LA PROSE. — LES CHRONIQUEURS
Vers le commencement du XIIIe siècle, Villehardouin, qui prit part à la croisade latine, en écrivit la relation simple et fidèle dans son Histoire de la Conquête de Constantinople. Un siècle plus tard , Joinville, qui suivit Louis IX à la croisade d’Egypte, et vécut dans l’intimité du pieux monarque , écrivit l’Histoire de Saint-Louis. Frotssart, plus curieux de bien racouter que préoccupé de la vérité historique, a traité dans ses Chroniques l’histoire de 1322 — 1400. Commines , ministre et confident de Louis XI, écrivit ses Mémoires dans un esprit d’impartialité et avec une profondeur de vues qui l’élèvent au rang d’un véritable historien.
XVIe SIECLE.
On appelle la première moitié du XVIe siècle l’époque de la Renaissance, parce que les lettres et les arts, si longtemps négligés, prennent alors une vie nouvelle. Les langues grecque et latine, jusqu’alors uniquement étudiées par les moines , asservies aux besoins du culte et de la théologie scolastique *), sont cultivées sous le rapport de la beauté et de l’art. Tous les écrivains du seizième siècle subissent plus ou moins l’influence de cette éclosion. D’un
]) Théologie toute en disputes et en subtilités qui était enseignée dans écoles du moyen âge.
autre côté, la réformation venait exciter les esprits à s’affranchir de la vieille église et, bien que ces deux influences se soient combattues sur quelques points, elles ont toutes deux contribué à donner à l’esprit humain plus de hardiesse et d’indépendance.
Les principaux poètes du XVIe siècle sont Marot et Ronsard. Marot, qui vivait à la cour de François 1er, a composé e. a. des épItres *) et des épigrammes * 2) très spirituelles. Plusieurs ont tenté d’imiter sa manière (son ,, élégant badinage” dit Boileau), de là le nom de Style marotique.
Ronsard, qui n’avait pas l’élégance et la naïveté de Marot, mais plus de talent poétique , rassembla autour de lui quelques disciples (ils s’appelaient pompeusement la Pléiade ) et exerça sur la littérature et la poésie de son temps une souveraineté absolue. L’un de ses disciples, du Bellay , a nettement formulé le but de la Pléiade. ,,Sans l’imitation des Grecs et des Romains, dit-il, nous ne pouvons donner à notre langue l’excellence et la lumière des autres plus fameuses.” Ce principe était vicieux sans doute: l’imitation ne peut jamais produire que des oeuvres du second ordre. Mais l’effort que firent ces jeunes poètes pour rendre la langue plus noble et plus imagée ne fut pas perdu. Ronsard lui-même a composé e. a. des sonnets et des odes qui seront toujours admirés. On regrette seulement l’excès de leur zèle. Oubliant que la simplicité est un élément de la beauté, ils ont voulu introduire en français des procédés et des mots qui rendaient leurs vers inintelligibles pour le commun des lecteurs.