‹ Précis de lh́istoire ancienneChapitre 46 sur 76 · II · texte numérisé non relu

II

298 PniciS DE L'HiStOIRE ANCIENNE.

En réunissant ces divers nombres (1) , oû voit qu'au temps de Philippe , père d'Alexandre , la Macédoine, rÉpire , la Thessalie , la Grèce centrale et le Péloponèse pouvaient mettre sur pied trois cent quarante et un mille 'cinq cents hommes dans une guerre offensive. Dans une guerre où il se fût agi de défendre le sol et rindépendance , où la population entière aurait pris les armes , ce nombre aurait été facilement porté au double.

L'expédition d'Alexandre, les guerres de ses successeurs , l'invasion des Gaulois, la guerre de Gléomène et la guerre des deux ligues , n'avaient pas été plus meurtrières pour la Grèce , ne l'avaient pas plus affaiblie que la guerre du Péloponèse, la guerre Thébalne, la guerre Sociale, et les guerres contre Philippe, père d'Alexandre. En eflfet , nous voyons Démétrius Poliorcètes, à peine affermi sur le trône , lever en Macédoine et en Grèce jusqu'à cent douze mille soldats pour aller reconquérir l'Asie Mineure et la Syrie (2).

D'après ces données , il est évident que si la Macédoine et la Grèce unies prenaient la ferme résolution d'accabler Rome, elles pouvaient exécuter ce projet,

(1) Récapitulation :

Macédoine 56,500

Contingent des Grecs 215,000

iïltoliens, Spartiates, Arcadiens. 50,000

Ëpirotes 30,000

Total. . . . 341,500 (2) Plutarch., in Demetr.

GUIRaft P«S ROHAINS CONTRE PHILIPPE. 299

pourvu qu^elles saisissent le moment où cette république venait d'éprouver les quatre défaites du Tésin , de la Trébie, de Ti*asiinène et de Cannes , et où Annibal n'avait besoin que d'un renfort poijr ruiner la puissance romaine.

Si la Grèce et la Macédoine laiss^ent échapper cette occasion, mais qu'elles restassent confédérées, elles pouvaient encore, en tout temps, résister h l\ome et braver ses attaques. Les conditions indispensables pour que l'union subsistât étaient : !• que Philippe III et les Grecs déployassent assez d'énergie pour contraindre les ilg^llens, l88 Éléens , les Spartiates , à ne pas se séparer du corp8 hallénlque, k ne pas trahir la cause commune ; 2'' que Philippe respectât religieusement to liberté grecque , se cont^tât du commandement, s'absttnt de la doipinatipn et du despotisme , de telle sorte que les Grecs ne songeassent jamais à s'armer contre lui , ni à l'abandonner.

Enfin , si les Grecs et Philippe manquaient à ces deux points , s'ils brisaient le pacte qui les unissait , ou permettaient à quelques ambitieux un dangereux commerce avec l'étranger, la Macédoine et la Grèce devaient tôt ou tard se voir vaincues et asservies par Rome.

Toute l'histoire de la Grèce, à partir de la première guerre de Philippe oon1»« les Romains , est déminée par ces intérêts et ces nécessités.

3<H> PRRCIS I»R l'histoire ANCIENNE.

S I!. — Première guerre de Philippe contre les Romains,

216. Philippe construit une flotte de cent galères, et trouve Toocasion de transporter sans obstacle son armée de Macédoine en Italie^ au moment même, dit Polybe , où les forces et l'attention des Romains étaient entièrement tournées vers Annibal et vers la bataille de Cannes (i), et où des renforts, amenés à propos au général carthaginois , l'eussent mis en état de détruire la puissance et le nom romains.

