LE ROMAN
Ainsi que la poésie lyrique, le roman renaît et se transforme au XIXe siècle. Dans le principe, roman veut dire: récit en langue romane. Ces récits étant le plus souvent en vers, on appelle ainsi plusieurs poèmes : le Roman de la Rose , le Roman de Renart , etc. Plus tard , les récits en prose reçoivent exclusivement ce nom : au dix-septième siècle, les interminables récits de Mlle de Scudéri, dont les précieuses faisaient leurs délices; puis le roman d’aventures, comme Télémaque , le Roman Comique de Scarron, et au dix-huitième siècle, Gil Blas de Lesage; enfin Voltaire appelle romans de petits contes badins , sans doute improvisés par lui en quelques heures. Dans la Nouvelle Héloïse de Rousseau et Manon Lescaut de l'abbé Prévost , nous voyons les premiers spécimens du roman moderne. Une intrigue développée avec soin , des caractères fortement dessinés et une largeur de touche qui les distingue de la nouvelle ou du conte, tels en sont les caractères essentiels.
Les premiers romanciers de ce siècle sont Mme de Staël et Chateaubriand (Voir p. 26). Puis , dans le cadre que nous avons tracé, on voit naître les genres les plus divers. L’art de raconter se perfectionne. On se souvient du mot de Voltaire: ,,tous les genres sont bons, hors le genre ennuyeux” x). La marche du récit devient plus rapide, les digressions plus rares. Voici d’abord deux romans historiques : Cinq-Mars d’ Alfred de Vigny , et Notre- Dame de Paris par Victor Hugo (le sujet de Cinq-Mars est une conspiration sous Richelieu ; Notre-Dame nous reporte au Paris du XVe siècle). Le roman d’aventures tient toujours une large place. Alexandre Dumas Père, merveilleux conteur, en est le représentant le plus fécond. Son Comte de Monte-Cristo et ses Trois Mousquetaires sont le modèle du genre. D’autres romanciers s’appliquent plutôt à l’étude des caractères et des passions, ou à l’exposition de leurs théories philosophiques et sociales. George Sand (Mme Dude-
!) Voici un autre mot de Voltaire: tout ce qui n’est pas clair, n’est pas français. C’est pour avoir observé ces deux préceptes que les Français possèdent au plus haut degré ,,1’art de faire un livre.”
vant) a fait l’un et l’autre. Douée d'un style clair et facile, d’une grande verve et d’une imagination fertile, elle se plaisait tantôt aux aventures les plus bizarres (Consuelo, La Comtesse de Rudolstadt), tantôt elle développait ses théories sur le mariage ou sur l'organisation de la société (Indtana, Le Compagnon du tour de France) tantôt elle écrivait de charmantes idylles, où elle parlait le langage des paysans, tout en le poétisant un peu (François le Champi, La petite Fadette); mais toujours la passion, qu'elle analyse souvent avec une grande habileté, forme le fond de ses romans.
Il nous serait impossible de donner une place à tous les romanciers contemporains de quelque notoriété. Il convient cependant de signaler un mouvement très important qui s'est produit depuis quelques années. Sous l’influence des idées positives et le progrès des sciences exactes, le roman s'est de plus en plus préoccupé de l’étude de la vie réelle, et aujourd’hui nous sommes en plein réalisme (ou naturalisme).
Lorsque George Sand décrit les mœurs des paysans, elle laisse de côte tout ce qui pourrait offenser la délicatesse du lecteur et ne nous montre que le beau côté. Mais l’école naturaliste veut être absolument fidèle à la nature. Ses adeptes décrivent des scènes révoltantes, des milieux écœurants avec la même exactitude que les spectacles les plus grandioses. Ils nous font vivre avec leurs personnages, en nous montrant le milieu où ils ‘vivent. On ne peut pas nier qu’ils n'obtiennent souvent de cette manière de puissants effets. Mais l’esprit de système, qui a déjà fait tant de mal, les pousse quelquefois à charger les couleurs, à renchérir sur la réalité.
Le grand précurseur de cette école est Honore de Balzac, romancier d’un talent prodigieux et profond connaisseur du cœur humain. Il a donné à l’ensemble de ses récits le nom de Comédie Humaine. Après lui viennent Flaubert, les frères de Goncourt, Alphonse Daudet, et le plus hardi entre tous, Emile Zola.
Le théâtre, moins libre dans ses allures, a suivi de loin cette évolution. Les théories de l’époque y trouvent plus ou moins leur expression , mais le naturalisme n’y a pas encore droit de cité.
Uitgave van P. NOORDHOFF te Groningen.
Grammaire Française