‹ Précis de la science du droit naturel et du droit des gens, ... précédé d'une introduction historique, et suivi d'une biographie, d'une bibliographie et d'un vocabulaire. Par M. MalepeyreChapitre 30 sur 64 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

T endressé des père et mère pour leurs enfans.

Cet être merveilleux qui a su plier à ses besoins et façonner à sa volonté tout ce qui l’entoure ,'qui a pénétré les mystères les plus secrets de la nature, qui a découvert le mécanisme merveilleux de l’univers, et s’est élevé aux théories les plus sublimes par la seule force de son génie; cette créature surprenante naît cependant dans un état complet de faiblesse et d’incapacité de corps et d’esprit , au milieu des cris que lui arrache la douleur. Son instinct conservateur se borne à saisir la mamelle qui doit soutenir sa débile existence , et , s’il était abandonné dans cet état presque passif de la vie, il n’aurait vu le jour un seul instant que pour être bientôt replongé dans le néant.

Mais le Créateur, dont la sagesse nous confond , et quon admire d’autant plus qu’on

tendresse des père et mère. III

étudie davantage les nombreux phénomènes du monde matériel et de l’intelligence, a pourvu à la conservation de ces êtres encore imparfaits, en les confiant à l'amour de leurs père et mère. Il a mis dans l’âme des humains un sentiment de tendresse tellement puissant, tpie les soins infinis qu’exige l’enfance, les peines et les travaux qui en sont la conséquence , sont supportés avec résignation par les père et mère, et le plus souvent considérés comme des devoirs doux et agréables. Nous aimons, nous chérissons ceux à qui nous avons donné la vie; nous leur sacrifions nos veilles, nos plaisirs; un sourire de notre enfant nous console de tous nos sacrifices.

Ce sentiment est plus vif chez la femme que chez l’homme , parce que c’est elle qui, après avoir éprouvé les souffrances qui précèdent et qui suivent l’enfantement, doit veiller sans cesse autour de cette faible créature; elle l’aime avant qu’elle ait vu la lumière, elle l’adore lorsqu’elle la serre dans ses bras : les douleurs qu’elle a éprouvées la lui rendent encore plus chère. Chez elle, ce sentiment s’élève souvent jusqu’à l’héroïsme,

elle défend son enfant au péril de sa vie; elle s’exposerait à mille morts pour le préserver du trépas ;‘elle sacrifie un bien plus précieux à ses yeux que la vie, sa beauté, pour conserver l’existence de celui qu’elle a mis au monde; elle souffre de ses douleurs, partage ses juies, le console dans ses chagrins, est enivrée de son bonheur lorsque, plus avancé dans la carrière de la vie, il a mérité des éloges ou obtenu des succès ; et, lorsque vers le déclin de la vie la mort lui a ravi l’époux qu’elle aimait, toute sa tendresse se concentre sur son fils ; elle ne vit plus que pour lui, son existence s’attache à la sienne, et le coup qu’il recevrait frapperait deux victimes.

O femmes! ce sublime sentiment qui vous anime, vous rend dignes de tous nos hommages ; il vous met au-dessus de nous; c’est de la vertu sans faiblesse !

SECTION PREMIÈRE

Tm. monogamie est dans la nature de l’homme.

L’étude de la zoologie a démontré que parmi les animaux, les uns, comme les pi-

MONOGAMIE DANS LA NAT. DE l’hOM. 1 1 3

geons, les tourterelles , l’autruclie, etc., sout monogames ; les autres, comme le coq , le paon, etc. , sont essentiellement polygames.

L’histoire naturelle de l’homme ne laisse aucun doute sur le but de la nature à cet égard ; elle l’invite par les attraits les plus puissans à la monogamie ou au mariage ; aussi la plus grande partie des peuples de la terre, et surtout la plus civilisée , vit -elle dans cet état qu’on peut appeler naturel; ce n’est guère que chez les nations où' le luxe a perverti les mœurs des grands et des riches, sous des climats hrûlans qui invitent à la luxure, que l’on voit légitimer par les lois nationales la pluralité des femmes.