Résumé de la guerre. — L'an 215, il conclut en son nom et au nom des Grecs , ses alliés , un traité d'alliance offensive et défensive avec Annibal et les Carthaginois (2). Peu après, il s'empare de la ville maritime d'Orique et assiège Apollonie. Mais il donne aux Romains le temps d'équiper une flotte de cent vingt galères 9 supérieure à la sienne ^ et capable de lui disputer le passage de l'Adriatique (3). L'année suivante, 214, il livre, par sa négligence, à l'embouchure de FAoûs, une victoire complète au préteur Yalérius Lévinus , et se trouve réduit à la nécessité de brûler sa flotte (4).

. L'incendie de ses vaisseaux lui ôte déjà un des

(1) Polybe, l. V, c. 109 et MO, à la fin.

(2) Polybe, 1. VII, c. 22, et Tite-Live, 1. XXIII, c. 33 et suiv.

(3) Tite-Live,l. XXIV, c. 11.

(4) Tite-Live, 1. XXIV, c. 40.

GUERRE DES ROMAINS CONTRE PHILirPB. 301

moyens les plus puissants de communiquer avec Annibal^ et ne lui laisse de route ^ pour pénétrer en Italie, que l'Illyrie et la Cisalpine. Bientôt la politique de Rome lui suscite en Grèce des ennemis qui doivent l'y enchaîner, les i£toliens.les Spartiates, lesÉléens, les Messéniens, le roi d'IUyrie Pleuratus, les Athéniens, 211. En se déclarant contre le roi^ Pleuratus et les Athéniens sont entraînés par leur inquiétude et leur inconstance; les Messéniens, par le ressentiment des attentats de Philippe contre leur indépendance ; les Éléens^ les Spartiates, les i£toliens, par leur ambition et par les avantages dont le sénat se montre prodigue à leur égard. Il promet aux Éléens de les détacher de la ligue achéenne et du parti de Philippe, dont une invincible répugnance les éloigne (1); il flatte Machanidas, successeur de Lycurgue et restaurateur de la puissance lacédémonienne , de détruire la ligue achéenne et de lui abandonner ses dépouilles ; il s'engage avec les iËtoliens à ne prendre pour Rome que le butin, à leur céder toutes les villes, tout le territoire conquis pendant la guerre , nommément TAcarnanie, qu'il défendait jadis contre eux, et le pays situé entre TiEtolie et Gorcyre , c'est-à-dire la moitié de TÉpire (2).

(0 Tite-Live, 1. XXVII, c. 31.

(2) Tite-Live, 1. XXVI, c. 24. Polybe, 1. IX, c. 7. Discours de TAcarnanien Lyciscus.

30i PRÉCIS DE l'histoire ancienne.

Philippe maintint dans son parti la Thessalie , VËpipe, TAcamanie, la Phocide , la Béotie, TEubée, la ligue achéenne et tous les peuples qui en dépendaient dans le Péloponèse (1). La guerre se prolongea de 211 à 205, et eut pour théâtre la Thessalie, la Grèce centrale , Tîle d'Eubée , le Péloponèse. Le roi ne sut profiter ni de ses propres victoires sur les iËtoliens, et sur Sulpicius près de Gorinthe -, ni de celles de Philopœmen sur Machanidai^, les Spartiates et les Ëléens, près de Messène ; ni de Taccoissement que Philopœmon donna, par ses réformes , à la ligue achéenne ; ni de l'abandon dans lequel les Romains laissèrent leurs alliés en Grèce y de 307 à â05 (â). Philippe conclut la paix avec la république , M5, quand la guerre lui offrait le plus de chances de succès.

Traité de 205. — Le traité portait que Partinium, Dimaie, Bargyle , Eugenium , seraient remis aux Ronaains, et que FAtintanie serait cédée à Philippe. ApoUonie , Dyrrachium , Crique, etc., demem-aient dans le même état qu'auparavant, c'est-à-dire continuaient à jouir d'une apparente liberté sous la dépen- ' danoe réelle des Romains. Philippe fit comprendre

(1) Tite-Live, 1. XIX, c. 12, indique quels furent les alliés de la république et de Philippe pendant la guerre , en indiquant ceux que chacun d'eux fit comprendre dans son traité de paix.

