CHAPITRE XXVI
Histoire des Grecs et des Perses, depuis la fin de Texpédition des Dix mille jusqu'au traité d'Antaicidas , 400-387.
Deux idées avaient constamment préoccupé les Spartiates et les Athéniens, depuis le combat de Mycale. La première était d'établir leur domination sur les autres républiques de la Grèce européenne, et sur les Grecs asiatiques, après avoir arraché ces derniers au joug étranger pour les placer sous le leur. La seconde était de
(1) Xénophon, Anab., IV, 4, 6, 6, 7 ; V, 4 : 07)(iaupob<; ipxm vfivTiiiévtov ita-cpCovî. Diodore, XIY, 30.
EXPÉDITION d'aGÉSILAS EN ASIE. 65
tirer des Perses une éclatante vengeance des périls qu'ils avaient courus , des ravages qu'ils avaient soufferts pendant la guerre Médique, et de prévenir le retour d'une semblable invasion.
Les Atliéniens avaient obtenu tous ces résultats, au moment où ils avaient contraint le grand roi à signer le traité de Cimon. La guerre du Péloponèse avait transféré aux Spartiates le commandement de la Grèce d'Europe et d'Asie , le pouvoir de disposer de ses forces militaires. A peine ils s'en virent investis, à peine ils eurent terminé cette guerre du Péloponèse, dont la cour de Suze avait essayé de prolonger le cours indéfiniment, qu'ils reprirent le projet longtemps suspendu d'humilier, d'anéantir même, s'il était possible, l'ennemi commun. Ils pi:éludèrent à des attaques plus directes par les secours fournis au jeune Gyrus.
Les troupes auxiliaires qu'ils envoyèrent à Cyrus produisirent en Perse le même effet que les intrigues et l'or des rois de Perse avaient produit en Grèce : ils y alimentèrent la guerre civile. Le ressentiment d'Artaxerxès Mnémon égala ses craintes. L'entreprise du jeune Cyrus, à laquelle ils avaient participé , ne tendait à rien moins qu'à lui ravir la vie avec la couronne : à ses yeux, les Spartiates étaient à la fois des ennemis publics et personnels.
Les Spartiates passèrent bientôt de l'attaque indirecte à l'attaque directe ; ils prirent l'offensive par les expéditions de Tliimbron, de Dercyllidas, d'Agésilas. Us avaient pour but d'enlever l'Asie Mineure au roi de Perse. Leur II. 4.
66 PRÉCIS DE l'histoire ancienne.
attaque était d'autant plus redoutable qu'ils réunissaient les deux moyens de suprématie jusqu'alors partagés entre eux et les Athéniens, celui de la marine et des finances, et celui des forces cohtînentales. L'expédition d'Agésilas fut évidemment le prélude de celle d'Alexandre le Grand t le roi de Sparte fraya la route au roi de Macédoine. Mais 11 ne semble pas qu'il soit entré dans les desseins des Spartiates d'attaquer la Haute-Asie; et c'est en quoi les plans d'Alexandre diffèrent essentiellenaent des leurs. Ils ne poursuivaient que la diminution de la puissance et du territoire des Perses ; Alexandre projeta et accomplit la ôonquête de tout leur empire.
I. rintéHeur tffe tû Pèrèe après ta bataille de Cunaxu, AOO (i). — Après la bataille de Cunaxa , tarysatis livre à d^affreux supplices un soldat carien et l'eunuque Mésabate, coupables d'avoir trempé dans la ruine et la naort de Gyrus, son fils de prédilection : elle se débarrasse d'une rivale puissante^ en empoisonnant Statira. Soumis dès longtemps à son empire, Artaxerxès la laisse impunément saiis&ire sa vengeance et son ambition ^ même sur ses plo^ fidèles serviteurs 9 même sur sa femme. A ces âcèties de sé-
(i) Pour o« idiaiillre^ Xénophon^ H^Uenicai L IIl, IV et Y, et Panegyr. ^^miot.— Diodore, 1. XIY» 6» 8S-40, 79*87i S9, 91*«6, 97, 99, 100. - Plutarque, in Àrtaxerxe, Lysandro, Àgesilao.— Cornélius, in Conohe.