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CHAPITRE XXXm

Histoire des Macédoniens, des Grecs et des Perses, depuis la mort de Darius jusqu'à la mort d'Alexandre, S30«323 (1).

La monarchie des Perses a pris fin ; mais Alexandre a encore à conquérir la moitié de leur empire. Il a soumis , avec la rapidité d'un voyageur, les contrées centrales comprises entre la mer Egée et la M édie, de tout temps destinées à Fesclavage par leur mollesse : il trouvera la même facilité dans les autres contrées centrales, depuis la Médie jusqu'à TArachosie. Mais, dans la Bactriane et la Sogdiane, il aura à surmonter le courage et la vigueur des peuples septentrionaux , leur horreur pour le joug étranger : là , des travaux et des dangers sans nombre l'attendent , et la guerre prend une face toute nouvelle.

I. Fin de la conquête de V empire des Perses, 329-328 — Alexandre part de la Médie , subjugue en

(1) Pour ce chapitre, principales sources : Arrian., Exped. Alexand., 1. Ill-Vll; Diodor. Sic, 1. XVll, c. 74-118; Plutarc, in Alexand. Justin, 1. XII. Parmi les modernes, Montesquieu Sainte-Croix, cités plus haut.

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courant le reste des pays du centre^ la Parthie^ l'Hyrcanie^ où il reçoit la soumission de Nabarzane et pardonne à ce meurtrier; les provinces des Mardes, des Ariens , des Drangiens. Dès lors il adopte les coutumes des Perses y auxquels il prouve, par cette première démarche^ qu'il veut être pour eux un roi, et non pas un conquérant despote. Dans la Drangiane^ Dymnus conspire contre lui. Le complot est connu de PhilotaS; qui ne le révèle pas. Alexandre réprime les conspirations, chaque jour renouvelées contre sa vie, et le développement marqué de l'esprit d'indépendance dans ses généraux, par le rigoureux supplice de Philotas et l'odieux assassinat de Parménion. Après la mort de Darius , Bessus a pris chez les Bactriens les marques de la royauté , et organisé une redoutable résistance. En sortant de la Drangiane , Alexandre le poursuit à travers KArachosie, le pays des Arimaspes et la chaîne du Paropamisus. Il entre en Bactriane, prend Tune des forteresses nommée Aorne , et Bactres , capitale du pays. Il passe l'Oxus avec peine ^ et reçoit le traître Bessus des mains du traître Spitamène ; il ordonne le supplice de Bessus. Spitamène succède aux projets de Bessus. Il soulève secrètement contre Alexandre les Scythes, qui, dans la Sogdiane^ habitaient en deçà du Jaxarte. Alexandre les dompte avec peine ^ prend Maracande et force les Sogdiens à recx>nnaître une première fois II. 11

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ses lois. 11 projette d^étabHr sur le Jaxarte une vltte qui tienne en respect les Scythes , placés au delà de ce fleuve.

Ce dessein arme les Scythes contre lui , tandis que Spitaniène soulève la Sogdîane et la Bactriane. Pour la premièi'e fois^ depuis son départ de Pella^ Alexandre se trouve dans une situation dangereuse. Il passe le Jaxarte et défait les Scythes dans une grande bataille. Il comprime trois soulèvements dans la Bactriane et dans la Sogdiane , marqués d*iin eôté par la destruction de Cyropolis et de la ville des Mémacéniens, par la prise de Petra-Oxiana et du roc Choriènes , par l'extermination de cent mille Sogdiens et* la mort de Spitamène, 327; d'un autre côté, par la construction de la dernière Alexandrie et de six forts dans la Margiane , par son mariage avecRoxane, fille d'un seigneur persan , dans le pays des Saces , par l'incorporation des vaincus dans ses troupes , par Pabolîtion de l'usage barbare où étaient les Bactriens de livrer aux chiens leurs pères parvenus à une vieillesse décrépite, 327 ; enfin , par l'importation dans la Transoxiane d'une civilisation dont les Arabes ^ au temps de leurs conquêtes, c'est-à-dire sept siècles après notre ère, trouvèrent les nombreux et indestructfl)les résultats.