(S) Tite-Live, i. XXVII, c. 30-33. Plutarque, Vie de Philopœmen.

GUERRE DS9 ROMAINS COMTRK PHIUPPK. 303

dans le traité des Aohéens, les Béotiens, les Thessaliens , les Arcarnaniens , les Épirotes ; les Romains^ de leur côté, y firent admettre les iEtollens, Pleuratus et les lUyriens; les Lacédémoniens avecleur tyran Nabis ^ successeur de Machanidas; les Éléens, les Messéniens^ les Athéniens (i).

Crimes de Philippe pendant la guerre. — Durant le cours de cette première guerre contre les Romains, Philippe se souilla de quatre crimes qui le perdirent dans Tesprit de ses alliés. Il déshonora le Jeune Aratus , en séduisant sa femme. Peu avant le siège d'Orique et d'ApoIlonie , il commença à traiter les républiques grecques plus durement : déjà maître de Corinthe et d'Orchomène d'Arcadie , à l'entrée et au centre du Péloponèse, il tenta de s'emparer de la forteresse d'Ithôme en Messénie, au sud de la péninsule , pour la tenir tout entière sous sa dépendance. Les Messéniens l'ayant deviné et prévenu , il les punit de ne s'être pas laissé surprendre , en ravageant leur territoire. Il fit empoisonner Aratus le père par l'un de ses courtisans : il envoya dans Argos des assassins pour tuer Philopœmen, espérant, après la mort de ces deux che& , dominer à son gré h ligue achéenne (2).

(i)mte-Llve,l. XXIX,c. lî.

(2) Polybe, l. VII, o. 3; l. VIII , e. 4.Mutarqne , Vies d'Àratus et de Philopœmen.

304 PRÉCIS PK l'histoire ancienne.

$ m. État de la Grèce en 205.

Par suite du traité de 205, 1° la Grèce demeura ouverte aux Romains , puisqu'ils se maintinrent dans la possession des villes et des pays illyriens en contestation ; 2° cinq peuples de la Grèce, les Spartiates , les iËtoliens, les Ëléens, les Messéniens , les Athéniens, conservèrent ou recouvrèrent leur indépendance , ne firent plus cause commune avec le reste des Grecs, et furent même dans la disposition habituelle de se joindre aux Romains en toute occasion ; 3<» Philippe avait perdu par ses crimes la confiance et Taffection des autres Grecs (1) : ils ne renoncèrent pas encore à son alliance , et prêtèrent même chaque année serment de fidélité à ses commissaires (2); mais ils refusèrent de lui confier désormais leur force militaire, dans la crainte de demeurer sans défense à la merci de son despotisme (3) ; 4° les moyens de résistance des Grecs furent encore diminués par les complots de la corruption et de la vénalité , par les trahisons que

(1) Polybe, Exemples de Vertus et de Vices , n« 4.

(2) Tite-Live, 1. XXXII, c. 6.

(3) Tite-Live, 1. XXXI , c 26. « Les Achéens virent bien que » Philippe ne cherchait qu'à tirer du Péloponèse toute leur jeu- » nesse, afin qu*elle pût servir d* otage.,. Le stratège Cicliade » éluda sa demande... Philippe, déchu d'un si grand espoir, ne » réussit qu'à enrôler quelques soldats qui voulurent bien le j» suivre. »

GUERRE DES ROMAINS COTfTRE PHILIPPE. 305

chaque nation eut à redouter chez elle. Les Romains achetèrent toutes les consciences à vendre : celle d'un Charops en Ëpire , d'un Dicéarque et d'un Antiphile en Béotie , d'un Aristhène et de cinq demiourgoi en Achaïe (i). Les Grecs avaient besoin , pour tenir tête à la puissance romaine, d'un concours parfait de vues, d'efforts, de sacrifices; et d'un côté ils avaient déjà à se défendre contre une partie de leurs compatriotes , d'un autre côté ils en étaient , à l'égard de la Macédoine , aux défiances , aux réserves , qui devaient ôter toute énergie à leurs démarches et paralyser leurs forces.

