils. On arrachait les esclaves à leur famille, à leur sol natal; on les entassait dans les cales des navires; l’avidité semblait leur reprocher l’espace étroit qu’ils occupaient dans ces cachots mobiles.

Le récit historique des cruautés que souffraient ces malheureux fait frissonner d’horreur ; et ces infamies, c’étaient des hommes civilisés qui les commettaient; ils les exerçaient comme un droit légitime, et cherchaient à les justifier par les sophismes suivans :

Dabord, disaient-ils, la race nègre est bien inférieure à la race blanche sous le rapport des qualités morales ; son intelligence est moins susceptible de développement : le noir forme l’anneau intermédiaire qui sépare l’homme de la brute. S’appuyant même des découvertes de l’anatomie et de la physiologie pour corroborer leur paradoxe, ils remarquaient que le trou occipital, c’està-dire l’ouverture qui communique de la tête au tronc , était beaucoup plus en arrière chez les noirs et surtout dans les races inférieures , telle que celle des Hottentots , que chez les peuples européens; ce que

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l’on considère généralement comme un caractère physiologique de l’animalité : ils remarquaient aussi que la partie frontale, qui est le siège des qualités supérieures de l’homme, était sensiblement déprimée chez ces peuples ; d’où ils concluaient qu’ils formaient une race inférieure qui devait être soumise à l’Européen, qu’ils considéraient comme le chef-d’œuvre de la nature. Si l’infériorité de l’intelligence devait nécessairement conduire à l’esclavage, combien d’Européens mériteraient des fers ! Mais les nègres ont tous les organes fondamentaux de l’intelligence : l’exercice et la civilisation développeraient infailliblement ces organes.

D’ailleurs , cette infériorité intellectuelle fûtelle invincible, elle ne détruirait pas la qualité d’hcmme et ne pourrait justifier le pouvoir sans limites qu’on s’arroge sur ces malheureux.

On a voulu encore légitimer l’esclavage par la nécessité ; mais ce vain prétexte s’évanouit en présence des leçons de l’expérience;

car ici la nature semble avoir voulu que l’humanité et l’intérêt fussent d’accord. L’économie publique enseigne que le travail

libre est .beaucoup plus avantageux et plus économique que les travaux des esclaves.

Que l’on compare, en effet, l’ardeur que met dans ses travaux le cultivateur qui doit nourrir l’épouse qu’il aime , les enfans qu’il chérit, et dont tous les instans sont employés à gagner le salaire modique qui suffit tout au plus à alimenter ces objets de son affection , avec l’indolence et le découragement qui sont l’apanage de l’esclave , dont l’activité ne peut être éveillée par intervalle que par les châtimens; que l’on compare et que l’on juge lequel est le plus profitable 1 Or la valeur des terres est toujours dans un rapport direct avec leur produit ; et comme le travail augmente la production , il en résulte que, sous tous les rapports, la liberté du travail doit être utile aux colons. Aussi l’Amérique nous offre-t-elle déjà d’heureux exemples de colonies libres qui prospèrent. Espérons que l’intérêt personnel et l’humanité se réuniront pour proscrire l’esclavage, que sans violence, et tout en respectant des droits acquis , nous verrons luire le jour mémorable où l’esclavage sera banni de tous les pays.

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