Mais ce n’est qu’en étouffant les sentimens naturels, qu’en les sacrifiant aux plaisirs grossiers des sens qu’on a pu admettre la polygamie. L’union des cœurs, cette douce intimité qui résulte du mariage, cette communauté de joie et de souffrances, la tendresse paternelle, qui se concentre sur l’enfant qui liait d’une union légitime, et qui s’égare au milieu d’une nombreuse lignée qui assiège les parvis d’un sérail, toutes les jouissances morales disparaissent avec la

polygamie. Ce n’est plus un époux en présence de sa bien-aimée, c’est un maître qui commande à des esclaves, à des machines caressantes, qui ne doivent avoir d’autres pensées, d’autres passions que celles de plaire au despote qu’elles servent, et de se haïr Tune l’autre; dont toutes les actions doivent tendre aux plaisirs d’un être déjà rassasié de jouissances , et qu’elles ne peuvent aimer puisqu’elles le redoutent. .

La pluralité des femmes ne peut d’ailleurs convenir qu’aux états despotiques , où l’esclavage est dans les mœurs; elle ne serait pas tolérable dans les contrées où la liberté est considérée comme un droit qui appartient aux deux sexes; ou l’on reconnaît que les femmes, cette belle portion du genre humain, doivent aussi jouir de ce droit précieux; où l’on sait qu’il n’est pas permis de les parquer comme des animaux; qu’en les cloîtrant, l’homme abuse de sa force; qu’il prive la société d’un de ses charmes les plu s séduisâns; qu’il résiste à ses affections, et sacrifie ses sentimens à ses jouissances matérielles.

Montesquieu, il est vrai, pense que la polygamie n’est pas un usage contre la nature

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MONOGAMIE DANS 1,A NAT. DU l’hOM. Il5 dans les climats du midi; il fonde son opinion sur les calculs qu’on a faits, dit-il, en divers endroits de l’Europe, et qui constatent qu’il y naît plus de garçons que de filles, et qu’au contraire, les relations de l’Asie et de l’Afrique disent qu’il y naît plus de filles que de garçons; d’où il conclut que la loi d’une seule femme en Europe, et celle qui en permet plusieurs en Asie et en Afrique, sont en rapport avec les climats. Mais ces calculs sont-ils bien authentiques? Si l’on veut considérer l’énorme importation de femmes qui se fait en Orient, tout porte à croire qu’ils sont inexacts ; les conséquences qu’il en tire ne sauraient donc être vraies.

Il ajoute cette considération : « Dans les pays chauds les femmes sont nubiles à huit, neuf et dix ans ; ainsi l’enfance et le mariage y vont presque toujours ensemble ; elles sont vieilles à vingt ans : la raison ne se trouve jamais chez elles avec la beauté.

Quand la beauté demande l’empire, la raison le fait refuser; quand la raison pourrait l’obtenir, la beauté n’est plus; les femmes doivent donc être dans la dépendance. »

Cette pensée est fort ingénieuse, mais elle

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n’est pas concluante , et nous pouvons ajouter que les faits ne sont pas rigoureusement exacts.En effet, dans les climats chauds la vie est plus courte, le corps acquiert sa perfection plus rapidement; aussi l’esprit se développe avec le corps, et la beauté devient ainsi contemporaine de la raison. D’ailleurs, le développement des facultés physiques et intellectuelles suit la même marche précipitée chez les hommes, et les relations morales des sexes se trouvent ainsi favorisées par la nature, comme dans nos pays tempérés et dans les climats septentrionaux, mais seulement dans un âge plus précoce.

Au surplus, nous pensons que Montesquieu accorde trop d’influence au climat, et n’en donne pas assez à l’éducation et aux institutions : sans doute le sol, l’atmosphère influent directement dans chaque pays sur les productions de la nature, sur l’homme comme sur les végétaux; mais le gouvernement exerce aussi une grande influence sur notre nature. Chaque peuple a eu dans la révolujion des siècles ses phases de gravité et d’étourderie , de sagesse et de frivolité , d’héroïsme et de lâcheté»

MONOGAMIE DANS LA NAT. DE l’hOM. II7

Voltaire fait remarquer, en effet, que l’empereur Julien dit dans son Misopogon que ce qui lui plaisait davantage dans les Parisiens, c’était la gravité de leur caractère et la sévérité de leurs mœurs ; que l’on compare ce portrait avec celui des habitans de cette ville à l’époque des guerres de la Fronde, et même sous le règne de Louis XV I

D’où vient, ajoute le satirique auteur, que Rome a pour ses Cicéron , ses Caton , ses Tite-Live des citoyens qui n’osent parler, et une populace de gueux abrutis, dont le suprême bonheur est d’avoir quelquefois de l’huile à bon marché , et de voir défiler des processions ?