S IV. — Philippe provoque une nouvelle lutte entre la Macédoine et Rome,

205-201. Attale, roi de Pergame, avait fourni des secours aux Romains durant leur première guerre contre Philippe. De plus les états de ce prince étaient assez rapprochés de la Thrace pour qu'il pût aider plus tard les Romains à pénétrer en Macédoine par les frontières orientales de ce royaume. Dès que Philippe n'eut plus à combattre les iËtolîens et les autres alliés de Rome en Grèce ^ il attaqua Attale. Il attaqua en même temps les Rhodiens, dont les vaisseaux

(1) Tlte-Live, l. XXXII, cil, 19-23, 40; 1. XXXIU, c 1, 2.

306 PRÉas i>« l'histoire ancienni.

pouvaient aussi eonduire et déposer les ennemis sur ses côtes.

Il fut contraint de lever le si^e de P^game, qu'il avait entrepris. Avec la nouvelle flotta qu'il avait équipée^ il livra deux batailles navales h Attale et aux Rhodiens, la première à la hauteur de Milet ^ et dont rissue fut indécise ; la seconde près de Chio, et dans laquelle il perdit une partie considérable de ses vaisseaux. Mais il pourvut à la défense de ses frontières orientales en s'emparant , sur les côtes de la Thrace, de Maronée, d'^Enus, de Cypsèle, de Doriscus^ de Serrhée^ d'Élœunte, d'Alopéconèse « de Gallipolis^ de Madyros. En envahissant, sur les rivages de la Mysie, six villes grecques, parmi lesquelles était Abydos, il s'assura l'entrée des états d'Attale (1).

D'une autre part , il ravagea en Grèce le territoire des républiques alliées des Romains. En Afrique^ il envoya Sopater, avec quatre mille Macédoniens, ren^ forcer Tarmée d'Annibal et lui porter des sommes considérables d'argent au moment où ce général dé* barquait à Leptis^ à la fin de Tannée 303 (S). Maia ce secours^ pour être vraiment utile, aurait dû être

(1) Tit^Uve, 1. XXXI, 1, s, 14, 16, 17 ; XXXIII, 30. Polybe, ., 9.

(2) Liv., XXX, 26.

GUERAl OB» ROlUnfS CONTItli PBILIPPE. 907

fourni au cammeneemeiii de l'année préoédente^ 104^ lorsque Ânnibal di son frère Magon^taient encore en Italie (i).

§ V. — Seconde guerre de Philippe contre les Romains»

Les passages qui conduisaient en Macédoine étaient difficiles^ mais non pas impraticables , comme on Ta prétendu. Dans leur guerre contre Démétrius, Pyrrhus et Lysimaque avaient enrahi à la fois la Macédoine à l'occident et à TcHrient, et Solpicius , dès la première campagne y pénétra jusqu^au cœur de ce pays (!2). On ne pouvait le défendre comme une for^ tresse avec ses numtagnea au lieu de murailles , et avec un petit noml^re de troupes. Il fallait des armées nombreuses , de l'argent^ des provisions de guerre, des vivres^ toutes choses dont plus de la moitié devait être fournie à Philippe par la Grèce (3). L'issue de la guerre dépendait donc en grande partie du parti que prendraient les Grecs. Philippe ne conservait presque aucune chance de succès si, indépendam-

(1) Liy., XXIX, 36. « Le oodbuI M. Cornélius contenait dans » le devoir, moins par la force des armes que par la terreur des » Jugements, TÉtrurie, qui presque tout entière inclinait vers » Magon , dans Tespérance d'une réyolution fayorisée par sa

(2) Plutarch., in Demetr. Liv., XXXI , 39, 40. — Voyex aussi notre Histoire romaine, t. II, p. 100-103.

(3) Plutarch., in Flamin.

308 PRÉCIS DR l'histoire ANCIBNNE.

ment des peuples déclarés pour Rome durant la première guerre y le^ autres nations helléniques se laissaient détacher de son parti par Thorreur que leur avaient inspirée ses crimes et son despotisme , et par la politique ou la force que les Romains appelleraient à leur secours.

