CHAPITRE XLH d
Religion , gouvernement , mœurs et coutumes des divers États de la Grèce, depuis la législation de Lycurgue à Sparte et la législation de Solon à Athènes , ju8<pi'à rétablissement de la domination des Macédoniens.
Nous venons de présenter rhistoîre générale de la Grèce depuis les temps les plus reculés jusqu'à la mort d'Alexandre. Lès événements si nombreux et si variés doDt elle est remplie , dans un espace de près de deux mille ans , ont fait voir toute l'influence qui a été exercée par les Grecs sur une vaste étendue du globe. Des royaumes conquis, d'autres fondés, deux expéditions mémorables entreprises sur trois continents , d'innombrables colonies établies sur des rivages lointains; l'Afrique, l'Asie, l'Espagne, la Gaule, l'Italie, les îles de la Médi-
(1) Il semble que ce chapitre et le suivant devraient être placés immédiatement après l'histoire d'Alexandre le Grand. Dans l'enseignement on peut sans inconvénient les développer aux élèves avant d'exposer Thistoire des successeurs du conquérant macédonien.
130 PRicis DE l'histoire ancienne.
terranée, peuplés des mêmes habitants ; les bienfaits de la civilisation répandus chez des nations barbares; de faibles cités victorieuses d'un grand empire , se déchirant ensuite par la guerre civile, jusqu'à ce qu'elles soient asservies par les Macédoniens : tel est le tableau dont so compose l'histoire politique de la Grèce , surtout dans les quatre derniers siècles.
Maintenant que la Grèce se survit à elle-même depuis les victoires de Philippe et d'Alexandre , et qu'elle a perdu, par la décadence de Sparte et la corruption d'Athènes , un centre commun sans lequel elle ne peut plus défendre son indépendance , nous allons jeter un coup d'oeil rapide sur les croyances religieuses de ses peuples, sur leurs institutions politiques, sur leurs mœurs et leurs usages les plus remarquables. Nous parlerons dans un second chapitre des arts et des sciences que les Grecs ont cultivés avec tant de succès, des chefs-d'œuvre dans tous les genres qu'ils ont laissés pour modèles aux peuples civilisés des temps anciens et des temps modernes, et nous indiquerons ainsi les sources d'une autre gloire, plus durable, que de grands génies ont assurée à leur patrie.
î. Religion. — Il est incontestable que les premières notions de la Divinité ont pris naissance en Orient, qui a été le berceau de rhomme^ et que de là elles se sont répandues dans les autres contrées du globe (1). On trouve l'idée d'un Dieu chez tous les
(1) Nous devons les développements de ce chapitre à Tétudc
peuples primitifs; elle précède la société ou du moins elle naît avec elle. L'histoire de l'antiquité ne fait pas connaître une seule nation, une seule tribu qui ait existé , sans la crante d'un être supérieur , créateur et conservateur des choses humaines. Cette croyance, universellement admise, aussi ancienne que le monde, a été en quelque sorte pne émanation de la Divinité elle-même qui, en se manifestant à Thomme dès l'origine, a voulu laisser dans son esprit une impression à jamais ineffaçable. Les premiers habitants d^ la Grèce paraissient avoir connu les dieux ; comme tous les peuples sauvages , ils divinisaient les être inanimés qui les entouraient » et desquels dépendait leur exis-^ teaee. Après l'arrivét» des colonies de l'Orient, la Grèce donna à ses anciens dieux fétiches, les noms des dieux étrangers. On continua à diviniser tout ce qui excitait l'admiration, tantôt la vertu, tantôt une puissance secourable, tantôt la bienfaisance des héros et des législateurs. Dan^ la suite , l'opinion s'établit que le monde était animé. Suivant ce système , toutes les parties de l'univers dans lesquejtes les Au-
de Plutarque , de Pansanlas , et des historiens de la Grèce , au Voyage d'Ânacbarsis, à la Pbilosopbie de Thiatoire de Vico, traduite par M. lyticlielet, et surtout aux recherches faites par M. Rolle sur le culte de Bacchus , ouvrage couronné par TAcadémie dee Inseripiiom et Belles-lettres. Voye^ aussi les chapitres Xll , XIU, et XIV de ce Précis.
432 PBICIS DB l'hISTOIKB ANCIEMNB.
ciens découvraient des principes de vie et d'action formaient autant de dieux diffâ^nts, subordonnés les uns aux autres , mais tous soumis à rintelligence universelle. Ds en faisaient des divinités distribuées en différentes classes et attachées ^ par la nécessité de leur nature , aux diverses parties de l'univers matériel. La distinction de la nature en deux parties , l'une active y l'autre passive, est un des plus anciens dogmes et un des plus répandus. D se trouve au fond de tous les systèmes religieux de l'antiquité : il faisait partie de la théologie secrète des mystères.
D'après cette opinion^ qui faisait régir l'univers par l'intelligence y et qui soumettait chaque partie à des divinités particulières et honorées dans un ordre hiérarchique^ on conçoit combien les détails et les développements de ce système enfantèrent d'allégories et de quelles fictions le langage figuré de la poésie et les paroles énigmatiques des philosophes durent embarrasser les religions. Aussi un auteur ancien ne craint pas d'avancer que ce qu'on dit sur Saturne n'est qu'une allégorie ^ et qu'on doit penser de même de tout ce qu'on débite sur les dieux (1). Quoi qu'il en soit ^ nous dirons que les Grecs attribuèrent une essence divine aux éléments^ aux différentes saisons de 'année ; que tous les actes, que tous les âges de la vie
(1) VmssniaA y Description de la Grèce, Àrcadie, c 7.
religion; gouvernement des grecs. 433
furent placés sous la protection de quelque divinité. Les besoins infinis, les passions innombrables des hommes multiplièrent les dieux au point que le savant Varron a recueilli trente mille noms de divinités reconnues par les Grecs. Leurs principaux dieux étaient au nombre de douze : c'étaient Jupiter, JunoUy Festay Minerve , Cérès, Diane , F'énus, Mars, Mercure^ Neptune, Fulcain, Apollon. Jupiter était l'emblème du pouvoir générateur ; il était le roi et le père des hommes et des dieux -, sa main lançait la foadre. Junon était honorée comme la déesse de la pudeur et du mariage , comme la déesse génératrice des êtres ; Minerve, comme inventrice des arts et des métiers j Gérés , comme la déesse de la terre fertile et de Tagriculture. Diane, qui était la même que la lune, présidait aux accouchements; c'était la même divinité que Flsis des Égyptiens. Les Àrgiens lui donnaient le nom mystique d'Io. Vénus était née de l'Océan par la combinaison du feu et de Teau ; sous cet emblème, les Grecs représentaient l'union des deux éléments, du feu et de l'eau, qui, selon plusieurs philosophes, a tout produit. Mars était le dieu de la guerre : il était surtout honoré dans la Laconie. Tous les ans, les Spartiates célébraient en son honneur, dans un bois, une fête à laquelle il était défendu aux femmes d'assister. Mercure était le symbole de la raison et de l'intelligence active du monde; il