PUISSANCE DE THÈBES
Histoire de la Grèce, depuis le traité d'Ântalcldas jusqu'à la bataille de Leuctres, 386-371.
Le traité d'Antalcîdas, conclu avec les Perses par les Spartiates, a suspendu les hostilités des Grecs, mais n'a pas éteint leur rivalité. Lacédémone vient de sacrifier sa
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gloire et les vrais intérêts de la Grèce à son ambition et aux craintes que lui inspirent les succès de Gonon. Pour dominer sur ses rivaux et conserver un empire près de lui échapper, elle a abandonné aux Perses toutes les villes grecques de TAsie, et détruit ainsi la barrière qu'elles formaient, depuis le traité de Gimon, contre les invasions du grand roi. Une politique aussi injuste devient le germe de nouvelles hostilités. Pendant le temps écoulé depuis le traité d*Antalcidas jusqu'à la bataille de M antinée , la Grèce éprouve une agitation qui peut être comparée aux grands mouvements produits par la guerre du Péloponèse. Mais ce ne sont pas les mêmes peuples qui jouent le premier rôle sur cette scène politique. Nous retrouvons encore Sparte à la tête d'une grande confédération; mais ses plus anciens alliés sont devenus ses plus redoutables ennemis, et elle est secourue , dans les dangers les plus imminents, par le peuple dont elle avait tenté plusieurs fois de consommer la ruine.
Maîtresse absolue dans le Péloponèse, elle porte ses armes dans laThrace, où elle veut fonder un empire nouveau, et elle fait servir une odieuse trahison à l'accroissement de sa puissance dans la Grèce. Mais l'excès de son ambition et de son despotisme lui suscite , comme naguère à l'ambitieuse Athènes , une résistance imprévue et des périls nouveaux, au moment où elle croit avoir établi sa suprématie sur une base inébranlable. Une ville, qui n'a encore joué qu'un rôle secondaire , va demander compte à Lacédémone de ses usurpations et II. 5.
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de ses Injustices, et entreprendre , sous les auspices de deux grands hommes, une lutte qui lui donnera dans la Grèce une prépondérance qui ne tombera qu'à la mort d'Épaminondas (i).
386. Les Lacédémoniens ^ voulant se venger des villes qui; dans la dernière guerre , ont favorisé leurs ennemis, assiègent Mantinée, détruisent ses fortifiGa* tions et forcent les habitants à se diviser eti quatre bourgades. Ils rétablissent dans Phlionte les citoyens qui ont été bannis petit* leur fidélité au parti de Lacédémone, 382. Ils potteht ensuite leurs vues sUr la Thrace , où les Olynthiens ont élevé une puissance redoutable , envoient Eudamidas commencer le siège de leur ville avec deux mille hommes , et ordonnent des levées considérables pour le continuer. Phébidas, en conduisant de nouvelles troupes en Thrace , traverse une partie du continent de la Grèce , s'arrête sous les murs de Thèbes y et est introduit dans la citadelle par Léontiadès^ chef de l'une des deux factions qui partagent la ville. Isménias , chef du parti contraire , est chargé de chaînes, et subit le dernier supplice par la sentence des juges envoyés de Sparte.
(1) Pour ce chapitre, voyez Plutarque et Gomélins Népos, Vies de Pélopidas, d'Agésilas et d'Épaminondas; Xénophon, Histoire grecque; et V Histoire universelle de Diodore de Sicile, Uvre XV.
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Ses partisans, pour éfchapper au même sort, abandonnent Thèbes, au nombre de quatre cehts , et se réfugient à Athènes. Les êphOres dortdanihent Phébidas à une amende^ et le privent du commandement; mais^ tout en sévissant contre lui, ils profitent de sa perfidie, gardent la Cadmée, et y laissent une garnison de (juinze cents hommes. Assurés de leur donquête ^ ils chargent Téleutias de conduire une armée de diU mille hommes devaut Olynthe. Téleutlas obtient des succès dans la première campagne ; mats il trouve la mort dans la seconde, avec l'élite de son artîlée. Le rot Agésipolis lui succède et meurt de maladie, après avoir emporté Torone d'assaut et avoir ravagé les terres des Olynthiens. Polybiade les réduit enfin par la famine, et leur accorde la paix à condition qu'ils auront pour amis et pour ennemis les amis et les ennemis de Lacédémone, et qu'ils marcheront sous les drapeaux de fcette république , 380. Spâtte voit les thébains et leS Béotiens entièrement soumis, les Corinthiens devenus ses alliés, Argos abattue, Athènes abandonnée , la puissance d'Olynihe anéantie Son empire, qui semble pour longtemps affermi , va être renversé par le peUple même qu'elle opprime. Sept bannis , suivant Xénophon , ou dou^e, diaprés PlutarqUe, commencent celte révolution importante, qui est accomplie par les vertus et le patriotisme de Pélopidas et d'Épaminondas. Les conjurés, partis
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d'Athènes sous la conduite de Pélopidas, sont introduits dans Thèbes par le greffier des Polémarques , leur complice : ils massacrent les tyrans réunis dans un festin , et appellent tous les Thébains à la liberté. La garnison , effrayée de Télan patriotique d'une cité qui, la veille, était dans les fers^ n'ose se défendre et rend la citadelle sans combattre. Les Spartiates punissent de mort deux des harmostes qui ont livré la Cadmée, et condamnent le troisième à Fexil, 379-