Résumé de la guerre (1). — Le sénat ne commence les hostilités contre Philippe qu'après s'être assuré , hors de la Grèce, l'alliance du roi de Pergame et des Rhodiens , ainsi que les secours de Massinissa et des Carthaginois, ^1. Dès la première campagne, il gagne cinq peuples de la Grèce ou de l'IUyrie , 200.

Les Athéniens^ qui attendent un protecteur contre Philippe qu'ils ont provoqué ; les Athamanes et les lUyriens, aventuriers qui vendent leurs services au premier venu ; les ^toliens^ qui se flattent que Rome leur livrera les pays qu'ils convoitent, et ôtera la domination de la Grèce à Philippe , pour la livrer ensuite complaisamment à eux-mêmes ; Nabis^ tyran de Lacédémone , qui espère établir son empire dans le Péloponèse sur les débris de la ligue achéenne, se déclarent successivement pour les Romains. Le sénat, soit avec le secours de ces peuples , soit avec ses propres armées^ attaque Philippe et ses alliés sur

(1} Voyei les détails et les preuves à Tappui de ce résumé dans notre Histoire romaine , t. H, c. H.

GUERRB DES KOMAIKS CONTRE PHILIPPE. 309

quatre points : en Eubée, où il lui enlève Chalcis ; dans le Péloponèse, dans la ThessRlie^ dans la Macédoine. Le consul Sulpicius , après avoir parcouru les provinces illyriennes soumises à Philippe, combat ce prince au Lycus^ à Athacus, à Octolophe^ pénètre jusqu'au cœur de la Macédoine , dont il n'est chassé que par le défaut de troupes suflSsantes et de vivres. Fiamininus» 198^ met en œuvre à la fois les mécontentements et les défiances que Philippe a inspirés à ses alliés^ les n^ociations, la surprise, la force des armes, Tactive intervention des traîtres vendus aux Romains dans chaque république, pour détacher Tun après l'autre de Talliance du roi TËpire, la Thessalie , la Phocide ^ la ligue achéenne , la Béotie. Il défait ensuite, avec Taide des ifitoliens, l'armée niacédonienne à Gynoscéphales , 197.

Traité, — Par le traité, Philippe renonce à toutes ses possessions et à toutes ses alliances en Grèce : il retire ses garnisons des villes grecques qu'il occupait encore. U brûle sa flotte et promet de payer mille taT lents en dix ans. Il s'engage à ne pas tenir armés plus de cinq cents soldats , et à ne pas faire la guerre hors de la Macédoine sans Taveu du sénat. Il livre son fils Démétrius comme otage et comme garant de ses promesses.

Proclamation de la liberté des Grecs, — Lorsque la célébration des jeux isthmiques eut rassemblé à Go-

310 PRÉCIS DE l'hISTOIRS AKCIENNC.

rinthe les Grecs , encore incertains de l'usage que feraient les Romains de leurs conquêtes , Flamininus proclama que les Romains rétablissaient dans la jouissance de leur liberté et de leurs lois^ délivraient de tout tribut les Corinthiens , les Phoeidîens^ les Lacriens, les Eubéens , les Achéens Phthiotes^ les Magnèles, les Tbessalietts^ les Perrhsebes. Ces peuples étaient ceux qui depuis kNfigtemps subiraient, non pas seulement raUianoe , mais la domination , les impôts, les garnisons des Macédoniens. A plus forte raison les alliés des Romains et de Hiilippe en Grèce recouvrant ou conservèrent la pleine jouissance de leur liberté et de leurs droits (1). La Grèce fut ivre d'une joie stnpide : die ne sentit pas qu'une nation que l'étranger avait le pcHivoîr de dédarer libre devait nécessairement perdre bientôt la liberté avec rindépendance.

