II
174 PRÉCIS DS l'histoire ANCIENNE.
vaste étendue de provinces, 11 conduit aussi son armée de terre le long des côtes, pour n'être pas séparé de sa flotte , pour ne pas manquer de subsistances.
En partant du Granique , il soumet la Mysie et la Lydie : Sardes, capitale de la Lydie, lui ouvre ?es portes; il y trouve les bordereaux des sommes que Démosthène avait reçues du roi de Perse pour alimenter en Grèce la guerre contre Philippe (1). 1 subjugue la Carie, où Memnon défend longtemps contre lui Milet et Halicarnasse. Dans toutes les villes grecques, il rétablit la démocratie, leur gouvernement favori A une époque où les superstitions païennes exerçaient sur les esprits un empire illimité , comme le prouvent les deux guerres de religion faites par Philippe , Alexandre offre aux Éphésiens de rebâtir leur temple de Diane. Dans chaque province il rend aux Asiatiques leurs lois héréditaires , et remplace le despotisme des rois de Perse par un gouvernement équitable et modéré; il ne veut laisser derrière lui que des peuples qui le regardent comme un libérateur. Après s'être emparé des ports de la Lycie et de
(1) « Tout fut découvert dans la suite par Alexandre, qui 9 trouva à Sardes quelques lettres-quittances de Démosthène, et » les registres des lieutenants du roi, où étaient marquées les » sommes qu'Us lui avaient fournies. » Plu tare, in Demosth.
RiONl ET CONQl'ftTES d' ALEXANDRE. 475
la Pisîdie jusqu'à Pesga , il entre en Phrygie , arrive à Fanci^uie capitale Gordium^ coupe le célèbre nœud gordien, et persuade à ses soldats ^ déjà rassurés antérieurement par des prédictions et des prodiges favorables , qu'il a rempli Toracle qui lui donne Fem- ' pire de TAsie.
Après la bataille du Granique livrée contre son avis^ Memnon^ ennemi digne d'Alexandre^ lui avait disputé le terrain pied à pied , était parvenu à afikiblir sou année dans les sièges prolongés de Milet et d'Halicarnasse. En sortant de cette dernière ville ^ et pendant la marche du Macédonien en Lycie, en Pampbylie^ en Phrygie, Memnon avait monté la flotte persane^ avec la résolution d'occuper les îles de la mer Egée, surtout les plus voisines des côtes de l'Asie. Il voulait rétablir les communications entre la Grèce et l'Asie, préparer des lieux d'où les mercenaires grecs pussent facilement passer sur les terres des Perses; couper même la retraite à Alexandre^ dans le cas où il éprouverait une défaite. En quittant les lies; Memnon devait se porter en Macédoine et en Grèce , y fomenter les mécontentements et une insurrection générale. Il se saisit des Iles de Gos et de Lesbos, tandis qu'Alexandre le Lyticeste, gendre d'Antipater et l'un des principaux seigneurs macédoniens , séduit par l'or des Perses et par son ambition , pcHTtait ses vues jusqu'au trône de Macédoine ,
et complotait à Phaselis contre les jours du conquérant. Memnon préparait peut-être à Aleiuindre d'insurmontables difficultés , quand il périt au siège de Mitylène. Après sa mort, on ne trouva pas dans tout l'empire de Perse un seul homme capable de suivre ses projets^ et Alexandre put désormais exécuter les siens sans distraction.
n reçut la soumission de la Galatie et des Paphlagoniens , traversa la Cappadoce en vainqueur^ força les Portes Giliciennes , subjugua la Cilicie et s'empara de Tarse , la capitale. Il tomba malade à Tarse pour s'être baigné dans les eaux du Gydnus; mais l'habileté de son médecin Philippe le rendit bientôt à la vie^ à l'amour de ses troupes et aux combats.
