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4e>â PRECIS PE l'uiSTOIHE 4NCIBNMÇ,
vrageg que saint Jérôme n'avait point dédaigné de Hduirç, D ne nous est parvenu que des fragments de^ nombreuses productions de Gallimaque ; quelques hymnes, des épigranimes, les meilleurs de r^ntiquité; le poëme d'Bécale , consacré à uu épisode de la vie béroïque de Thésée; la traduction ou l'imitation que Catulle a faite sur la chevelure de Bérénice, et ribis, satire sanglante contre Apollonius de Hbode^, où Tauteur compare son rival à cet oiseau d'Egypte, (lui se nourrit de serpents et de 3Corpions.
Cette période abonde en poètes épigrammatistes. La plupart des poètes qui occupent une place bonorable , soit dans la pléiade poétique , soit dans la pléiade tragique , se sont aussi exercés uvôc succès dansTépigramme ; nous citerons Callimaque, /Alexandre TiEtolien, les deux Théocritey Simmiw, ^ntogoras de Rhodes, etc. Les épigrammes de ces poètes, et de beaucoup d'autres dont il est inutile de rappe- 1er ici les noms moins éclatants, ont été recueillies j dans les anthologies grecques . I
Poésie dramatique. — Nous avons dit (i) que la tra-i gédie ancienne était née des fêtes instituées en Thon^' neur deBaccbus, et que les choeurs, qui foisaieql entendre des chants lyriques et qui exécutaient dii danses sacrées, avaient^ pendant longtemps, formé i
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plus grande partie des r^préseptaiions tbéâtmles. La tragédie^ ébauchée par les essais informes de Theipin^ agrandie et ennoblie par le mâle génie (ÏEiehyh, atteignit m plus haut degré de perfection dans les œuvres admirables de Sqphocle et d'Euripide, lueurs productions furent regardées par les Athéniens comme des monuments de leur gloire nationale; elles furent transcrites et conservées avec le même soin que les archives de la république. Après ces grands poôtes, qui eurent quelque? imitateurs distingués jusqu'au siècle d'Ar lexandre le Grand , la tragédie fut dépouillée de son caractère primitif et déchut de son antique majesté. Cependant les rois d'Egypte instituèrent, dans leur oapitale j des concours poétiques en imitation de ceux qui avaient eu tant d'éclat à Athènes; mais ces combats furent renfermés dans l'enceinte de leur palais ; ils n'eurent pour témoins et pour juges que les courtisans dont les éloges ne pouvaient point enflammer l'émulation des poètes, comme l'avait fait la présence d'un peuple libre qui décerne les couronnes, aux applaudissements de toute la Grèce assen^hlée. Les grammairiens d'Alexandrie, obéissant au même esprit d'éjnulation qui avait inspiré les princes, voulurent former une pléiade tragique de leurs poètes , et ils l'opposèrent à celle des grands maîtres qui avaient illustré la scène tragique chez les Grecs, Ces poètes, que nous ' ne connaissons guère que par quelque fragments
464 PRÉCIS DE l'histoire ancienne.
épars^ sont Alexandre l'iEtolien^ Philiscus de Corcyre, Soiithiey Homère k jeune, Anantiadey Sosiphane et Lycophron.
Les entraves imposées à la liberté politique chez les Grecs devaient embrasser les diverses parties de la littérature , et elles comprimèrent surtout le génie du poète comique qui, dans ces œuvres, s'adressait à la multitude assemblée. Lorsque Athènes^ après la désastreuse expédition de Sicile , fut tombée sous le joug desLacédémoniens, les trente tyrans qui furent institués par Lysandre pour contenir la ville et détruire la démocratie s'empressèrent de ravir au théâtre sa liberté ; ils défendirent, par une loi, de produire qui que ce fût sur la scène et de livrer les citoyens à la risée publique en les désignant par leurs noms. Le Plutus d'Aristophane fut le premier exemple de la moyenne comédie., moins libre et moins hardie dans ses peintures et dans ses attaques contre les personnes que l'ancienne comédie. Bientôt après il fallut que les magistrats intervinssent une seconde fois pour arrêter l'audace et la malice des poètes. La comédie nouvelle cessa d'être une satire personnelle, pour devenir une peinture fidèle , mais réservée , de la vie privée ^ de ses écarts et de ses vices. Le chœur fut entièrement banni de cette dernière forme du drame comique. Les poètes, se voyant ainsi renfermés dans des limites plus étroites , suppléèrent, par une morale plus pure , par une
observation plus fine , par une étude plus approfondie du cœur humain, à cet intérêt de malignité, à cette exposition plus hardie qu'ils fiirent obligés de s'interdire, et qui avaient été la conséquence d'une plus grande licence dans le gouvernement et dans les mœurs. On doit regarder Euripide comme le précurseur de la comédie nouvelle. Ménandre (né à Athènes Tan 342 avant J.-C, mort Pan 292), disciple du philosophe Théophraste, en est le plus parfait modèle. Il avait composé quatre-vingts pièces de théâtre , que nous ne connaissons que par quelques fragments et par les imitations de Térence et de Plante. Les plus habiles critiques de l'antiquité lui assignent le premier rang parmi les poètes comiques de la Grèce. Après Ménandre viennent Philippe d'Athènes, Diphile de Sinope, Philémon de Soli en Gilicie, et Apollodore d'Athènes. La comédie, qui n'avait pu conserver son ancienne forme et la liberté de ses allures sous le gouvernement oligarchique des Grecs, devait se produire encore avec plus de peine sous la royauté absolue des rois de l'Orient. Aussi ne connaissons-nous que deux poètes , Machon de Sinope et Aristonyme , qui , dans la dernière moitié du ni« siècle avant l'ère chrétienne, aient transporté ce genre de littérature à la cour d'Alexandrie. On cultiva de préférence le drame satirique, qui, originairement, présentait beaucoup d'analogie avec le genre comique. Mais les auteurs, en aban-
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donnant le champ de la mythologie et en choisissant dans la vie commune les sujets du drame satiricpie, lui imprimèrent le caractère et même la licence de Tancienne comédie.