Conséqtiences du traité et de la proclamation de la liberté des Grecs. — La Macédoine, sans y comprendre la Thessalie ni TÉpire , pouvait lever jusqu'à soixante mille hommes, c'est-à-dire le cinquième des forces que la Macédoine et la Grèce , dans une guerre nationale , étaient capables d'opposer & l'étranger. Le traité , en réduisant la Macédoine 1 une complète nullité politique , ôtait

(1) Tite-Live, 1. XXXI, XXXII, XXXm. Polybe, 1. XVU,€l Anb«88«d., e-9. nirtarch., in Flamin. Florus , 1. 11.

GUERRI DBS ROKAIIIS CONTRE PHILIPPE. 311

donc à la Grèce la cinquième partie 4e ses moyens de résistance.

Avant Tatrivée des Romains en Grèce , cinq peuples réglaient à leur gré leur conduite. Tous les autres , unis  1« Maoédoîne « avaient mêmes amis et mêmes ennemis qu^^le » f<HiBaient avec elie la plus grande puissance qui f4t 4a2is le monde après les Romains. Par la déclaration des jeux isthmiques , cette puissance fédérative M détruite ; les divers membres furent tous détachés du corps hellénique : on compta en Grèce jusqu'à seize peuples tous indépendants les uns des autres. C'étaient les Macédoniens et les Épîrotes ; les Achéens Phthiotes, les Magnètes, les Thessaliens, les Perrhasbes, les Athamanes, dans la Thessalie ; les Acarnaniens, les iEtoliens unis aux Pbocidiens et aux Locriens , les Béotiens , les Athéniens, les Eubéens , dans la Grèce centrale : enfin , dans le Péloponèse , les Spartiates , les Messéniens , les Éléens , les Achéens , qui recouvrèrent Argos et Corînthe.

En rendant à ces républiques la faculté de se régir par leurs lois, les Romains leur donnèrent la faculté de disposer, selon leur caprice, de leurs ressources, de prendre dans chaque occasion telle détermination que leur suggéraient leurs intérêts ou leurs passions du moment , d'abandonner leurs voisins ou d'en être abandonnés à leur tour. Ces faibles états ne pouvaient se défendre avec avantage contre l'étranger qu'en dépendant d'une volonté et d'une impulsion uniformes : avoir jeté la divergence dans leurs forces, c'était en avoir produit l'anéantissement

312 PRÉCIS DE l'histoire ANCIENNE.

Ce n'est pas toat Pour mettre la division dans la division , le sénat fit naître partout deox factions qui avaient éclaté chez les Achéens pendant la dernière guerre : Tune défendait les lois et la liberté du pays, Fautre soutenait qu'il n'y avait de loi que la volonté des Romains. Il était impossible à ces deux partis de tomber jamais d'accord, ni de prendre aucune résolution réclamée par les circonstances.

S VI. — Dans la guerre contre Nabis, la désunion du Péloponèse maintenue.

Après avoir détruit la grande nation du corps hellénique, Flamininus travailla à empêcher qu'il ne se formât aucune union partielle et locale. Les Achéens, auxquels il avait fallu restituer Gorinthe et Argos^ les Lacédémoniens, dont le tyran Nabis avait rassemblé jusqu'à trente mille soldats , tendaient chacun de leur côté à ranger tous les peuples du Péloponèse sous une même loi. Dans la guerre que Flamininus fit à Nabis, il lui enleva Gythium^ mais il s'abstint soigneusement de prendre Sparte et de détruire ses ressources , afin de laisser des rivaux aux Achéens et de tenir le Péloponèse partagé entre les deux peuples. Nabis ne tarda pas à faire aux Achéens une nouvelle guerre , où Philopœmen , avec tous ses talents, ne put écraser Sparte et le tyran; où le Pélo-

nabis; les JSTOLIENS ET ANTlOGHtS. 313

ponèse, armé contre lui-même, s'affaiblit; où éclata la coupable justesse des vues de Flamininus (1).

§ YII. — Les ^toliens , mécontentés à dessein, appellent Àntiochus en Grèce.