y. Bataille d'Issus-, conquête de la Célésyrie, de la Phénicie, de la Palestine^ de V Egypte. — 333. Alexandre défait dans les plaines d'Issus la multitude des Perses et trente mille Grecs mercenaires que Darius conduit contre lui. II s'honore en respectant la famille du roi vaincu. Il le laisse fuir au delà de l'Ëuphrate : fidèle au plan qu'il s'est tracé dès le commencement, il prétend achever l'invasion des provinces maritimes et s'affermir dans les conquêtes déjà faites avant d'en commencer de nouvelles. La révolte de la Phénicie sous Ochus » les révoltes conti^ nuelles de l'Egypte depuis Cambyse^ lui garantissent le succès de l'invasion. Il fait reconnaître son auto-
RÈGNE ET CONQUÊTES d'aLEXANDRE. i77
rite dans la Célésyrie et à Damas , où il trouve une première partie des trésors de Darius et les ambassadeurs d'Athènes, de Tbèbes, de Sparte, qui ne se lassent pas de conjurer avec les Perses contre ses succès et ceux de la Grèce. Dans la Phénicie, Aradus, Marathus, Byblos, Sidon, lui ouvrent leurs portes avec empressement : Tyr résiste ; il la prend et la saccage après sept mois de siège , 332 , mais ne la détruit pas, comme on Ta avancé sans fondement (1). La conquête de la Phénicie entraîne celle de la Palestine : les Macédoniens sont longtemps arrêtés devant les murs de Gaza, défendue par Bœtis (2). Les Égyptiens lui livrent leur pays : il sacrifie à leurs dieux dans Memphis; les rétablit dans la jouissance de leurs lois et de leur religion ; attribue le gouvernement civil à un naturel du pays et le pouvoir militaire à un Macédonien : ordre établi par lui dans la plupart des autres contrées , afin de concilier sa sûreté avec le respect pour les mœurs, les coutumes, les propriétés des vaincus. Il fonde la richesse et la pros • périlé de TÉgypte pour mille ans, en traçant luimême le plan d'Alexandrie , destinée par sa position
(1) Tyr fut si peu détruite, que dix-huit ans après elle fut assiégée par Ântigone, et qu'elle lui résista quatorze mois.
(2) Arrien,Plutarque, ne disent rien de Tindigne traitement exercé par Alexandre contre Bœtis dans le roman de Quinte- Curce.
178 PRÉCIS DE L'HI$tX)lRK ANCIENRB.
à devenir, à la place de Tyr dévastée, l'entrepôt commercial de TAfrique , de l'Asie et de TEiirope , 331. Il vint ensuite en Libye, comme il est alla à Gordium, se concilier les oracles et donner à ses armes Tappui des superstitions païennes. Après s'être fait déclarer fils de Jupiter par les prêtres du temple d'Ammon , après avoir obtenu une réponse qui loi est favorable auprès de ses soldats et des barbares^ après avoir reçu de nombreuses recrues de la Macédoine , de la Thrace , de la Grèce , il court au delà de l'Ëuphrate et du Tigre chercher Darius , dont il a repoussé les propositions de paix.
VI. Bataille d'jirbelles , mort de Darius , fin de la monarchie des Perses. — 331. Alexandre gagne la bataille d'Arbelles; dans cette action , la conduite de Parménion peut justement paraître suspecte (1); Le petit nombre de mercenaires grecs qu'on y vit combattre prouve la sagesse des plans d'Alexandre. Darius fuit. Le vainqueur s'empare d'Arbelles, de Babylone^ de Suze ; défait les Uxiens , force le pas de Suze,
(1) « En général on accusa Parménion de n'avoir pas fait son » devoir dans cette journée , et d'avoir marqué ou beaucoup de » lâcheté ou beaucoup de lenteur, soit que la vieillesBe eût éteint » son courage et son audace , soU , comme l'écrit CalUsthènef, n qu'il regardât comme un fardeau insupportable la grande » puissance d'Alexandre , et qu'il portât envie à son élévation, » laquelle, à son gré, devenait trop grande. » Plut., in Aleund.
KkQVM n COKQIJÉTBS D'âLEXANDKE. 179
se rend maître de Persépolis^ où il incendie quelques bâtiment attenants au palais des rois de Perse (1): il entre ensuite dans Ëcbatane , ville principale de la Médie. Ainsi il se satisissait , atec toutes les capitales de Fempire de Perse, du centre de Tadministration et du gonvenieiiieot, conimedes ridiessesde l'ennemi^ sa principale ressource. Ce n'est qu'après la prise de possession de ces villes importantes qu'il commence la poursuite de Darius , 330. Ce prince est trahie puis assassiné par Dessus et par Nabarzane aux frontières de l'Arie : sa mort met fin à la monarchie persane , qui avait duré 206 ans depuis Cyrus.
Pendant que ces événements ont lieu dans TOrient, les Thraces se révoltent, et les Spartiates arment vingt mille hommes. Antipater marche contre eux. Les Thraces sont domptés. Les Spartiates sont vaincus, m Arcadie , dans un combat où ils perdent cinq mille soldats et leur roi Agis, 330* Ces soulèvements arrivent trop tard pour détruire la suprématie d'Alexandre en Grèce , et l'arracher de l'Asie -, mais ils prouvent, avec la guerre Lamiaque, ce qu'aurait pu faire un homme tel que Memnon. A. P.
(1) Gillies, c. XXXVIII; Volney, Lévest^ue, t. III, p. 422, ont ptouvé cpi' Alexandre n'avait brûlé ni la ville nî mémte le palais de Persépolis, mais qnelques bâtiments attenants. Quint&<:arc« n'épargne pas une senle maison de Persépolis.
180 PRBUIS DB L HISTOIRE ANCIENRB.