‹ Précis de la science du droit naturel et du droit des gens, ... précédé d'une introduction historique, et suivi d'une biographie, d'une bibliographie et d'un vocabulaire. Par M. MalepeyreChapitre 7 sur 64 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Principes

Nous nous proposons de renfermer dans un cadre étroit tous les principes d’une vaste science. Nous voulons combattre presque tous les systèmes qui ont été établis sur le Droit naturel, et présenter, sinon une théorie entièrement nouvelle, au moins un système qui nous semble plus complet que tous ceux qui ont été mis au jour jusqu’à cette époque par la philosophie ; il est donc nécessaire de procéder avec une exactitude rigoureuse, de serrer les pensées et de renfermer beaucoup d’idées sous le plus mince volume de paroles.

L’esprit d analyse et la méthode nous con-

duisent naturellement à donner la définition exacte de la loi naturelle. En effet, dans tout corps de doctrine il est nécessaire de commencer par la définition , afin que l’on saisisse bien l’objet mis en discussion.

SECTION PREMIÈRE

Définition de la loi naturelle.

Les Lois , dans leur acception la plus étendue, sont, suivant la définition que Montesquieu a empruntée à Cicéron, les rapports nécessaires qui dérivent de la nature des choses (i). En ce sens le monde matériel a ses lois, le monde moral ou intellectuel a également ses lois.

On appelle Lois physiques les rapports nécessaires dès corps entre eux; Lois morales , les rapports vrais ou naturels qui existent entre les êtres moraux , c’est-à-dire entre les personnes; l’ensemble de ces rapports constitue l’ordre social. Ainsi c’est une loi de la naturé physique que tous les corps qui ne sont pas dominés par une force étrangère

(») Ratio profecta à natura rerum.

se précipitent vers le centre de la terre : celte loi a reçu le nom de gravitation ou pesanteur. C’est une loi du monde moral que l’homme fasse usage de son intelligence, qu’il compare ses actions avec leurs conséquences, qu’il recherche tout ce qui peut lui être utile , et qu’il évite tout ce qui menace son existence.

Ce qui constitue les caractères distinctifs des lois naturelles , c’est d’être immuables, universelles, raisonnables, bienfaisantes.

1° La loi naturelle est universelle. — La loi naturelle étant, comme nous l’avons vu, le résultat des rapports nécessaires qui existent entre les choses, elle est conséquemment inhérente à leur existence. On ne peut donc concevoir aucune chose dans la nature qui puisse se soustraire à cette loi , puisque c’est la condition essentielle de son être.

Elle est donc commune à tous les temps, à tous les pays, en un mot elle est universelle.

a° Elle est immuable. — Puisque la loi naturelle est inhérente à l’existence des choses, elle ne peut cesser d’agir .tant que le corps ne change pas de nature; elle est donc immuable relativement à ce corps. Ainsi la DROIT NATUREL. 3

plupart des êtres organisés doivent, en vertu d’une loi de leur constitution physique, respirer incessamment; cette loi , il est vrai, est plus ou moins impérieuse pour les diverses espèces d’animaux , elle peut même être suspendue pendant quelques momens sans qu’il en résulte la destruction de l’être : ainsi le plongeur peut, par l’habitude et la violence , s’y soustraire pendant quelques instans ; mais si la contrainte se prolonge, l’être est détruit, et la loi cesse par rapport à lui. Cependant elle a conservé son caractère d’immuabilité relativement aux êtres semblables. Il en est de même de la pesanteur ; si je soulève un corps matériel, je suspends les lois de la gravitation; si je le lance dans l’espace, je lui imprime une impulsion entièrement opposée à la force qui le domine naturellement ; mais la loi reprend bientôt son empire, et le corps, dégagé de toute entrave, se précipite vers le centre. Je ne puis le soustraire à cette loi, même en le désorganisant.