Poésie épique. — Les poètes épiques qui ont fleuri après Alexandre ne doivent être considérés que comme des imitateurs des grands poètes qui avaient illustré Tancienne poésie nationale de la Grèce. Quoiqu'ils soient inférieurs à leurs modèles par le choix du sujet, parla composition et par Je style, ils méritent cependant des éloges pour avoir perpétué le génie et la pureté de la langue grecque, et pour avoir consené beaucoup de traditions fabuleuses ou historiques que nous aurions ignorées sans leurs ouvrages. ApoUonim de Rhodes, auteur de V expédition cfc* Argonautes, tient le premier rang parmi ces poètes. Né à Alexandrie, sous le règne de Ptolémée Philadelphe,il excita la jalousie de Callimaquej dont il avilit été l'élève, par la gloire que lui attira la publication de son poème. Forcé de s'exiler d'Alexandrie , il se retira à Rhodes, où il ouvrit une école de littérature, et où il se vit bientôt entouré de nombreux disciples, Comblé d'honneurs et adopté par les Rhodiens , il regarda lepr cité comme sa patrie, et il prit, en souvenir d'une aussi généreuse hogpitalité , le surnom qui le distingue encore aujpijrd'hui, Après la iport de Gallimaque, il revint à Alexandrie, où il succéda à Éra-
LETTRES, SCIENCES, ËtC.^ CHEZ LES GRECS. 467
tosthènedans l'intendance de la bibliothèque des Ptolémées. Il mourut dans un âge avancé , sous le règne de Ptolémée V Épiphane (186 avant J.-C). Ce prince, voulant éteindre le souvenir de Finimitié de deux poètes qui avaient honoré TÉgypte par leur talent, ordonna que les cendres de Callimaque et d'Apollonius fussent confondues dans le même tombeau.
Le mérite du poëme d* Apollonius consiste plutôt dans la pureté du style et l'harmonieuse beauté des vers que dans la hardiesse et Toriginahté du plan. L'exposition du poëte ne s'éloigne guère de la simplicité d'un récit historique. Nous devons remarquer, à la gloire d'Apollonius, que le plus grand poëte de Rome a emprunté plusieurs traits heureux au poëme des Argonautes. Les amours de Médée et de Jason, les craintes jalouses et les remords de la fille du roi Aëtès, ont servi de modèle à Virgile dans l'admirable épisode du quatrième livre de l'Enéide. Les grammairiens mentionnent, mais à un rang inférieur, d'autres poètes qui , vers la même époque , avaient composé des épopées , Euphorion de Chalcis , Rhianus de Biné en Crète, et Musée d'Éphèse. Ce dernier était auteur d'une Perséide et de quelques poèmes en l'honneur d'Eumène et d'Attale, rois de Pergame.
Poésie didactique. — Lorsque la littérature d'un peuple est en décadence, la poésie, comme on Va
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fort judicieusement observé (1)^ s'individualise, et choisit des sujets qui lui sont entièrement étrangers. L'astronomie 9 la médecine^ l'histoire naturelle et d'autres sciences d'observation se revêtent des formes de la poésie. On supplée , par des efforts qui étonnent l'esprit, à l'absence de l'imagination; on ne cherche ni à émouvoir ni à intéresser ; on veut plutôt satisfaire la curiosité en lui offrant le tableau des phénomènes de la nature, ou des faits singuliers rassemblés par une érudition ambitieuse. Aussi , la poésie didactique devait-elle être et fut-elle en effet fort cultivée par les alexandrins. Archestrate de Gela et Dicéarque de Messane , en Sicile, composèrent , l'un un poëme sur la nourriture de l'homme, le second une description en vers des différentes contrées de la Grèce. Le poëme A^Arat%M de Soli, en Cilicie, sur les phénomènes et les pronostics, eut une grande célébrité dans l'antiquité ; il fut traduit en vers latins par Cicéron et d'autres écrivains. Quintilien et surtout Ovide en font grand éloge , et notre savant astronome Delambre a dit d'Aratus qu'il nous avait transmis tout ce qu'on savait de son temps sur l'astronomie, ou. du moins, tout ce qui pouvait se mettre en vers. Nicandre de Colophon publia sur les remèdes contre les morsures des bêtes venimeuses et contre les poisons en
(1) Schlegel, Histoire de la littérature ancienne et moderto»
général , deux poëmes qui nous sont parvenus dans leur entier, et qui , malgré le jugement sévère de Plutarque (1), ne sont pas dénués d'intérêt; ils sont au moins fort curieux par tous les commentaires auxquels ils ont donné lieu sur la médecine des Anciens. Le temps n'a pas laissé parvenir jusqu'à nous deux autres ouvrages du même auteur ^ les Géorgiques et les Métamorphoses, auxquels Virgile et Ovide ont fait de nombreux emprunts.
Poésie bucoliqtie. — La poésie bucolique a pris naissance dans cette période. On explique diversement son origine. Un des éditeurs de Théocrite , Thomas JVartoHy a déployé, dans l'examen de cette question, beaucoup d'érudition et de critique. Il ne se dissimule pas toutes les difficultés qu'il y a à la résoudre , dans l'absence de monuments qui nous soient parvenus de l'antiquité. Les études profondes auxquelles il s'est livré sur les poètes anciens l'ont amené à croire que la poésie bucolique doit son origine à l'ancienne comédie , qu'elle en fut un des éléments, qu'elle fut une espèce de drame. A l'appui de son opinion, il présente la forme et le caractère , parfois naïf et grossier, de la poésie pastorale, et leur analogie avec le dialogue et Faction de la corné -
(1) Plutarque, sur la manière de lire les poètes.
