SITUATION DU PREMIER COUPLE. I
où durent se trouver les deux premiers humains sortis des mains du Créateur ; supposons qu’ils se fussent déjà familiarisés avec tout ce qui les entourait ; que la sécurité, qui résulte de la conscience de la supériorité , eût déjà fait disparaître la crainte inquiète, et qu’au milieu d’une nature riche et riante , dans ün jardin délicieux comme en présentent quelques versans de l’Asie, ils eussent déjà senti qu’ils étaient les rois des êtres ; que chacun d’eux, solitaire, parcourût chaque matin les sites enchanteurs, qui l’entourent; que l’onde pure qui fuit avec un doux murmure servît à étancher sa soif ; que les arbres îui offrissent abondamment une nourriture saine et agréable : tout lui sourit , tout semble vouloir contribuer à son bonheur, et cependant il désire : un besoin qu’il ne peut définir le sollicite et le tourmente : semblable à la jeune vierge, il soupire après un bien qu’il ne connaît pas encore ; il se plaint , et ses vœux incertains ignorent ce qu’ils appellent.
Conduits par le hasard, ces deux êtres se rencontrent ; ils se considèrent avec avidité ; un doux attrait les attire l’un vers
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l’autre , mais la timidité naturelle qui embellit la beauté lui fait baisser les yeux.
Elle tressaille ; elle liésite: tout-à-coup elle s’échappe, avec le désir d’étre poursuivie.
L’homme l’implore*, il la supplie de ne pas s’éloigner, il vole sur ses traces, il l’atteint, il la presse ; elle repousse mollement ses caresses, le désir triomphe, sa timide pudeur ne lui résiste plus ; il la prend par la main, la conduit au berceau de l’hyménée, une douce ivresse s’empare de leurs sens , et sur un lit de verdure et de rose ils. ont connu l’amour et ses délicieux transports.
§ H. — Influence de V amour sur le développement des facultés humaines.
L’existence qui se trouvait concentrée dans l’état d’isolement où nous avons supposé les premiers humains, dut devenir plus expansive, lorsqu’ils furent réunis et qu’ils sentirent qu’on pouvait aimer des objets placés en dehors d’eux-mêmes. Le sentiment qui les unit, les engage à chercher à se complaire; l’homme, qui a la conscience de sa supériorité, rassure et protège sa bien-aimée, dont
INFL. DK L’AMOUR SUR LES FAC. HUM. ÏOq
les caresses et la douceur l’enivrent: pour mériter son estime, il ne craint pas de s’exposer aux plus pénibles travaux; une caresse lui fait oublier ses peines. Il franchit des torrens, gravit les montagnes, fait la guerre aux animaux, et vient déposer à ses pieds la dépouille du sanglier qu’il a vaincu. Dans son désir de lui plaire, son esprit inventif imagine mille surprises agréables, il cherche à lui procurer les commodités et les agrémens de la vie, à la garantir de la rigueur du temps, à la mettre à l’abri des intempéries de l’air : c’est une idole qu’il se plaît à parer et à embellir.
Le désir de plaire à celle qu’on aime, l’amour, qui, comme toutes les passions, sollicite toutes les facultés de l’âme, a été sans doute un des agens qui a le plus contribué à la perfectibilité humaine : il a adouci les mœurs et servi avec efficacité la civilisation. En jetant son principe actif et énergique au milieu des relations des sexes, il a commandé les plus belles actions ed les plus grands efforts de l’esprit humain.
Lycurgue se servit de l’influence de l’amour comme d’un principe capable de con-
duire aux actions les plus nobles; il le fit entrer dans le système d’éducation des jeunes Spartiates , et leur énergie naturelle fut souvent soutenue par ce sentiment puissant.