PUISSANCE DB TH^BES^ EPAMINONDAS
§ II. — Tnmbles dans Viniérieur du Péloponèse; première invasion d'Épamnondas , 370-369.
La Grèce, délivrée de la crainte que lui inspirait le génie entreprenant de Jason, se place sous Tinfluence du roi de Perse. Athènes invoque le traité d'Antalcidas et en fait reconnaître les principes, afin de déclarer libres les villes du Péloponèse et de la Béotie, qui sont dans la dépendance de Sparte et de Thèbes. Aussitôt les factions agitent les villes , les anciennes rivalités se réveillent, tout le Péloponèse est en armes. Les Arcadiens relèvent leurs murailles , au mépris de la défense des Lacédémoniens , qui leur déclarent la gueri-e. Ils fondent Mégalopolis^ d'après le conseil d'Ëpaminondas, afin qu'en rassemblant dans un seul point la population de quarante villes éparses dans toute TArcadie, ils soient plus en état de résister à leurs ennemis (1). Les Tégéates en viennent aux piains au sein de leur ville : le parti vaincu trouve un asile à Sparte. Agésilas envahit l'Arcadie pour réduire les Mantinéens, auxquels se sont réunies les troupes do Tégée, d'Argos et de l'Élide, 369. Les Thébains accourent à la défense de leurs alliés du Péloponèse et entraînent avec eux les Phocidiens, les Eubéens, les Locriens, les Acarnaniens, les Héracléens, les Maliens et la cavalerie de la Thessalie. Quatre cents ci-
(1) Pausanias, chapilre de rArcadic.
94 rasois dis l'|iu¥qiiib ANcniiint.
toyens exilés de leur patrie étaient naguère les seuls ennemis que Lacédémone eût à redouter parmi les Thébains : quelques années après , soixante-dix mille hommes , placés sous les ordres d'Ëpaminondas et de Pélopidas , ravagent la Laconie et font trembler Lacédémone. Agésilas, avec de faibles troupes, préside à la défense de sa patrie. Ischolas , qu'il oppose aux Arcadiens, meurt dans la Sciritide avec le mênae héroïsme que Léonidas aux Thermopyles. Le roi de Sparte promet la liberté aux Hilotes pour prix de leur bravoure, et donne des armes à six mille d'entre eux. A la guerre étrangère se joint le danger des conspirations intestines : les Thébains couvrent les bords de TEurotas , et des citoyens de Sparte , à la vue du camp ennemi , cherchent à consommer la ruine de leur patrie. Agésilas , par son adresse, trompe leurs vues criminelles , et , posté sur le quartier le plus élevé de la ville , il refuse le combat que lui offrent les Thébains , et attend que la discorde dissipe leur formidable armée. Épaminondas, désespérant de se rendre maître de Lacédémone, s'en éloigne, mais il brùie plusieurs places de la Laconie et assiège Gythium, arsenal des Lacédémonîens, Les succès des Thébains efirayent même les peuples qui les ont appelés dans le Péloponèse. Les Arcadiens, les Argiens et les Éléens se détachent les premiers de leur armée. Les Athéniens, qui sont restés étrangers à cette guerre,
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se décident enflo à prondre piupti pour LAeédémone^ et envoient Iphiorate à son secours , avec toutes les forces de la république. Ëpaminondas , réduit par la défection de ses alliés à abandonner le Péloponèse , veut laisser des ennemis aux portes de Sparte : il rétablit l'Arcadie et la Messénie en corps de nation, et fonde la ville de Messène. Il échappe ensuite à l'armée d'Iphicrate, et rentre dans la Béotie couvert de gloire. Les Thébains^ mécontenta qu'Épaminondas et Pélopidas aient conservé le commandement au delà du terme prescrit par les lois , veulent les en punir par une condamnation capitale. Les juges absolvent ces deux grands hommes , et pardonnent Toubli des lois en faveur des services importants qu'ils ont ren« dus à leur patrie.
§ m. — Alliance de Lacédémone avec les rois de Perse et de Syractue; deuxième invasion d'Épaminondas dans le Péloponèse; bataille sans larmes , 368-367.
Après la retraite des Thébains , les Lacédémoniens règlent à Athènes les conditions de leur alliance avec cette république^ et Fon convient que les deux peuples auront alternativement le commandement des troupes de terre et de mer. Denys de Syracuse leur envoie vingt galères montées par des Gaulois et des Espagnols. Le roi de Perse favorise leur cause , et se déclare contre les Thébains^ sur leur refus d'aban-
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donner la Messénie sous la puissance des Lacédémoniens. Mais les Arcadiens , les Argiens et les Éléens, dans la crainte de subir la vengeance et la domination de Lacédémone^ appellent une seconde fois les Thébains dans le Péloponèse. Épaminondas force le passage d'Onée^ réunit ses troupes à celles des alliés ^ assiège Sicyone et Pellène, et manque de surprendre Ck)rinthe. Ghabrias, envoyé par les Athéniens^ arrive pour sauver cette ville ^ repousse les Thébains victorieux , et balance la fortune d'Ëpaminondas , qu'il réduit, à l'aide de la cavalerie de Denys, à retourner dans la Béotie.