470 PRKC18 DB l'histoire ANGIEIIKB.
die. L'opinion de Warton (i), mdgré les faits et les raisons spécieuses sur lesquels il cherche à l'étaMir, n'est pas cependant généralement admise. Au reste, quoi qu'on pense du système de Warton , qu'on l'adopte ou qu'on le rejette^ on doit remarquer que la Sicile a été véritablement le berceau de la poésie pastorale, et que les poètes ^ d'accord avec Diodore, en attribuent l'invention à Dtqfhniêy célèbre parmi les bergers siciliens, et que l'on disait avoir reçu le Jour de Mercure et d'une nymphe , au pied du mont Etna.
Le premier et presque le seul poëte bucolique de la Grèce est Théocrite, né à Syracuse vers le commencement du ui* siècle avant Jéaus^Christ. Disciple d'Asdépiade de Samos et de Philétas de Gos , il se partagea entre la cour de Ptolémée II Philadelphe et celle d'Hiéron II y roi de Syracuse. Nous avons de lui trente idylles ou petits tableaux, dont quelques-unes sont les chefs-d'œuvre du genre et des modèles de naïveté, de grâce et de naturel. Ces trente idylles n'appartiennent pas toutes à la poésie bucolique ; peut-être ne sont-elles pas toutes non plus l'ouvrage de Théocrite.
(1) Le critique Geoffroy, qui, de nos jours, a joui d'une grande oéiébrité, a adopté l'opinion du critique anglais, mais il ne lui fait pas l'honneur de le nommer dans la préface de sa tror duciion des Id^ei dé tMoçitite»
Il est probable qu'elles sont un fragment considérable d'un recueil de poésies, fait par un grammairien d'Alexandrie 9 vraisemblablement par Artémidore. Gomme les morceaux les plus saillants de ce recueil sont de Théocrite, il n'est pas étonnant que son nom soit le seul qui ait survécu , et qu'on lui ait attribué divers poèmes qui passent pour être l'œuvre d'autres poètes. Outre les trente idylles ^ on a du même poëte trois fragments de pièces diverses et vingt-trois épigrammes.
Eyon, né à Smyrne, contemporain de Théocrite^ et Moschus de Syracuse^ disciple de Bion, s'exercèrent avec succès dans la poésie bucolique où leur maître avait excellé. On ne trouve point, dans ce qui reste de leurs œuvres , ces mœurs naïves qui font le charme des idylles de Théocrite. Par lé choix des détails, par la recherche aimable du style ^ elles se rapprochent plus du genre anacréontique que de la poésie pastorale.
Écrivains en prose : critiques et grammairiens d'Alexandrie. — Les siècles qui suivirent la mort d'Alexandre furent surtout féconds en critiques, en grammairiens, en historiens, en géographes et en philosophes. L'érudition grammaticale avait été comme ignorée dans la période précédente. Chez tous les peuples, le génie de l'homme s'est exercé dans les créations littéraires longtemps avant que la critique cher-
47â PRÉCIS DK l'histoire ancienne.
ehftt à marquer la route qu'il avait suivie^ et que ses propres inspirations lui avaient révélée. Aussi, en Grèce , les investigations de la critique ne commencèrent qu'après l'époque la plus brillante de la littérature. L'étude des grands auteurs donna naissance à une science nouvelle , à une science née de la culture des lettres, mais inconnue dans les temps où les productions de l'esprit avaient brillé du plus vif éclat. L'érudition et la critique formèrent une branche importante de la littérature. Là, comme dans toutes les autres parties des lettres, les Grecs ont été les maîtres des Romains et des peuples modernes. Leurs travaux n'ont pas eu seulement pour résultat de conserver aux textes des grands écrivains toute leur pureté^ ils ont aussi contribué à éclaircir beaucoup de points obscurs , et à nous faire mieux connaître l'antiquité. Malheureusement le temps n'a pas plus épargné les œuvres des critiques que celles des auteurs originaux; il ne nous est parvenu qu'une faible partie des innombrables productions de l'érudition ancienne. Nous ne mentionnerons, dans ce résumé, que les principaux critiqués , et nous n'indiquerons que ceux de leurs ouvrages qui nous semblent les plus propres à faire apprécier, dans ce genre, les travaux de l'école d'Alexandrie.
Zénodote d'Ëphèse, à qui Ptolémée Lagus confia l'inspection de la bibliothèque qu'il avait fondée à
Alexandrie, établit la première école de grammaire qui ait été ouverte dans la capitale de TÉgypte. Il donna une édition d'Homère qui ne jouit pas d'une grande estime parmi les critiques. Aristophane de Byzance, son disciple , s'occupa avec plus de succès des mêmes études. Les textes d'Homère, d'Hésiode, d'Alcée, de Pindareet du poète comique Aristophane, forent revus par lui et purgés des altérations qui les déparaient. On lui attribue l'invention des accents et de la ponctuation, et la première rédaction du canon des auteurs déclarés classiques dans chaque branche de la littérature. Aristarque de Samotbracé'est le plus célèbre des critiques anciens. Il fut le précepteur des enfants de Ptolémée VI Philométor. A l'avènement au trône d'Egypte de Ptolémée VII, qui avait été son élève, il fut contraint de se réfugier dans l'île de Chypre pour échapper à ses persécutions tyranniques. Les commentaires d'Aristarque sur Homère, Archiloque, Eschyle, Sophocle, Aristophane, et sur plusieurs autres poètes, furent universellement estimés. Il est à regretter qu'il ne nous reste que des fragments des nombreux ouvrages de ce grand critique. Son école de grammaire, un instant proscrite, puis rétablie par Ptolémée Vn, se maintint pendant deux siècles, d'abord par les disciples qu'il avait formés, ensuite par les savants qui professaient les mêmes principes et qui s'honoraient du nom d^Aristarchéens* Aristarque
474 PliiciS BE l'hISTOIRC AflCIENlfl!.
eut un antagoniste dans Oratès de Malles, auquel ses travaux firent donner le surnom à' Homérique y et gui fonda une école à Pergame. Cratès , envoyé à Rome par Attale (466 avant J.-G.), eut la gloire de faire connaître le premier la littérature grecque aux Romains.
