‹ Précis de la science du droit naturel et du droit des gens, ... précédé d'une introduction historique, et suivi d'une biographie, d'une bibliographie et d'un vocabulaire. Par M. MalepeyreChapitre 34 sur 64 · SENTIMENT RELIGIEUX. 1*J · texte numérisé non relu

SENTIMENT RELIGIEUX. 1*J

ce n’est qu’en résistant à ce sentiment inté- " rieur , en faisant violence à sa propre nature, que l’homme peut arriver à V athéisme.

Première preuve de l'existence de ce sentiment.

Lucrèce avait dit que la crainte avait fait les dieux ( Primas in orbe deos fecit timor). L’on s’est plu à répéter cette idée, qui a été adoptée et développée par Volney. Mais Épicure , que l’on considère à * tort comme un des plus ardens apôtres de l'athéisme, puisqu’il n’a jamais nié l’existence des dieux , mais qu’il prétendait seulement qu’ils étaient complètement oisifs , que rien n’agissait sur eux, qu’ils n’agissaient sur rien , ce qui constituait leur bonheur, que leur sagesse et leur vertu faisaient seules leur joie, Epicure, dis-je, nous offre le plus puissant argument contre l’erreur du poète latin , qui n’a trouvé que trop de partisans dans les temps anciens et modernes.

« Oui, s’écrie le philosophe athénien, il y a des dieux ; l’évidence des idées nous le démontre. Sans avoir l’idée d’une chose, c’est-à-dire sans en avoir une représentation mentale, nous ne saurions la concevoir ni en

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parler; or quel peuple , quelle sorte d’hommes n’a pas, indépendamment de toute étude, une idée, une prénotion des dieux? » Dans son livre de la Règle et du jugement , qui , comme tous les ouvrages de l’auteur , n’est pas parvenu jusqu’à nous , il développait cette pensée profonde, et faisai t sentir la force et l’utilité de ce principe.Cicéron, danslepremier livre de Natura D eornm, reproduit quelques-uns de ses argumens : « Puisque cette idée n’est pas une opinion qui vient de l’éducation , de l’habitude ou de quelque loi humaine , mais une croyance ferme et unanime parmi les hommes, il en résulte que c’est par des notions gravées dans nos âmes ou plutôt innées, que nous comprenons qu’il y a des dieux ; or tout jugement, quand il est universel , est nécessairement vrai ; il faut donc reconnaître qu’il y a des dieux, et comme les philosophes et les ignorans s’accordent tous sur ce point , il faut reconnaître que les hommes ont naturellement une idée, une prénotion de la Divinité. »

Les raisonnemens que Cicéron met dans la bouche de Cotta, dans ce même livre, d’après les doctrines d’Arcésilas, ne peuvent dé-

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