A la fin de ces expéditions , Alexandre tue GHtus à Maracande. Dans la Bucaeène^ il prétend se ftiire

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adorer, soit comme un dieu , soit au moins comme les rois perses : Callisthènes s'y oppose. Alexandre l'im* plique peu après dans la conspiration du jeune Hermolaus , et fait périr ce philosophe^ dont l'innocence ou la culpabilité sont devenues un problème pour la postérité (i).

IL Expédition d'AUxandre dans Vlnde^ 327. — Une partie des Sogdiens et des Bactriens enrôlés sous les drapeaux macédoniens, dix-sept mille hommes de renfort reçus de la Macédoine^ portent l'armée d'Alexandre à cent vingt mille soldats. La passion des conquêtes^ mêlée à des grands projets de découvertes, de navigation et de commerce, lui inspire Tidée de souokettre l'Iikle. L'Inde , égalemeut remarquable par ses institutions et par les productions du pays , avait alors pour bornes à l'occident, le Paropamisus, l'Arachosie , la Gédrosie.

m. Marche et crniqtiêUs en deçà de V Indus. — Alexandre entre dans l'Inde, reçoit la soumission de quelques peuplades, taille les autres en pièces, détruit la pr^Goière ville qui résiste^ extermine les habitants. Il

(1) D'après les témoignages réunis d'Âristobule et de Ptolémée , Âirien, llyre IV, accuse Callistbènes: i" d'avoir dit à Hiilotas que les plus iUustres des Athéniens avaient été Harmodius et Aristogiton , pour avoir tué un tyran , et que celui qui tuerait Alexandre trouverait an refuge cliez les Athéniens; 3* d'avoir pomné QffinoUNi à tuer Ui loi.

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réduit Nyse à capituler^ passe le Choaspe et deux autres fleuves , assiège et prend Massaga y redescend jusqu'à Embolyme et au rocher d'Aorne, que les Indiens lui abandonnent au moment d'être assiégés.

IV. De V Indus à l'JIyphase. — Alexandre passe rindus, reçoit la soumission de Taxile, traverse THydaspe malgré la courageuse résistance de Porus qu'il surmonte , construit Nicée et Bucéphalie^ passe F Acésine et l'Hydraote, défait les Gathaies et les Malliens, ruine Sangale ; partout il trouve un courage pareil à celui des soldats de Porus ^ auquel il oppose avec succès la valeur égale, les armes et la discipline, supérieures de ses troupes. Dans ces lieux il rencontre les Brachmanes, et reçoit de la philosophie indienne de sévères leçons. Il se dispose à passer l'Hyphase et à aller attaquer le roi des Gangariens sur les rives du Gange ; il est arrêté par la résistance des Macédoniens^ et élève douze autels sur les bords de l'Hyphase.

V. De VHyphasn à Vemhouchure de V Indus ^ 326. — Alexandre ramène son armée jusqu'à THydaspe; il la sépare en trois troupes, dont deux doivent suivre les rives opposées de ce fleuve tandis qu'il embarque le troisième corps sur deux cents vaisseaux. Il descend l'Hydaspe jusqu'à la jonction de ce fleuve avec l'Indus. Sur la route , il est arrêté par les hostilités des Maliens , qu^il dompte , et par le siège de la ville des Oxydraques, où sa témérité l'expose à la mort

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Parvenu à l'Indus, il descend ce fleuve jusqu'aux états des rois Musican et Samus; là il séjourne pour faire de nouvelles conquêtes et construire une nouvelle Alexandrie. Il continue sa navigation jusqu'à Fatale^ où il élève une forteresse et des arsenaux , et enfin jusqu^à Tocéan Indien , où il éprouve le flux et le reflux , et sacrifle aux dieux.