Sa conduite avec les -^toliens oflBrit les mêmes caractères, n leur permit de joindre à leur république la Phocide et la Locride^ afin de pouvoir invoquer ce fait au besoin, et prouver à d'autres alliés, dans d'autres circonstances , que Rome reconnaissante savait récompenser les traîtres qui se déclaraient pour elle contre leurs compatriotes. Mais la Pbocide et la Locride n'ajoutaient presque rien à la force militaire des ^toliens. Mais il leur refusa opiniâtrement Jes villes de la Thessalie qu'ils réclamaient : il leur ôta tout espoir de conquérir cette contrée riche , populeuse, guerrière; d'établir une domination redoutable dans la Grèce centrale; d'hériter du commandement de la Grèce, dont on venait de dépouiller Philippe, et auquel ils aspiraient. Par ses refus, par les injures qu'il leur prodigua (2), Flamininus espérait

(1) Titfr-Live, 1. XXXIV, c. 22-48, et l. XXXV, c. 26. Plntarque , Vies de Flamininus et de Philopœmen.

(2) Polybe, Ambassad., 6. Tite-Live, 1. XXXIII, c. 11, 12, 19. Dans l'assemblée des Grecs, Flamininus dit aux iEtoliens : « Vous ne connaissez rien, iËtoliens , ni aux vues des Romains, » ni à mes desseins, ni aux intérêts de la Grèce... Cessez^ JEXo-

314 PRÉCIS PB i'umiOlW ANCIENNE.

les jeter dao^ le d^it et dans quelque démarchie téméraire, qui aïoenftt de nouvelles révolutions £»tales à la Grèce : il n*y compta pas en vaiQ.

S VIII. •— Guerre (ÏAntioehMsen Grèce, les ^toliens, Vun des trois peuples les plus puissants de la Grèce , sont assujettis par les Romains^

Les iËtoliens rêvaient toujours la domination de la Grèce. Ils essayèrent d'abord de s'en saisir par euxmêmes et formèrent trois tentatives à la fois contre la Thessalie, THe d'Eubée et le PélopoBèse. N'ayant réussi qu*à se saisir de Démétriade, ils appelèrent Antiodius en Grèee pour les mettre en possession du commandement dont Rome les avait frastrés.

i92. Âtttiochus attira dans son alliance, outre les i£toliens, les Âthamanes, les Éléens , les Béotiens, conquit l'Ile d'Ëubée et la Thessalie. Les Romains lui opposèrent les Acfeéens , et Philippe qtr'ils relevèrent momentanétnent : il combattaient leurs ennemis avec leurs ennemis.

19i. Un de leurs préteurs diassa Antiodius de la Thessalie; Acîlius Glabrion et Caton le vainquirent auK Thermopyles , et le eontraignirent à se sauver en Asie (4).

• liens , de nous fatiguer les oreilles de vos impertinentes cla- » jaewrs. » Et ib aVaient vaincu pour les RomaidBs à Cyao$oépbaiefi!

(1) Tite^ve, J. XXXV, Il mtif du «iMip. Uf L XXXVI. Plu-

nabis; les «TOLICNS KT ANTIOCRCS. 3IS

Les iEtoliens, attaqués immédiatement par Acilius et ensuite par Fulvîus, j 91 -190; privés des villes dont ils s'étaient saisis en Épire et en Thessalie avec l'aide d'Antiochus; poursuivis au cœur même de r^tolie , s'engagèrent, pour se sauver d'une ruine entière, à reconnaître la suprématie romaine, à n'avoir d'autres amis et d'autres ennemis que ceux de Rome , à livrer leurs armes et leurs chevaux ^ et à payer une contribution de mille talents euboïques (3^75Ô,000fr.). Ce traité reçut son exécution l'an i^. Par la soumission des iEtoliens, Fnn des trois peuples les plus puissants de la Grèce , commencèrent Tasservlssetnent de la Grèce et la domination des Romains dans ce pays (i).