Le temps change tout, excepté les lois de la nature; celles-ci régnent partout en souveraines. Les préjugés, l’ignorance, le despotisme peuvent avoir assez d’influence pour faire méconnaître pendant une longue série d’années les lois qui ne sont que des corollaires des lois principales de la nature humaine; ils peuvent détourner ces sources de leurs cours naturels, mais elles finissent toujours par suivre leur pente. La liberté et le mariage, qui sont des conséquences de

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ces lois primitives, régneront paroles progrès delà civilisation. sur toute la surface de la terre, et l’homme se trouvera ainsi rappelé vers le véritable but de la nature, l’état le plus heureux dont il puisse jouir dans cette vie.

Je terminerai cette section par les considérations suivantes. Dans les pays où la polygamie -est dans les lois de l’État , elle est le partage de la classe opulente; le peuple, c’est-à-dire la masse de chaque nation, vit dans l’état de mariage. Montesquieu luiméme, tout en pensant que la polygamie n’est pas contraire aux lois de la nature dans les climats du midi, avoue cependant qu’elle ne lui paraît pas utile.

Dans les pays où elle est en usage, l’observation démontre que la population, loin de s’accroître, est moindre que dans les pays où le mariage est en honneur.

Enfin, en Amérique, dans les latitudes les plus brûlantes, sous la ligne, la polygamie n’est pas considérée comme un besoin :

elle n’est ni dans les mœurs ni dans les lois.

Parlerons-nous de la pluralité des maris , de la polyandrie t confinée dans un petit coin

DEVOIRS DES Él*OUX. . IUJ

île la terre, au Thibet? Elle semble encore s’éloigner bien plus de la nature de l’homme et du but de l’union des sexes, la propagation de l’espèce.

§ I er . — Des devoirs des époux l’un envers * l’autre.

Nous nous sommes efforcés de prouver , dans la première partie de cette section, que le mariage n’est pas une situation adventice, un contrat purement civil, exigé par l’intérét social , mais une conséquence nécessaire de notre nature morale, de nos affections, de nos besoins. Nous allons actuellement exposer brièvement les devoirs qui résultent de cet état.

Les époux se doivent mutuellement fi délité et assistance dans leurs besoins. Le mari, «à qui la nature accorde la supériorité physique, et dont l’intelligence, en raison de la plus grande activité de sa vie, se développe davantage par l’expérience, doit protéger et diriger sa femme. De son côté, la femme doit obéissance et déférence aux volontés de son mari.

Les égards mutuels, la bonne amitié qui

doivent régner dans une pareille union, font d’ailleurs disparaître ce que ces idées de protection et d’obéissance pourraient avoir d’injurieux pour l’épouse; sa dépendance ne doit être que celle de l’amitié.

§ II. De l’adultère.

La filiation des idées que nous avons présentées nous conduit à considérer l ’ adultère comme un crime, comme une violation manifeste, non -seulement des institutions civiles, mais encore des lois de la nature.

S’il est volontaire de la part de l’épouse, il porte le trouble dgns le sein de la famille, il détruit la confiance de l’époux. Un doute funeste s’empare de son cœur: cet enfant qu’il élève sous ses yeux, auquel il prodigue ses soins , n'est peut-être pas le fruit de ses œuvres; peut-être un sang étranger coule-t-il dans ses veines.

De la part de l’époux, il a des conséquences moins fatales; mais il peut anéantir la bonne intelligence, et provoquer de funestes représailles.

Mais si l’adultère est le résultat de la violence, il prend un nouveau caractère de cri-

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