VI. De Vembouchure de V Indus à Babytone. Admirables établissements d^ Alexandre, 325. — Il ordonne à Néarque de s'embarquer, de visiter les côtes de son empire, depuis l'embouchure de l'Indus jusqu'à Fembouchure du Tigre, tandis que lui-même les reconnaîtra par terre ^ en traversant la Gédrosie, la Garamanie, la Perse, la Suziane. Leur voyage dure du mois d'octobre 325 jusqtf à la fin de février 324. et établit les rapports qui ont subsisté depuis entre FInde , l'Europe et l'Afrique. Alexandre commence sa marche, 325, en traversant la Gédrosie : il y perd les trois quarts de la division qu'il commandait. La conduite insensée qu'on lui prête en Garamanie est traitée de fable par Arrien. Dans ce pays, il met à mort Cléandre et Sitalus, convaincus d'avoir exercé de coupables concussions contre les Mèdes. Dans la Perse et dans la Suziane, il punit également du dernier supplice les gouverneurs prévaricateurs de ces provinces^ et contraint Harpalus , gouverneur de Babylone , à se sauver en Grèce. Mais à ces exécutions

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justes j quoique sanglantes., il joint odle de rinnoceni Orsine, descendant de Cyrus et gouverneur de Perse. La prodigieuse activité , la force de son génie^ par^ tagées jusqu'alors entre les opérations militaires et l'administration intérieure, se concentrent, s'exer» cent eiclusivement; dans ses dernières années, sur les plans de commerce , de découvertes , de réformes générales et particulières , de perfectionnement de la nature humaine , dans les diverses parties de son vaste empire. Il prend des mesures pour attirer dans les provinces centrales le commerce de Tlnde» Il fait reconnaître les côtes méridionales du golfe Persique , et ordonne de visiter celles de T Arabie, dont ses navigateurs ne peuvent doubler le cap méridional. Depuis longtemps le canal Pallacopas, branche de l'Euphrate, s'était affaissé, épuisait le fleuve^ et ne lui permettait plus de fertiliser les campagnes assyriennes en les inon-* dant; Alexandre trace lui-même un nouveau lit à œ canal. Peu après , il travmlle aux embellissements de Babylone. A la fin de ses conquêtes^ il ordonne la reconstruction du temple de Bel ou de Baal^ comme il voulait se charger, au commencement, de celle du temple de Diane k Éphèse. Toutes les croyances sont respectées et protégées par lui. Il incorpore dans ses troupes les recrues des barbares au nolnbre de trente mille, armées, exercées 5 disciplinées à la manière grecque. Une sédition éclate à cette occasion parmi

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les Macédoniens « dont il venait de payer les dettes avec la générosité d'un roi et la délicatesse d'un ami : il comprime leur révolte par sa magnanimité. Les nombreuses colonies appelées depuis longtemps de Macédoine et de Grèce en Asie tendaient à la fois à maintenir les Perses dans l'obéissance ^ à les régénérer par le contact avec les Européens, à unir enfin les deux peuples. Alexandre s'efforce de nouveau de les fondre ensemble par son mariage avec Statira, fille de Darius, et par celui de dix mille Grecs et Macédoniens avec des femmes persanes. Il essaye de répandre la littérature, les idées, la civilisation de la Grèce dans tout rOrient , en célébrant les jeux du gymnase et les fêtes musicales, en faisant représenter à Ecbatane les drames de la Grèce , .324.

