POÉSIE DRAMATIQUE
Ce fut la religion qui inspira les premiers essais de poésie dramatique. Les récits de l’Ecriture Sainte furent dialogués , ou des épisodes de la vie merveilleuse des Saints furent mis en action. C’est ainsi que naquirent les mystères (dont le plus célèbre est la Passion de Jésus-Christ) et les Miracles. — • Les mystères prirent bientôt une grande extension , de sorte qu’il fallait en diviser la représentation en plusieurs journées. Celui de la Passion p. e. , qui demandait d’abord six jours, finit par en exiger vingt-cinq. Celui des Actes des Apôtres se divisait en quarante journées. Le nombre des personnages était en proportion. Tel mystère en avait près de cinq cents.
La mise en scène différait beaucoup de celle d’aujourd’hui 1). Le théâtre représentait à la fois les lieux divers où l’action devait se passer. Au fond de la scène se trouvait l’entrée de l’enfer, représentée par la gueule d’un dragon, pouvant s’ouvrir et se fermer à volonté pour vomir ou pour engloutir les diables. Au second plan s’élevaient les nombreuses ,, mansions” (c’étaient de petites constructions représentant les endroits où l’action se passait successivement), toutes ouvertes vers le public. Au-dessus des mansions et au dernier plan de la scène s’élèvait le paradis, où trônait Dieu au milieu des anges.
Il n’y avait pas de coulisses, et la plupart des acteurs ne disparaissaient jamais , mais se rangeaient des deux côtés de la scène , lorsque leur rôle s’interrompait. Cela nuisait sans doute à l’illusion; mais les spectateurs, moins exigeants et plus naïfs que de nos jours, n’en étaient pas choqués et s’amusaient prodigieusement au théâtre. Lorsque Boileau dit:
Chez nos dévots aïeux le théâtre abhorré
Fut longtemps dans la France un plaisir ignoré,
c’est ,, adoré” qu’il eût fallu dire; et ils l’adoraient d’autant plus qu’ils étaient plus dévots.
Le zèle des acteurs répondait à l’empressement du public. Us ne craignaient ni fatigues ni dangers. Dans la représentation de la Pas-
D’après Petit de Julleville , les Mystères.
sion à Metz en 1437, l’acteur qui jouait Jésus-Christ et celui qui jouait Judas, l’un attaché à la croix, l’autre à l’arbre où il s’était pendu, se trouvèrent incommodés au point que tous deux faillirent
en mourir.
Après être resté deux siècles aux mains du clergé (du XIe au XIIIe siècle) , le théâtre devint plus mondain , et l’on vit naître soties , moralités et farces. Les soties sont des pièces d’un caractère bouffon et satirique. Quelques-unes sont des allégories morales et politiques d’une grande hardiesse. Les moralités avaient le but d’instruire le public. Elles tenaient le milieu entre la sotie et le miracle; c’était tantôt un sujet édifiant de la vie des saints ou un
exemple de vertu, tantôt quelques scènes allégoriques. Les farces avaient le seul but d’amuser. Sans recourir à l’allégorie et sans
aborder de sujets graves, elles puisaient leur thème plus ou moins bouffon dans les scènes de la vie commune. La plus célèbre des farces est l’Avocat Pathelin, dont l’auteur est inconnu.