Fulvius et Flamininus avaient ménagé de telle sorte les trêves et les reprises d'hostilités avec les iEtoliens, qu'avant d'être accablés eux-mêmes^ ils enlevèrent à Philippe la moitié des conquêtes que les Romains lui avaient permis de faire dans la Thessalie et les pays voisins, comme prix des secours qu'il avait fournis aux Bomains contre Antîochus (3).

tarque, Vies de Philopœmen , de Flamininus, de Caton. Appien, Guerre de Syrie, p. 15< et buIv.

(1) Tite-LiYe » 1. XXVI , c. Î2-35 ; !• XXXVII , c. 6, 7, 48, 4», 50; l. XXXVIII, e. l-12.Polyb., Ambasaad., 16, 17,26, 27, 2S.

(2) Tite-Liye, 1. XXXVI, c. 13, 14, 25, 29, 33, 34, 35, et 1. XXXVni, C. 2, 8. Plutarqne, Vie dé Watninlnii».

316 PRÉCIS DK l'histoire ancienne.

§ IX. — La ligue achéenne , la plus grande puissance de la Grèce depuis V abaissement de Philippe , devient V objet de toutes les attaques de Rome.

Dans le cours de la guerre des RomaiRS contre Antiochus , Philopœmen avait annexé Sparte , la Messénie, Tîle de Zacinthe à la ligue achéenne^ 492-191. La ligue achéenne comprenait donc toutes les contrées du Péloponèse. Tous les peuples de la péninsule avaient les mêmes lois, les mêmes magistrats, les mêmes poids, les mêmes mesures. Si cette parfaite union se consolidait, et que les événements préparassent d'utiles alliés aux Péloponésiens, ils pouvaient défendre leur indépendance contre toutes les attaques.

La ligue devint dès lors l'objet de toutes les violences et de toutes les perfidies des Romains. Le sénat lui enleva l'île de Zacinthe; il acheta dès cette époque les stratèges ou principaux magistrats , Diophane et Aristhène, pour prendre en toute occasion contre leur patrie des mesures contraires à ses intérêts, enfin il se déclara le patron des Messéniens, jaloux de Philopœmen, et des esclaves bannis de Sparte, pour faire révolter Messène et Sparte contre la ligue, 188-i83. Les efforts de Plilopœmen et de son digne ami Lycortas déjouèrent ces trames odieuses; mais les Romains assassinèrent Philopœmen par la main des traîtres à

UGLE AGHÉENNE ET PERSEE. 3J 7

gages qu'ils avaient à Messène y pendant que Flamininus traversait la Grèce pour aller demander à Prusias la tête d'Annibal.

Après la mort du grand Philopœmen , dont les talents politiques et guerriers pouvaient seuls donner assez de force à la ligue pour résister aux sourdes attaques de Rome , les Achéens résolurent d'éviter à tout prix une rupture avec la république. Leur réserve se changea en épouvante quand ils entendirent la déclaration de Callicrate , Tun de leurs députés, au sénat assemblé , et la réponse pins infâme, s'il est possible, du sénat : « Pères conscrits, dit Callicrate, » TAchaïe, comme toutes les républiques de la Grèce, » est partagée en deux factions , Tune dévouée , » l'autre contraire à vos intérêts. Vos partisans sont » en horreur. Mais si vous voulez vous déclarer ou- » vertement pour eux , la crainte d'encourir votre co- » 1ère contraindra le peuple à les élever aux hon- )) neurs ; devenus magistrats , ils livreront à leur tour » le peuple à votre discrétion. » Le sénat dit « qu'il se- » rait à souhaiter que dans chaque ville les magistrats » ressemblassent à Callicrate. » En même temps il* écrivit aux ^toliens, aux Athéniens, aux Béotiens, aux Épirotes, aux Acarnaniens, dans des termes propres à armer la Grèce contre la ligue achéenne, éleva Callicrate à la stratégie, et réintégra les bannis de Sparte dans leur patrie. Cette ville , et toutes celles

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