Tous les grammairiens que nous venons de mentionner étaient les admirateurs d'Homère. Un seul, Zoîle de Macédoine, s'attacha à affaiblir la gloire du plus grand poète de l'antiquité. Il se rendit à Alexandrie pour y professer des doctrines littéraires qui furent peu goûtées de Ptolémée Philadelphe et des savants du musée. Dégoûté par ce froid accueil^ il retourna en Grèce, et alla réciter ses diatribes à Olympie. Mais , selon Suidas , les Grecs , indignés des violentes déclamations du critique insensé , le précipitèrent des roches Scyroniennes. Artémidorcj Sosibius de Sparte^ Callimaquej Paléphate d'Alexandrie et Heraclite y occupèrent un rang distingué dans Fécole d'Alexandrie, soit comme grammairiens, soit comme antiquaires.
Histoire et historiene f Alexandre. — Les temps où ont paru de grands conquérants ne sont pas toujours ceux où ont fleuri de grands historiens. On croirait que les exploits d'Alexandre, que la conquête de l'Asie par ces mêmes Grecs que les peuples de TOrient avaient si souvent désolés de leurs invasions , auraient dû exciter Tei^thousiasme d'écrivains dignes
LETTRES, SCIENCES, ETC., CHEZ lES (inF.CS. 47*)
d'une époque aussi mémorable. Cependant ni le siècle d'Alexandre, ni les temps qui Tont suivi, n'ont produit aucun historien, à l'exception de Polybe, que Ton puisse comparer à Hérodote et à Thucydide. A une époque aussi féconde en grands événements, en personnages célèbres , l'histoire dégénéra en une érudition stérile. Au lieu d'être la représentation animée de tout ce qui s'accomplissait de grand et d'extraordinaire dans les trois parties du monde , elle ne fut qu'une compilation minutieuse de faits obscurs, qui ne pouvait intéresser que les érudits et les critiques (i).
Les écrivains qui , dans cette période , se sont acquis le plus de réputation , sont Bérose (2) , prêtre de Bélus à Babylone , Manéthon, sacrificateur et garde des archives sacrées dans le temple d'Héliopolis en Egypte, Timée de Tauroménium, Duris de Samos, Philochùre, Phylarque et Polybe de Mégalopolis. Les qualités de Timée comme historien étaient ternies par un caractère envieux et inexorable , qui le portait à
(1) Nous ne prétendons pas appliquer ce jugement sévère aux écrivains grecs qui , dans les derniers temps de la république romaine et dans les temps postérieurs , ont écrit, soit l'histoire de Rome , soit celle de la Grèce ou de l'Asie.
(2} Jos. Scaliger a recueilli et publié à la suite de son ou* vrage, De emendatione temporum, les fragments de Bérose et de Manéthon.
i70 PRÉCIS OB l'histoire ancienne.
se déchaîner avec violence contre ses rivaux , et le rendait insensible aux persécutions et aux catastrophes des personnages historiques. Duris avait plus de savoir que de génie; Philochore fut plus antiquaire qu'historien. Phylarque avait raconté l'expédition de Pyrrhus dans le Péloponèse avec des détails et une partialité qui lui attirèrent la désapprobation de Polybe. Ce dernier fut un penseur profond , un homme d'état habile^ un historien exact et consciencieux. Au reste, dans ce qui nous est parvenu de son ouvrage, il est plus remarquable par l'exactitude de ses recherches et par la justesse de ses observations que par la forme du récit, la pureté et la vigueur du style.
Un défaut qui fut propre aux historiens d'Alexandre et de ses successeurs , c'est le ton déclamatoire qu'ils introduisirent dans le genre historique. L'histoire, dans cette période, ne fut point écrite avec cette simplicité attachante^ avec cette mâle vigueur que l'on admire dans Hérodote, dans Xénophon et dans Thucydide. La recherche du merveilleux, un style emphatique se remarquaient dans Anaximène de Lampsaque, dans •le philosophe Callisthène^ dans Onésicrxtey d^Égine, un des compagnons de la navigation de Néarque, dans Hiéronyme de Gardie , le témoin et l'historien des sanglants démêlés des capitaines d'Alexandre, dans Clitarque d'Éolie , philosophe de l'école cyré'
naîque , et dans plusieurs autres historiens de la même époque.
Ptoléméey qui fonda en Egypte la dynastie des Lagides, Marsyas de Pella, frère d'Antigone, et le sblvani Ératosthène , avaient composé, sur la vie, l'éducation et les conquêtes d'Alexandre^ divers ouvrages qui ont été perdus comme tous ceux des auteurs que nous avons mentionnés. Il ne nous est non plus rien parvenu de l'histoire que Strabon avait faite de ce prince, et dans laquelle il soumettait à une critique sévère tous ceux qui, avant lui, avaient raconté les actions du conquérant macédonien. Il est digne de remarque que nous n'avons conservé aucune histoire originale ou contemporaine d'Alexandre, et qu'aucun des monuments consacrés de son vivant à sa gloire n'a été respecté par le temps. Diodore de Sicile, Plutorque, Arrien, Quinte- Cur ce et Justin^ qui jouis^ sent conune historiens d'une gloire méritée» mais qui ont écrit longtemps, après le siècle d'Alexandre, sont aujourd'hui les principales sources pour son histoire. Ces écrivains, que Sainte-Croix apprécie avec beaucoup de savoir et de raison dans son Examen critique des historiens d'Alexandre^ avaient pu consulter les mémoires du temps pour la composition de leurs ouvrages.