Harpalus, retiré à Athènes, corrompt Démosthène et cherche à soulever les habitants. Alexandre arrête de châtier les Athéniens : bientôt il apprend qu'ils ont chassé Harpalus ^ il abandonne alors toute idée de vengeance. Mais la Grèce ne peut trouver de repos à l'intérieur, de sûreté contre ses voisins , que dans l'existence d'une fédération heliétiique, sans cesse menacée ou attaquée par la passion des Grecs pour une indépendance sans restriction. Alexandre donne des partisans à cette grande institution et à la suprématie macédonienne par un acie éclatant de justice : il rend à vingt mille bannis, que les factions ont

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chassés, leur patrie, leurs biens^ leur état de citoyens. II dompte les Cosséens, et reçoit sur les bords de TEuphrate les ambassadeurs de la moitié des peuples connus. Il entre à Babylone, accueille avec bonté les députés de la Grèce , et médite pendant un an d'immenses et nouA^eaux projets de conquête et de découvertes. Il meurt à Babylone , 323 , âgé de trentedeux ans et huit mois ^ des suites de ses fatigues et de ses excès (1). Son trépas est pleuré par la famille du roi qu'il a détrôné; par tous les peuples vaincus^ dont il a amélioré le sort, chez lesquels il fonda plus de villes que les autres conquérants n'en ont détruit.

Vingt et un siècles se sont écoulés depuis la mort d'Alexandre. Dans cet espace de temps, il n'a pas cessé un moment de fixer l'attention de la postérité : son nom n'est inconnu à aucun homme; plus de cent écrivains, anciens ou modernes, ont raconté, jugé, apprécié ses actions. Cette préoccupation de tous les siècles à son égard suffirait pour constater sa supériorité : le génie seul jouit d'un pareil privilège. Les déclamateurs l'ont traité de fou. Les grands esprits, depuis César jusqu'à Condé, Bossuet et Montesquieu , frappés de la hauteur de ses idées et de ses combinaisons , en rapport avec les leurs, se sont réunis pour l'admirer. Sa conquête fut juste ; elle délivra la Grèce dès dangers et des humilia-

(1) Nous adoptons la date vulgaire 323, au lieu de la date 324, indiquée par quelques critiques.

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tions que lui prodiguaient les rois de Perse depuis deux cents ans. De plus, il la rendit salutaire aux vaincus, et acquitta ainsi la dette immense que tout conquérant contracte envers Thumanité. Son administratioa passe les vulgaires éloges comme Timitation. Élève d*Aristote, Tesprît le plus universel de Tantiquité, il conçut toutes les idées que l'Orient, mis à la disposition du philosophe de Stagyre, lui aurait fait naître, et il employa sa toute-puissance à les exécuter. Écoutons, non pas un panégyriste , mais un historien , racontant froidement les projets conçus par lui pour rapprocher les membres épars de la grande famille humaine par les liens de la religion et du commerce , et nous pourrons alors juger sa hauteur d'un seul coup d'œil. « On exposa devant les 9 Macédoniens de longs mémoires que le roi mort avait n laissés. Dans les plus considérables , on trouva le pro- » jet de faire construire dans la Phénicie , dans la Syrie, B dans laGilicie, et dans Chypre, mille vaisseaux plus B forts que des galères, pour porter la guerre sur les ri- B vages de TAfrique-, de l'Espagne et de tous les pays B qui environnent la Sicile. On devait construire aussi , B par intervalles, le long des rivages, des ports et des B abris convenables pour une flotte de cette importance. B Le but de cette entreprise était d'assurer par tous les » côtés de la mer intérieure ou Méditerranée un passage » libre et aisé jusqu'aux colonnes d'Hercules. Il était fait B mention de six temples magnifiques , à la construction B de chacun desquels il destinait quinze cents talents. » Il indiquait les moyens de peypier les nouvelles villes II. 11.

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» quMl devait faire bâtir. 11 pourvoyait à la transmigra- » tîon réciproque des Asiatiques en Europe et des Euro- » péens en Asie. Par les alliances et les liaisons légi- » time^que les deux parties de la terre contracteraient » ainsi ensemble , il voulait qu*elles vécussent désor-- I» mais dans une paix profonde (1). »

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