VI. — Les Influences extérieures
Les différentes classes de la société, surtout le clergé et l'aristocratie, ne sont pas seulement soumises à des influences locales et permanentes qui évoluent normalement et lentement. Elles subissent profondément des influences extérieures. Les principales sont :
10 Les invasions arabes. — Par les Arabes, nous revinrent la plupart des sciences mathématiques, la médecine, la philosophie d'Aristote, etc.. Ils apportaient également avec eux une poésie très imagée dont profitèrent les troubadours, et des contes merveilleux dont on trouve des traces dans les romans et dans les fabliaux ; enfin une architecture dont il subsiste encore en Espagne quelques chefs-d'œuvre.
20 La conquête de TAngleterre par les Normands (1066) a pour effet de renouveler notre poésie épique et romanesque, au siècle suivant, par les légendes celtiques {Tristan^ Arthur et la Table ronde, etc.).
30 Les croisades (1096-1^70) mettent les chevaliers français en rapport avec leurà compagnons d'armes des autres pays chrétiens, Angleterre, Allemagne, ItaJie, Hongrie, et commencent à créer une sorte de cosmopolitisme. De là date, dans une certaine mesure, la diffusion de notre littérature, due aussi à d'autres causes, mais par là facilitée.
4^ La ^erre des Albigeois agit, à cette époque, sur la masse des chevaliers du Nord, comme, à la fin du xv® et au début du xvi® siècle, les expéditions d'Italie sur les compagnons d'armes de Charles VIII, de Louis XII et de François I®'. C'est alors que la poésie lyrique du Nord est pénétrée et transformée par la poésie lyrique des troubadours.
50 La guerre de Cent ans, de 1337 à 1453, causa en France des ravages matériels et sociaux impossibles à évaluer. Un seul genre prend, à travers les horreurs de cette longue guerre, un essor étonnant : c'est le théâtre, sérieux et comique. Peut-être le peuple y trouve-t-il une diversion plus puissante à ses maux.
&> Les littératures étrangères, en dehors des légendes celtiques de la Grande-Bretagne et de la littérature gréco-byzantine, ne semblent pas avoir exercé d'influence sur notre littérature du moyen âge. Les grands génies italiens du xiv« siècle, comme Dante (f 1321) et Pétrarque {-\- 1374) n'auront d'influence que beaucoup plus tard. Au contraire ce sont nos chansons de geste et nos romans qui se répandent en Europe, et y déterminent une foule d'imitations.