Cependant Thèbes conserve encore la prééminence sur toutes les cités ennemies de Lacédémone. Un citoyen de Mantinée , Lycomède , veut la lui ravir, et persuade aux Arcadiens qu'ils sont en état de combattre seuls pour maintenir leur indépendance. Enflés de quelques succès obtenus sur les troupes d'Athènes et de Corinthe , ils s'aifranchissent de la protection de Thèbes, et, réunis aux Argiens, ils osent affronter la puissance des Spartiates et en venir aux mains avec eux dans la Laconie. Ils sont vaincus près de Midée par Archidamus, dans une bataille qui ne coûte pas un seul homme aux vainqueurs , et qui est appelée la bataille sans larmes, 367.
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S IV. — Affaires de la Thessalie et de la Macédoine, 370-367.
Les Thébains s'applaudissent d'une défaite qui rend leurs secours plus nécessaires ; ils entretiennent la rivalité de tous ces peuples , dans Tespérance de dominer dans le Péloponèse. Ils ne restent pas étrangers aux événements qui ont eu lieu en Thessalie et en Macédoine. Jason^ 370^ avait eu pour successeurs Polydore etPolyphron, ses frères. Polyphron avait donné la mort à son frère ^ et avait été assassiné à son tour par Alexandre^ fils de Polydore. Alexandre, s'étant emparé par ce meurtre de l'autorité suprême^ était devenu odieux aux Thébains par sa tyrannie^ et redoutable aux peuples de la Grèce par les brigandages qu'il exerçait sur terre et sur mer. Les villes de la Thessalie ayant réclamé la protection de Thèbes , Pélopidas est envoyé à leur secours avec une armée; il rend la liberté aux villes opprimées et chasse le tyran de Larisse. Dans le même temps, 368, une médiation non moins importante appelle le général thébain en Macédoine. La mort d'Amyntas lY y avait fait naître la guerre civile : la couronne était disputée par Ptolémée à Alexandre , l'aîné des fils d'Amyntas. Pélopidas est choisi pour juge de leur différend : il prononce en faveur d'Alexandre, et envoie à Thèbes, comme otages, son frère Philippe et trente enfants des premières familles de la Macédoine. Pou de temps II. a
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après , la Thessalie retombe sous le joug d'Alexandre de Phère , et la Macédoine sous celui de Ptolémée. Pélopidas se read de nouveau en Macédoine y et, satisfait des proaiesses qu'il reçoit de Ptolémée y il lui accorde la tutelle de se^ neveux et la régence du royaume ; mm, @n tr» versant sans défiance la Thessalie^ qui avait demandé une seconde fois les secours de Thèbes , il est iait prisonnier par le tyran , qui n'ose attenter à ses jours. Une armée thébaine envahit aussitôt la Thessalie ; con^maudéa par des généraux inhabiles, elle n'obtient aucun succès. Ëpaminondas, alors dans la disgrâce des Thébains^ qui Taccusaieût d'avoir épargné les l^cédémoniens près d'Onée » est forcé 9 par les soldats avec lesquels il servait , de se mettre à leur tête , et délivre de la captivité le compagnon de ses travaux et de sa gloire ^ 367.
S V. — Âmhc^sade des Grecs à la cour de Perse; troisième tiivasion d'Épaminondas dans le Péloponèse : mort de Pelopidas^ 366-365.
lies Thébains , sans cesse occupée des moyens d'assurer leur prééminence dans la Grèce , députent Pélopidas vers le grand roi^ afin d'obtenir par la poUtique la supériorité qu'ils ne peuvent conquérir pai l^ura victoires. Les députés des principales villes é la Qrèce l'avaient précédé à la cour de Siue. 11% prennent Artaxerxès Mnémon pour juge de leurs que*
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relies , et lui donnent le spectacle de leur corruption et de la faiblesse de leurs républiques. Ce prince accorde sou alliance aux Thébains , et menace de la guerre Sparte , si elle ne laisse pas Messène libre ; Athènes, si elle ne retire pas ses galères. Les Thébains essayent en vain dé soumettre les autres villes à leur ambition et à Tempire des Perses. Ëpaminondas envahit une troisième fois le Péloponèse , et s'empare dePAchaïe. Cette contrée, la Sicyonie, la Phliasie et TÉlide deviennent le théâtre de nouvelles hostilités. Leurs habitants, les Thébains et les Spartiates, et leurs alliés , épuisent leurs forces dîths des combats multipliés , qui n'amèrient pas de résultat. Duphron, à la faveur des troubles qui agitent le Péloponèse et la Grèce j veut asservir Sicyone, sa patrie, et est massacré paf quelqties'-uns de ses concitoyens , en présence des magistrats de Thèbes, où il s'était rendu pour obtenir des secours, 363. Ëpaminondas conçoit le projet de donner aux Thébains Tempire de la mer : il équipe une flotte de cent trirèmes, parcourt la mer Egée, feVorise la révolte de Chio, Rhodes et ByÉftnce contre Athènes, met eti fuite la flotte athénienne^ commandée par Lâchés, et gagne ces villes au parti de Thèbes.
