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L’ENCYCLOPÉDIE

C’est vers le milieu du XVIIIe siècle que fut conçue l’idée de l’Encyclopédie. Un libraire avait commandé, à Diderot une traduction du dictionnaire anglais de Chambers, intitulé Cyclopedia. Ce manuel incomplet et sec lui suggéra le dessein d’un vaste ouvrage qui serait l’inventaire de toutes les connaissances humaines. Il s’en ouvrit à d’Alembert , déjà célèbre comme mathématicien , et ils se mirent à l’œuvre. Diderot se chargea du prospectus qui annonçait l’ouvrage , d’Alembert rédigea le discours préliminaire qui en • exposait le plan et la méthode. Tout semblait aller à souhait: Voltaire, Montesquieu, Buffon, tous les écrivains qui avaient un nom, tous ceux qui espéraient s’en faire un, offraient leur concours. Le mérite de l’ouvrage ne répondit pas à ces brillantes promesses, mais on aurait tort de n’y voir autre chose qu’une tentative échouée. Le choix de la plupart des rédacteurs indique assez l’esprit du recueil. C’est celui du XVIIIe siècle, cet esprit qui veut tout examiner,' et il s’y fait jour avec une indomptable persévérance. l’Encyclopédie est une œuvre qui renferme bien des parties faibles, et qui a fait son temps; mais elle nous intéresse comme expression des idées et des aspirations de l’époque.

Les auteurs secondaires du XVIIIe siècle sont:

Lesage, romancier et auteur dramatique, à écrit deux ouvrages célèbres: Turcaret, comédie de mœurs, et GriL Blas, roman d’aventures.

Diderot, que nous connaissons déjà comme le principal collaborateur de l’Encyclopédie, écrivit deux drames d’un genre nouveau, que Voltaire appelait par plaisanterie comédie larmoyante* 2), et que l’on pourrait désigner sous le nom de drame bourgeois.

Buffon, naturaliste, est surtout connu par son Histoire naturelle, et son Discours sur le Style. Bernardin de St. -Pierre écrivit le gracieux roman de Paul et Virginie.

Florian , après Lafontaine le meilleur fabuliste.

Beaumarchais, dont la vie présente une longue suite d’aventures, peut être regardé comme un des promoteurs du mouvement révolutionnaire. Les Mémoires 3) qu’il publia contre le juge Goëzman sont un modèle de verve et de fine plaisanterie. Ses deux célèbres comédies Le Barbier de Séville et le Mariage de Figaro le mettent au rang des meilleurs auteurs comiques après Molière. Le type de Figaro, qui présente beaucoup d’affinité avec Beaumarchais lui-même , est

*) D’après Paul Albert , La littérature française au dix-huitième siècle.

2) Parce que le ton était celui de la comédie et le sujet tragique.

3) Ici : Verweerschriften.

resté à jamais célèbre. Le succès du Mariage de Figaro , pièce pleine de protestations hardies contre l’ancien régime , témoigne assez du changement des esprits d’alors. C’est dans cette comédie que se trouve le mot célèbre contre les nobles : » Qu’avez- vous fait pour

tant de biens? vous vous êtes donné la peine de naître!”

L’époque de la révolution fut un temps d’action plutôt que de travail* littéraire. Citons cependant l’orateur Mirabeau, le poète André Chénier, qui périt sur l’échafaud, et le comte Xavier de Matstre, le gracieux auteur du Voyage autour de ma chambre.

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XIXe SIECLE.

Au commencement de ce siècle, il y eut comme un redoublement d’activité productrice. La vieille école n’avait pas encore disparu, mais son œuvre était terminée. Les procédés, les recettes de composition et de style étaient à la portée du premier venu; la langue poétique était convenue, arrêtée.

L’imitation des modèles était recommandée , considérée comme un mérite; bref, rien n’était plus aisé que de jeter dans les moules officiels d’un genre quelconque une œuvre quelconque ... De là, l’abondance des productions; de là, leur absolue pauvreté.

Il y a encore une autre cause de ce manque d’originalité : c'est l’influence de Napoléon. Les soi-disant protecteurs des lettres, en voulant imposer leur goût, en récompensant les- hommes qui savent le mieux se mettre en avant, et qui sont ordinairement des médiocrités littéraires , en créant une littérature officielle et doctrinaire , ont eu toujours une influence funeste sur 1 indépendance des hommes de lettres, et par là ils ont plus ou moins étouffé leur originalité.

Napolqon ne cessa pas un instant d'être occupé du sort des lettres françaises. Voici comment il s'y prenait. Il supprima d'abord la liberté de la presse. Après le 18 brumaire, il ne laissa subsister que 13 journaux, surveillés de près; défense était faite de répandre des nouvelles désagréables au gouvernement.

Après 1804, quatre journaux seulement sont conservés. Ainsi peu à peu , 1 horizon se resserre , la volonté du maître s’impose ; les vrais gens de lettres sont persécutés. Ensuite, il prodigue les prix et les encouragements; mais les œuvres de talent se font attendre. L’empereur le voyait, et il en était exaspéré, humilié. Il dit un jour à M. de Fontanes: »Fontanes, savez-vous ce que j’admire le plus dans le monde ? C’est 1 impuissance de la force pour organiser quelque chose. Il n’y a que deux puissances dans le monde, le sabre et l'esprit, et à la longue, le sabre est toujours battu par l'esprit” 1),

]) d’après Paul Albert , Napoléon et la littérature.

Nous ferons connaître les deux grands écrivains qui ne furent pas protégés par Napoléon,

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