Science géographique et géographes. — L'expédidition d'Alexandre, les guerres de ses successeurs,
478 piiicis 01 L'mnoiBi AHCimira.
l'étaUiftsement de royaumes grecs en Ade et en Afipîr que^ contribuèrent puissamment aux progrès de la science géographique. CSes événements eurent pour la géographie y chez les Grecs, le même résultat que les croisades pour les découvertes géographiques en Europe au XII* et au xni* siècle de l'ère chrétienne. Nous avons perdu beaucoup de travaux précieux des géographes de l'école d'Alexandrie; mais ces pertes sont moins irréparables que les lacunes que le temps et les Barbares ont faites dans l'histoire de l'antiquité.
Arrien nous a conservé la relation du voyage bit par Néarque des bouches de l'Indus h celles de l'Euphrate. Dieéarquê de Cicile avait composé une vie ée la Grèce ^ dont il reste deux fragments assez intéressants. Les travaux de Timoithènê , amiral de la flotte de Ptolémée II Philadelphe » les Indiquée de Afégasthènêj celles de Damaïcus et de Denys, la relation du voyage de Palroclèe dans l'océan Indien , ne nous sont pas parvenus. Mais ces mémoires ont été utilement consultés }^TÉrato9thèney Strabùn, Josêphe, jàrrien et Élien , et ils n'ont pas été tout à fait sans fruit pour rétude de la géographie ancienne. Ëratosthène iuiméme , qui avait fait tant de travaux , ne nous est bien connu que par l'examen que Strabon a fait de ses ouvrages et de son système.
Philosophie. Écoles diverses pendant cette période. — Il n'y a peut-^tre aucun philosophe , si l'on ex-
LETTRIg, SCIlIfCRS, ETC., CHRZ LK8 GRF.CS. 479
cepid Platon et Avistote , qui ait exercé sur son siècle et sur l'esprit humain en génépal autant d'influence que Socrate : aucun n'a formé un aussi grand nombre de disciples illustres qui aient été à leur tour fondateurs d'écoles célèbres. Cependant Soorate n'a point fondé d'école proprement dite : en enseignant à ses élèves à penser d'après eux-mêmes , il provoqua un mouvement philosophique nouveau , qui s'étendit à toutes les sciences; mais il ne professa aucun système, soit de morale 9 soit de physique ou de cosmogonie , qui soit devenu le principe d'une école partie culière. Les hommes qui se groupèrent en foule autour de ce philosophe différaient par leur âge, leur tempérament et leur caractère, et par le but qu'ils se proposaient. Ce n'étaient point des adeptes qui s'enthousiasmaient pour sa doctrine , car il n'en avait point qui lui fût propre, et il défendait qu'on lui donnât le titre de maître ; c'étaient des auditeurs qui aimaient son commerce, qui s'attachaient à sa parole éloquente et persuasive, ceux-ci pour devenir des citoyens utiles, ceux-là pour apprendre de lui l'art de captiver l'attention du peuple dans les assemblées, d'autres par amour pour la philosophie. Ainsi , ce qui distingue l'école socratique de toutes celles qui furent fondées dans la suite , c'est qu'on n'y professa aucun système que les élèves eussent mission d'étendre et de propager. Cependant, les temps qui suivirent la mort de ce
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philosophe virent naître plusieurs écoles philosophiques qui se maintinrent avec éclat pendantplus de trois siècles. Comme elles furent toutes fondées par ses disciples ; moins celle des péripatéticiens, dont le fondateur était disciple de Platon^ c'est à Socrate qu'on doit en attribuer Torigine. Nous allons exposer en peu de mots la fondation de ces écoles et les principes divers qui y étaient professés par les maîtres.
École de l'ancienne Académie. — Platon est le plus illustre disciple de Socrate; c'est aussi un des plus grands écrivains de la Grèce. La richesse de son imagination j la puissance de son génie ^ la rectitude de sa raison et la sagacité de son esprit lui ont permis de traiter d'une manière supérieure les questions les plus variées. Il eût été grand poète, grand orateur, homme d'état profond aussi bien que grand philo^ sophe. On peut le comparer aux écrivains qui y à différentes époques, ont le plus honoré les nations civilisées dans les temps anciens et modernes. Aucun ne posséda un génie plus élevé , plus universel que Platon.
Le fondateur de l'ancienne Académie naquit à Athènes Tan 430 avant J.-C. Sa famille était riche et puissante: elle tenait aux races de Codrus et de Selon. Platon cultiva avec beaucoup de soin les merveilleux talents qu'il avait reçus de la nature. A la mort de Socrate, il sortit d'Athènes et alla passer
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quelque temps à Mégare. Les divers voyages qu'il entreprit servirent à accroître ses connaissances^ à agrandir son imagination^ à enrichir son génie d'une foule d'observations curieuses et variées. U visita Técole de Gyrène, passa plusieurs années en Egypte, parcourut la Phénicie et la Grande-Grèce , et fit trois voyages en Sicile sous les règnes de Denys TAncien et de Denys le Jeune, qu'il s'efforça de gagner et de former à la vertu par l'ascendant de la philosophie.
Platon fonda son école philosophique dans Yjàcademie y jardin situé dans les faubourgs d'Athènes, après son retour du premier voyage qu'il fit en Sicile. Là , étranger aux affaires publiques de sa patrie, seulement quelquefois distrait de ses études favorites par les tristes démêlés de la cour de Syracuse, il se livra tout entier à l'exposition de ses doctrines philosophiques, à renseignement de ses nombreux disciples et à la composition de ses ouvrages. Il se servit habilement de tous les systèmes antérieurs; mais, tîdèle aux leçons de son maître, la morale fut pour lui le principe et le but unique de la philosophie. Considérant sa doctrine du point de vue le plus élevé, ce n'est point l'homme isolé , mais l'humanité tout entière qu'il veut réformer et contenir par la constitution politique , par la religion , par les lettres et les arts, par la puissance de l'éducation publique et privée. Tous les ouvrages de Platon ont été conçus dans
ce vaste et admirable système. Les sentiments de l'âme la plus tendre , les richesses d'wi style à la fois sublime et gracieux prêtent constamment un charme invincible aux productions de ce philosophe.