Thèbea triomphe au dehors, mais au dedans un ennemi domestique médite sa ruine. Quelques exilés, de conc^ avee lefe habitants d'Orehomètiè, forment
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le projet de surprendre la citadelle et de changer le gouvernement. Les auteurs de ce complot , découverts par la faiblesse de quelques complices^ sont condamnés au dernier supplice ; les Thébains assouvissent par la destruction d'Orchomène Tinimitié qu'ils nourissaient tontre cette ville depuis les temps héroïques.
Mais, pendant que l'empire des Thébains commençait à sfétendre depuis le Péloponèse jusqu'aux îles de la mer Égée^ Alexandre de Phère ruinait les villes de la Thessalie et rétablissait son autorité par la violence. Pélopidas, qui avait été déjà l'arbitre de la Thessalie et de la Macédoine , s'empresse de se rendre dans une contrée qui révère son nom. Une éclipse de soleil glace d'effroi l'armée thébaine qui doit le suivre, et trois cents cavaliers seulement osent braver la puissance du tyran de la Thessalie et le phénomène céleste que Ton regarde comme le présage de quelque grande calamité. Le désir de se trouver en présence du tyran qui Ta jeté dans les fers, au mépris de la foi publique, lui fait négliger les précautions que commandent les forces de son ennemi. Quelques Thessaliens se joignent à la troupe de Pélopidas. Ce héros succombe près de Cynocéphales; ses soldats vengent sa mort en faisant éprouver une défaite sanglante à leurs ennemis. Plusieurs revers essuyés par Alexandre détruisent son empire tyrani^que ; il est
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lui-même assassiné, quelques années après, par les frères de Thébé^ sa femme. Les peuples de laThessalie etlesThébains rendent à Pélopidas les plus grands honneurs que puisse obtenir la vertu, 366.
§ VI. - Nouveaux troubles excités dans le Péloponèse ptvr Us Areadiens ; qwitrième invasion et mort d'Épaminondas , 364-363.
Corinthe, fatiguée de la guerre, se détache de l'alliance de Lacédémone, et obtient des Thébains la paix pour elle et pour les Phliasiens. Mais les Areadiens n'aspirent pas seulement à l'indépendance , ils prétendent doiAiner dans le Péloponèse; ils envahissent TÉlide, partagée alors en deux factions, s'emparent d'Olympie, de Margane, d'Olure, et triomphent des Éléens et des troupes de Lacédémona Archidamus, pour délivrer l'Élide, fait une invasion dans l'Arcadie, mais essuie une dé&ite sanglante près de Gromne. Les Areadiens, enflés de tant d'avantages, font célébrer avec les habitants de Pise les jeux publics (104* olympiade). Les Éléens, auxquels appartient Fintendance de ces jeux, en troublent la célébration par une attaque soudaine, et massacrent un grand nombre de leurs ennemis. Les Areadiens, malgré cet échec , restent maîtres du temple de Jupiter, pillent ses richesses et font servir à un usage profane les dons offerts par la piété des peuples de la Grèce. n. 6.
103 PHiC» DE L'HIItOmS AtfdtEfmt.
Cette profanation épouvante bientôt les Arcadiens eux-mêmes ^ et donne lieu à de nouveaux troubles. L'assemblée généf-ale du pays traite avec les Ëléens, et menace ceux qui ont pillé le temple de Jupiter. Les coupables, pour éviter le châtiment que leurs dilapidations font peseï* sur leurs têtes, appellent les Thébains dans la JPéninsule, sous prétexte que l'Arcadie est près d'embrasser le parti de Lacédémone. Ëpatnînondaê fait une quatrième invasion ûam le Péloponêse avec l'armée thébaine, grossie dés troupes de l'Eubée et de la thessalie. Les Arcâdieti» dont soutenus par les Spartiates, les Éléens, les Achéens et les Athéniens. Ëpamihondââ, pendant qû'Agésiks concentre toutes des forées dans Mantitiée , essaye de surprendre Sparte^ et éé dirige dans TArcadie après avoir échoué dans cette tentative, rendue inutile par la vigilance de ses ennemis. Les Thébains et les Spartiates en viennent aux mains près de Mantinée. Là Victoire reste aux Thébains , qui l'achètent par la mort d'Épâminondas, 363. Épaminondas fut le plus grand homme de son siècle et l'un des héros les plus accomplis de l'antiquité. Avec lui s'anéantit l'emph^ de Thèbes, qui |iassa rapidement du rôle de puissance prépondérante à un état de faiblesse et de servitude dont elle ne se releva jamais. G.
RlivOLTSS CONTRB iBS PEAllS. 103