Les Athéniens , qui ont donné asile aux exilés de Thèbes, redoutant le courroux de Lacédémone, font le procès à leurs généraux pour n'avoir pas dévoilé la conjuration de Pélopidas. Mais les Thébains, dans la crainte que tout le poids de la guerre ne tombe sur eux , les rendent à leur alliance, en persuadant à Sphodrias de surprendre le Pirée pour détruire la puissance maritime d'Athènes. Cette violation de la foi publique, pour laquelle Sphodrias ne subit aucune condamnation, irrite les Athéniens et les jette dans l'alliance de Thèbes, à laquelle ils fournissent soixante galères. Les Spartiates en viennent à une guerre ouverte contre Thèbes. Les rois Cléombrote et Agésilas font plusieurs invasions successives dans la Béotie, et ne peuvent s'y maintenir, quoiqu'ils soient secourus par les villes ennemies de Thèbes. Les Thébains opposent à des forces et à une tactique supé-
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rieures une opiniâtreté indomptable. Ils se préparent, par des escarmouches multipliées, à une guerre plus importante, et s'accoutument à affronter la valeur des Spartiates, réputés encore invincibles. Cléombrote les combat sans succès. Agésilas fait admirer sa valeur dans cette lutte opiniâtre ; mais il apprend aux Thébains Tart de triompher de Sparte. Au combat de Tégyre, les Thébains, inférieurs en nombre, s'ouvrent un passage à ti*avers la phalange de leurs ennemis. Phébidas . l'auteur de la guerre qui désole la Grèce , est vaincu et reçoit la mort sous les murs de Thespies. Les Lacédémoniens défendent en vain Tbespies et Platée. Ces deux villes succombent sous les efforts des Thébains, qui les ruinent de fond en comble. Ces derniers reçoivent alors d'autres secours d'Athènes. Chabrias , après avoir combattu avec gloire dans les plaines delà Béotie, commande avec le même succès la flotte athénienne , et remporte une victoire navale, près de Naxos, sur les forces de Sparte; Timothée ravage les côtes de la Laconie, s'empare de Gorcyre, et triomphe, à Leucade, de Nicoloque, amiral lacédémonien , 375.
Les Thébains, se voyant maîtres de la Béotie , essayent de s'emparer de la Phocide et s'allient avec Jason, roi des Thessaliens. Ce prince, par des conquêtes successives, avait soumis à sa domination les Maraces, les Dolopes et les Épirotes. Polydamas, de
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Pharsale, sollicite en vain les secours de Sparte potir soustraire sa patrie au joug tfue JasoU â imposé sur toute la Thessaiie. Les Lacédérnohiens se bôrtiétit à défendre la Phocide/et sont trop ock^upés de la guerre qu'ils ont soulevée dans la Grèce, pour pouvoir s'opposer aut ptogrès de la puissance de Jason. Mais les Athéniens, s*apercevant que leurs efforts et leurs victoires contribuent surtout à la grahdeUi* de Thèbes , renoncent â son alliance et concluent la paix avec les Lacédémoniens , 374. La guerre së rallunie entre ces deux républiques aU sujet des bannis de Zacyiithe, que îimothée rétablit dâtiS leur tte. Lès Làc5édémoniens , avec les vaisseaUï de Gorinthe, deLeiicade et d*Ambi*acîe , attaquent COf cyre et mettent Athènes dans la nécessité de la défendre. Mnasippe cominande la flotte des alliés, ravage les terres des Corcyréens, et est sur le point de les réduite par la ftimîne , lorsque Târrivée des troUpes athéniennes rend le courage aux assiégés et porte le découragement dans l'armée victorieuse. Iphicrate dirige cette expédition avec habileté, s'empare des galères de Syracuse envoyées par Denys au secours des Lacédémoniens , disperse leur flotte et menace le territoire de la Laconte , 374. Thèbes , par son orgueil et son ambition , perd une seconde fois Talliance d'Athènes. La ruine de Platée et de Thespies , la dispersion de leurs habitants , Tindépendance de la Phocide toujours menacée > dévoi-
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lent le despotisme ambitieux des Thébains, et soulèvent contre eux les peuples natufelletnent ennemis des Spartiates. Les députés d'Athènes , ceux de Corinthe et des principales villes de la Grèce, se rendent à Lacédémone. Ëpaminondas est chargé de défendre les intérêts de sa patrie contre les prétentions de Sparte : c'est la première fois que ce grand homme a l'occasion de faire connaître les talents et les vertus qu'il a cultivés dans le silence. Le roi Agésilas, illustré par un grand nombre de victoires , domitie l'assemblée et s'indigne que le député de Thèbes réclame pour sa patrie , dans la Béotle , les mêmes droits que Lacédémone exerce dans la Laconie. Il efface le nom des Thébains du traité que Sparte conclut avec les autres villes de la Grèce , et Cléombrote , qui protégeait alors la Phocide , reçoit ordre de Conduire son armée dans la Béotie. Le6 Thébains ne lui opposent que des troupes inférieul*es en nombre. Mais leur cavalerie est plus exercée : Ëpaminondas est à leur tête , et Pélopidas commande sous lui le bataillon saCré. Les deux armées en viennent aux mains près de Leuctres. Les Lacédénionîens y éprouvent une déroute complète : le roi Cléombrote y perd la vie. Quatre mille hommes, parmi lesquels on compte mille Lacédémoniens et quatre cents Spartiates, restent sur le champ de bataille, 371. Cette victoire étonne la Grèce et exalte les espérances des Thébains. Vainqueurs des Laoé-
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démoniens , ils vont devenir les protecteui's de tous les peuples que ces derniers ont longtemps asservis ^ et menacer à leur tour Tindépendance de toutes les cités helléniques. G.