Speusipptj neveu et disciple de Platon y enseigna après sa mort (347 ans av. J.-C.) la philosophie académique. Xinocrate de Chalcédoine , Polémon d'Athènes^ CreUêg et CrarUor continuèrent à expliquer, sans rétendre ou le modifier, le système de leur maître : avec eux se termine l'école de Tancienne Académie (314 av. J.-C).
École de Cyrêne. — Aristippe, qu'Aristote appelle un sophiste à cause de la mollesse de sa doctrine et du salaire qu'il recevait de ses élèves , était issu d'une famille riche de Cyrène, colonie des Mynlensen Afrique. La réputation de Socrate l'attira à Athènes « où il suivit les leçons du philosophe jusqu'à sa mort. Malgré cette constante assiduité qui témoigne de son adn^ration et de son attachement pour Socrate, il ne parait pas qu'Aristippe lui ait fait le sacrifice de son amour pour les plaisirs et les jouissances du luxe : il conserva les mêmes relations et la même manière de vivre qu'il avait déjà adoptées en Afrique, et qui étaient sévèrement interdites par les leçons et l'exemple de son maître. Parvenu à un âge avancé , il retourna à Cyrène, où il fonda une école. Ses adversaires lui ont contesté l'honneur d'avoir été le chef
d'une secte philosophique, et ils s'autorisent, pour le lui refuser, de cette circonstance qu'il n'est resté de lui aucun écrit, et qu'il n'a jamais disserté en public sur la destinée de la vie humaine. Au reste, il y a quelque incertitude et sur Tépoque où la philosophie cyrénaïque a été réduite en système , et sur l'ordre chronologique dans lequel elle a été enseignée par les successeurs d'Aristippe. jérétê , sa fille., j4ristippe le Jeune, surnommé Métrodidaete, parce qu'il fût élevé par sa mère , Théodore l'Athée , jéntipater, HégésiaSy Évhémêre le Messénien et Annicéris adoptèrent cette philosophie, et lui firent subir quelques modifications , dans le cours de leurs leçons et de leurs études. Ces philosophes ne reconnaissaient que la morale pour objet de la philosophie; ils dédaignaient l'étude de la physique , comme étant au-dessus de la portée de Thomme, et celle des mathématiques, comme étrangère aux notions du bien et du mal. Pour eux , le bien était le plaisir, et le mal , la peine ; mais ni l'un ni l'autre ne devaient dominer l'âme. Les plaisirs de l'esprit et de l'âme étaient préférables aux plaisirs corporels, qu'ils considéraient cependant comme un bien. On voit, par ces principes généraux, que la philosophie cyrénaïque avait des rapports intimes avec celle de Socrate : en se modifiant , ou plutôt en dégénérant, elle se rapprocha de celle d'Épicure. École de Mégare, — Après la mort de Socrate, ses
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disciples, craignant la persécution» abandonnèrent précipitamment Athènes, et se retirèrent dans les villes voisines. Euclidej qui habitait Mégare, y donna asile à un grand nombre de ces fugitifs. Il continua à s'occuper avec eux de l'étude de la philosophie, et il fut ainsi le fondateur de Vécole de Mégare. Quoique Euclide eût été un disciple passionné de Socrate, il avait néanmoins beaucoup étudié la philosophie éléatique, et il y avait puisé quelques opinions et une méthode que son maître lui reprocha, comme dignes plutôt d'un sophiste que d'un philosophe. Les anciens ont confondu les deux écoles d'Élée et de Mégare , à cause de l'analogie de leurs doctrines. Cependant Euclide ajouta aux opinions éléatiques la conscience socratique du bien et du mal et des lois de la pensée scientifique. îl faisait servir les doctrines logiques à la négation. Ses successeurs en abusèrent pour attaquer, par des arguments souvent captieux, les systèmes contraires à leurs opinions. Les philosophes les plus connus de Fécole de Mégare sont Eubulide de Miiet, l'antagoniste d'Aristote; AUxinus d'Élide,qui combattit le stoïcien Zenon; Diodore, surnommé Cronus, qui s'est rendu célèbre dans l'histoire de la philosophie, en cherchant à prouver qu'il n'y a de possible que ce qui est nécessaire; Stilpon , qui eut pour disciple Zenon , fondateur de récole stoïcienne. Phédan , d'Élée , et Ménédène ont
fondé les deux écoles d^Élée et d^ Erythrée , qui doivent être considérées comme deux branches de l'école de Mégare.
École des péripcUéticiens. — Ariitote est le fondateur de V école des péripatéticiens ou du lycée, 335 avant J.-C. Il était né à Stagire , ville de Macédoine , 384 avant J.-C. Après avoir été disciple de Platon, il fut précepteur d'Alexandre, fils de Philippe, roi de Macédoine. A la mort de Platon, Aristote se rendit avec Xénocrate auprès du philosophe Hermias, qui était en même temps tyran des villes d'Assos et d'Athamée. Il commença à enseigner la philosophie à Athènes, vers Tépoque où son royal élève préludait, par la réduction de la Grèce, à la conquête de l'Asie. Dans la suite, accusé d'athéisme par les Athéniens, il se retira à Chalcis en Ëubée, où il mourut l'an 322 avant J.-C.
Le nom d'Aristote n'est pas moins universellement célèbre que celui de Platon. Ces deux philosophes , §i différents l'un de l'autre, ont exercé une influence immense sur la marche de l'esprit humain. « Platon, dit Schlegel (1) , nous offre la plus riche et la plus admirable variété, ainsi que des modèles et des exemples de toute espèce dans les diverses parties de
(1) Histoire de la littérature ancienne et moderne , par Schlegel , chap. II.