3° Elle est raisonnable et bienfaisante. - — Les lois du monde physique et intellectuel n’éjtant que les élémens qui constituent l’har-

DEFINITION DE LA LOI NATURELLE. 35 monie de l’univers , il en résulte qu’elles sont essentiellement raisonnables, autrement la nature ne présenterait qu’un véritable chaos, la confusion régnerait où nous apercevons l’ordre ; l’anarchie, où nous voyons la sagesse. Il est donc de l’essence de la loi naturelle que ces préceptes soient conformes à la raison et à l’entendement humain. Elle doit être également bienfaisante , et conduire naturellement l’homme qui obéit à sa voix, vers un but salutaire, le bonheur. Si la loi naturelle était malfaisante; si l’homme était plongé dans un milieu où il ne pourrait vivre librement ; si les objets dont il est entouré ne se trouvaient pas en rapport avec sa nature; s’il ne trouvait au fond de son cœur que des germes corrompus, que des sentimens vicieux, le genre humain serait bientôt détruit, ou plutôt, l’espèce n’aurait jamais pu se développer.

SECTION II

§ I er . — Lois de la nature morale de l'homme.

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Quelques philosophes, et particulièrement Hobbes, Vertuysen, Bayle, Bolingbroke et

surtout Bentham , ont nié l’existence des lois naturelles. Ils ont pensé, avec l’école de Cyrène, que le juste et l’injuste étaient arbitraires, et que les conventions ou la force étaient l’origine des lois ; nous aurons occasion de réfuter cette erreur, en examinant tout-àd’heure les principaux systèmes qui ont été imaginés sur le droit naturel, et particulièrement les théories de Hobbes et de Bentham.

Quant à nous , l’existence des lois naturelles nous paraît tellement évidente qu’il suffit d’apporter à leur examen un esprit dégagé de préjugés pour les reconnaître.

Mais ce n’est ni dans les institutions des peuples anciens , ni dans le Décalogue , comme l’ont fait le docteur Warburton et M. le vicomte de Bonald, ni dans les sept préceptes que Noé, dit-on, nous a transmis, que l’on doit puiser la science des lois :

elle surgit naturellement des sources les plus profondes de la philosophie.

C’est de la nature de l’homme , comme d’une source pure et inépuisable , que l’on voit découler toutes ses obligations et tous ses devoirs ; et si la plupart des philosophes

NATURE MORALE.DE l’hOMME.

se sont, jusqu’à nos jours, égarés dans leurs théories sur les lois de la nature , c’est qu’ils ont voulu établir des systèmes a priori , sans rechercher les véritables bases qui devaient leur servir d’appui; c’est qu’ils ont négligé d’étudier la nature de l’hommej et que, flottans et incertains sur les véritables sources de ses penchans, de ses passions et de ses talens, ils ont ignoré que l’organisme humain était adapté à une série de qualités intellectuelles d’où découlaient naturellement.la lé- • gislation, la morale et la religion ; que les systèmes arbitraires ne pouvaient avoir qu’une existence éphémère, et que celuilà seul qui serait puisé dans l’essence de l’homme pourrait avoir ce caractère de fixité qui est le critérium de la vérité.

C’est en nous bornant à la recherché des facultés et des opérations de l’âme, c’est en suivant l’homme dans les diverses périodes de son développement, que la métaphysique pourra, comme la physique, devenir une science certaine. Les physiologistes philosophes, tels que Bonnet, Cabanis, le docteur Gall, dont la mort prématurée fera mieux apprécier les vues savantes et philosophiques,

et les autres physiologistes qui ont écrit sur la métaphysique, ont fait faire des progrès plus réels à la science, que toutes les métho* des hasardées, que lord Bolingbroke 'appelle des entreprises téméraires; et nous ne dou- ‘ tons pas que ce ne soit à la physiologie que nous devrons un jour la perfection des sciences morales.

§ II. — Nature de T homme.

L’homme est un être doué de facultés physiques comme les autres animaux, et de facultés morales qui lui sont propres; l’existence matérielle de l’homme, quoique essentiellement liée à son existence morale , peut cependant en être séparée par la pensée.

Facultés physiques. — Comme animal , la nature lui a donné tous les organes internes et externes.propres à sa conservation ; il se trouve en rapport avec le monde matériel par ses organes extérieurs , il est aussi soumis à des lois physiques qui sont indépendantes de son existence morale. Ainsi, s’il veut conserver sa vie , il faut qu’il se garantisse du froid comme de la chaleur exces-

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