486 PRECIS DE l'hISTOIRI! ANCIENNE.
la philosophie qu'il traite comme un art. Aristote, par sa méthode essentiellement critique , doit être considéré comme le fondateur de renseignement systématique ; il traite la philosophie comme une science dans le sens le plus étendu du mot , embrassant en outre dans ses écrits les sciences naturelles , Thistoire et la politique^ et coordonnant en un vaste système toutes les connaissances des Grecs. » La méthode de Platon e>i ordinairement la synthèse ; Aristote, essentiellement observateur de la nature , procède toujours par voie analytique. Le style du premier réunit toutes les qualités qui font Técrivain accompli ; celui d'Aristote est sec, rude, presque barbare et souvent obscur à force de brièveté et de précision. Mais aucun philosophe n'a été aussi savant qu'Aristote -, aucun n'a été doué d'une sagacité aussi perçante^ d'une raison aussi sûre.
Les ouvrages d' Aristote ne sont pas seulement purement philosophiques : ils embrassent toutes les sciences que cultivaient les anciens. Il a tracé d'une main ferme les règles imposées au génie dans les ouvrages d'imagtoation et de goût. Le premier des philosophes grecs ; il a traité de la métaphysique^ de la physiologie et de Fhistoire naturelle. Il fut sans cesse occupé de Tobservation des phénomènes de la nature et de l'examen de toutes les opinions philosophiques qui avaient été émises avant lui. Sa critique était se-
vère, et elle s'exerça souvent contre la doctrine de son maître Platon.
Avant de mourir, Aristote, sur les instances de ses disciples, leur désigna celui qu'il croyait le plus digne de tenir l'école après lui; il fit choix de Tyrtame d'Érésos, surnommé Théophraste , à cause de la beauté de son langage. L'école des péripatéticiens, sous ce nouveau maître et sous ses successeurs , se rapprocha de plus en plus , par la forme, de l'école des rhéteurs. Les connaissances de Théophaste étaient très-variées ; il étendit encore le domaine philosophique que lui avait légué Aristote, en écrivant une histoire des pierres et des métaux et un traité sur les lois. Son livre des Caractères, résultat de son expérience, nous montre comment il comprenait et enseignait la morale, au reste moins élevée et moins dégagée d'intérêts extérieurs chez Théophraste que chez Platon. Aristoxène, quicomparaitFâme à l'harmonie dans la musique , et qui voulait qu'elle ne fût que le rapport qui existe dans la forme des différentes parties du corps , de même que l'harmonie musicale est produite par le rapport différent des tons entre eux j DicèarquCy qui professa la même doctrine, et Straton de Lampsaque , surnommé le physicien, s'éloignèrent de l'opinion d' Aristote, en niant l'immortalité de l'âme, en confondant Dieu avec la nature, et en refusant à celle-ci le sentiment et la sensation. Sous les suc-
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cesseurs de Straton , Lyean ^jérisUm de Géos et CritolaûSy la philosophie péripatéticienne dégénéra encore; ils s'attachèrent uniquement à l'enseignement de la morale, mais plutôt en rhéteurs qu'en philosophes.
École du scepticisme. — A côté des grandes écoles socratiques qui avaient pour but la recherche de la vérité et la perfection morale de Tbomme, il se forma d'autres écoles , que Ton pourrait dire antiphiloso* phiques, qui s'efforçaient de le plonger dans Tabîme d'un doute infini , et qui lui prêchaient qu'il n'existait de bonheur que dans la jouissance exclusive des biens corporels. Pirrhon fut le chef de la première de ces écoles , Épicure de la seconde.
Pyrrhon , Ëléen de naissance , étudia d'abord la peinture : s'étant ensuite attaché au philosophe Anaxarque f il l'accompagna dans l'Inde , où il eut occasion de s'entretenir avec les gymnosophistes et les mages. Après avoir été témoin des conquêtes et des hauts faits d'Alexandre, il revint en Grèce, se livra tout entier à la vie philosophique et s'établit à Élis. Diogène Laërce raconte que les Athéniens lui accordèrent le droit de cité , pour avoir donné la mort à Gotys , roi de Thrace. Mais Bayle, et Ménage ont réfuté le biographe grec, qui paraît avoir attribué au chef de l'école du scepticisme une action coupable que l'on doit mettre sur le compte de Python , disciple de l'Académie. Pyrrhon vécut modestement avec sa sœur.
LETTRES^ SCiBNGES^ ETC.; CHEZ LES GRECS. 489
qui exerçait le métier de sage-femme , et partagea avec elle les soins les plus bas et les plus minutieux de la vie domestique.
Pyrrhon enseignait qu'on ne pouvait rien affirmer d'une chose ; il employait une dialectique serrée et puissante à démontrer l'incertitude de toutes les connaissances de l'homme ^ il soutenait que rien n'est en soi honnête ou honteux ^ juste ou injuste; qu'aucune chose n'est ce qu'elle parait; que les hommes ^ dans leurs actions, n'obéissent -point à un sentiment intérieur de justice ou de moralité , qu'ils sont esclaves des institutions et des coutumes. H niait l'existence des passions, et, en même temps, il prescrivait de les satisfaire dans la pratique de la vie. Pour lui le bonheur et la vertu étaient une même chose. Sa manière de vivre était , sur tous les points , d'accord avec ses opinions : comme il ne donnait aucune créance aux sens, il ne se détournait devant aucun obstacle, il ne cherchait à éviter 'quoi que ce fût, et il s'exposait à tout ce qui se rencontrait sur son chemin. Ses disciples étaient obligés de le suivre pour le préserver de toutes sortes d accidents. Il y a, vraisemblablement , beaucoup d'exagération dans ce que raconte Diogène Laêrce sur l'incroyable indifférence de Pyrrhon; le même auteur cite le témoignage d'un adepte du scepticisme, qui assurait que Pyrrhon, malgré son système de doute universel , ne laissait pas que
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d'agir avec prudence dans les actes ordinaires de la vie (1).
L'école sceptique de Pyrrhon ne tit faire aucun pas à la philosophie , elle eut peu de durée , et elle ne fut suivie que par un petit nombre de disciples. Elle trouva quelques partisans à Alexandrie, où eUe fat de nouveau professée par ^néiidème de Crète, dans le dernier siècle avant l'ère chrétienne.
École d'Épicure. — Éfkure vit probablement le jour à Gaj^ette , bourg de TÂttique ^ 341 ans avant J.-C. Son père, Néodès, enseignait la grammaire. Épicure se livra de bonne heure aux études philosophiques , et s'attacha souvent aux ouvrages de Démocrite. Il enseigna la philosophie d'abord à Mitylène, ensuite à Lampsaque; mais ce ne fut qu'à Athènes qu'il fonda son école. D réunissait ses amis dans une maison et un jardin agréables, pour discourir avec eux sur des siigets de philosophie. Il inspira tant de vénération à ses disciples, qu'après sa mort ils lui érigèrent une statue et lui rendirent les honneurs divins. Quoiqu'il fût peu instruit, il ccxDposa un grand nombre d'ouvrages , trois cents livres , dit-on, plus que n'en avait mis au jour le savant et l'infiitigable Aristote. Il ne nous est parvenu que des extraits,
(1) Diogène Laërce, Vie de Pyrrfcfii, $ S.
qu'Épicure faisait lui-même pour ses disciples , et qui nous ont été conservés^ par fragmeois^ dans l'ouvrage de Diogène Laërce.
Épicure définissait la philosophie i une activité qui procure^ par des idées et des preuves^ une vie heureuse. Il dédaignait la science^ parce qu'elle ne pouvait contribuer en rien au bonheur. Dans la philosophie^ il ne s'occupait que de la morale ^ qui seule conduit rhomme au bonheur ; il n'étudiait la physique que pour s'affranchir des vaines terreurs de la superstition et de l'ignorance. La volupté était donc le souverain bien pour Épicure. Il conseillait cependant à ses disciples de la fuir^ lorsqu'elle devait , dans la suite y leur causer des peines y et qu'il fallait quelquefois passer par la douleur pour arriver à un plaisir durable. La mort étant l'affrandiissement de toute peine, le sage ne doit pas la craindre; il ne doit pas non plus la désirer^ puisque la vie est un bien. Épicure emprunta à Démocrite le fameux système des atomes que Lucrèce reproduisit , pour les Romains^ dans son poëme de la Nature des choses.
Les dieux d'Épicure, s'il est vrai qu'il en ait admis dans un système dont les parties étaient si incohérentes^ avaient la forme humaine, mais sans corps solide. Étrangers aux affaires des hommes^ ils goûtaient» dans un éternel repos» une félicité qui ne pouvait ni s'amoindrir ni s'accroître. L'Ame humaine
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était toute matérielle et mourait avec le corps ; elle n'en était distincte que parce qu'elle était composée d'une substance plus subtile et plus délicate.
La doctrine d'Épicure ne reçut pas après sa mort un plus grand développemenl scientifique qu'elle n'en avait eu du vivant de son fondateor; mais elle eut beaucoup de partisans en Grèce et en Italie. Si Ton comparait les différentes écoles de philosophie sous le rapport de leur application , on trouverait qu'il n'y en eut point de plus généralement répandue que celle d'Épicure.
École de Zenon ou des stoïciens. — Zénan ^ né à Citium^ en Chypre, d'une famille grecque, est le fondateur de l'école des stoïciens. La date de sa naissance et celle de sa mort sont incertaines ; on sait qu'il a été contemporain d'Antigone Gonatas , roi de Macédoine , et qu'il vécut ainsi dans le m* siècle avant J.-G. D'abord destiné au commerce par son père , la perte de sa fortune le rejeta dans l'étude de la philosophie. 11 fréquenta les écoles de Cratès et de StiIpon,mais il ne fîit satisfait ni des principes de l'école cynique , ni de ceux de Técole mégarique. La philosophie des académiciens répondit mieux aux besoins de son esprit et de son âme. Après avoir longtemps hésité entre divers systèmes philosophiques, il fut amené à fonder lui-même une nouvelle école^ qui. par la doctrine , avait au fond beaucoup de ressem-
blance avec les autres écoles ^ mais qui en différait par la forme , et surtout par les mœurs et le caractère qu'elle imprimait à ses adeptes.
Zenon tint son école dans la galerie peinte (iToixCXr oToà) qui était autrefois le rendez-vous des poëtes, et où était représentée la victoire que les Athéniens avaient remportée sur les Perses dans les plaines de Marathon. Ses disciples reçurent, du lieu où le philosophe faisait ses leçons, le nom de stoïciens ou d'élèves du portique. Leur nombre paraît avoir été d'abord peu considérable. Les citoyens pauvres aimaient surtout une philosophie qui ne séparait pas le bonheur de la pratique de la vertu, et qui raffermissait le cœur de rhomme contre les rigueurs de la fortune. Cependant Zenon compta aussi des disciples illustres 3 le roi de Macédoine , Antigène Gonatas , qui régnait en outre sur la plus grande partie de la Grèce, suivit ses leçons et s'attacha à sa doctrine. Zenon dirigea pendant près de cinquante ans l'école des stoïciens L'austérité de ses mœurs et l'aménité de son caractère lui concilièrent l'estime et rattachement des citoyens d'Athènes. Tl mérita qu'après sa mort on inscrivît sur son tombeau que sa vie avait en tout ressemblé à sa philosophie.
L'école des stoïciens se divisa peu de temps après son origine. Athènodore^ Ariston de Chios et fférillus de Carthage condamnèrent quelques principes de leur