II. — GorDoUle
▼10. — Premières aimées (1006-1629). — Pierre (Corneille est né à Ilouen« Je 6 juin 1606, d'une famille bourgeoise de petite robe ; son père était maître particulier des eaux et forêts. U fit ses études au collège des Je- 1 suites de sa ville natale, et fut un très bon écolier, c'est-à-dire un excellent latiniste.
Au sortir du collège, (Corneille étudia le droit, et acheta, en 1628, une charge d'avocat général à la Table de marbre du Palais ; ces fonctions, il les conserva jusqu'en 1650. U doit surtout à l'étude du droit l'art d'orjjfumenfer, et la dialectique solide et captieuse à la fois qui anime les discours de ses personnages.
Les débuts au théâtre (1629*1636). — Rien ne semblait, dans cette paisible et modeste vie provinciale, destiner (jomeille au théâtre. Une aventure de société, à Rouen, lui inspire un sonnet pour M}^^ Milet, et ce sonnet il a l'idée de l'encadrer dans une comédie, Méliu^ jouée à Paris en 1629. Lé succès de Mélite encourage (^meille, qui donne successivement plusieurs comédies, et, en 1635, sa première tragédie, Médée. n était alors à Paris, où l'avait attiré et fixé à demi la réussite de ses premières pièces. Probablement pour subvenir aux frais de son séjour, et aussi pour s'assurer un puissant protecteur, il travaillait dans la compagnie des cinq auteurs du cardinal de Richelieu. Où sait que, pour avoir modifié le troisième acte de la comédie des Tuileries^ (jomeille fut accusé de manquer « d'esprit de suite' •, et remercié par le cardinal. * La période des chefs-d'œnvre (1636-1652). — La période des chefsd'œuvre s'ouvre en 1636 avec le Cid. La querelle qui suit, gâte pour Corneille les années 1637 à 1639. Mais il donne, coup sur coup,en 1640, Horace et Cinna;9n 1643 Polyeucte et Pompée ; le Menteur et Rodogune en 1644 ; Niamède^ en 1651. En 1647, il avait été reçu à l'Académie française.
La retraite (1652-1659). — En 1652, la chute de Perthariule décourage ; il quitte Paris et se retire à Rouen, où il ne s'occupe plus que de terminer sa traduction en vers de V Imitation de Jésus-Christi et de préparer une édition de ses œuvres complètes. Il demeure alors à Rouen, dans la même maison que son frère Thomas ;« il n'en bougera pas pendant sept ans. D s'était marié, en 1640, avec M"* de Lampérière. Sept enfants lui naquirent. De trois fils survivants deux furent officiers, dont l'un mourut au siège de Grave, en 1674. Le troisième, Thomas, devint en 1680 abbé d'Aiguevive. Une de ses filles fut religieuse ; une autre, mariée, eut pour arrièrê-petite^nièce Charlotte Gorday. Corneille vivait comme un très simjile bourgeois, travaillant en mtme temps à des poésies sacrées, à des diicours critiques sur son art, à des examena de ses pièces
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La ratonr an Ihéfttia (1659-1674). — Dès 1658, certaines drcons*tances qui n'ont pas été bien éclairdes le font revenilr au théâtre. La troupe de Molière passe à Rouen, et joue plusieurs pièces de Corneille, qui figuraient à son répertoire. De plus, Fouquet fait offrir à Corneille une forte prime^ s'il veut bien composer une nouvelle tragédie, et il lui propose trois sujets à choisir. Corneille se laisse tenter. Il donne, en 1659, son Œdipe^ avec un grand succès. Et cette pièce est suivie de dix autres, avec des fortunes diverses. Mais, en 1674, Suréna « tombe à plat », et Corneille, ftgé de soixante^huit ans, renonce définitivement au théâtre.
Les dernières années (1674-1684). — D a couru sur la nUsère de ses dernières années des légendes discutables. D est certain que Corneille a relativement gagné peu d'argent avec ses pièces, et qu'Û s'est appauvri en dotant ses filles et ses fils, surtout les deux officiers, qui t tenaient état de nobles ». La pension de deux mille livres qui lui avait été octroyée en 1662, CHSsa de lui être payée en 1674 ; elle lui fut de nouveau servie à partir de 1678, mais irrégulièrement. On prétend même (c'est Bôursault qui je raconte) que Boileau, quelques mois avant la mort du poète, aurait offert d'abandonner sa propre pension en faveur de Corneille. Louis XIV envoya à Corneille deux cents louis sur sa cassette peu de jours avant sa mort.
Le caractère de Corneille. — Corneille n'avait rien de Phomme du monde ; il disait de jui-même : c Comme Dieu m'a fait naître mauvais courtisan, j'ai trouvé dans la cour plus de louanges que de bienfaits, et plus d'estime que d'éfal>lisscment ». Les contemporains ont été frappés d'un contraste, chez celui qu'ils appelaient le bonhomme Corneille^ entre rindividu et son génie. Corneille, citoyen paisible, et timide, marguillier de sa paroisse, père de famille se ruinant pour ses enfants, est tout Tdpposé d'un poète romantique. Il ne se croit aucune fonction sociale ni politique. D n'est grand que par Vesprit, i qu'il avait sublime », dit La Bruyère.
On !iH saurait trop signaler l'opposition absolue qui existe entre la religion de Corneille et celle de Racine : Corneille n'a jamais cru qu'il y eût incompatibilité entre la dévotion chrétienne et le théâtre ; Raciiie, du jour où il se convertit, renonce à composer des tragédies.
C'est à Paris que mourut Pierre Corneille, le 30 septembre 1684 -; son corps fut inhumé dans l'église Saint-Roch.
Histoire de son théâtre. ^ Corneille débute par des oomédiee. Sa première pièoe est Mélite (1629), dont noue avons expliqué rocoasion. A cette époque, la eomédle était plutôt bouifoQiie' et grossière ; o'était toujours la fane. Pour trouver de la dignité, il fallait monter jusqu'à la tragi-comédie et jusqu'à la pastorale. Corneille a donc la gloire ineontestable d'avoir donné avec succès les premiers modèles de la aomédie mondaine et honnête.
li oontii;^ae à exploiter eatie veine dans : la Veove on Is Traîin puai (163S), ta
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0alefi« 4aPalfti8 ou PAmUrwàU (1683), la BiiJTtnte(1684). UPlMeBojale(ie84)> llUnsion oomiqne (1636),
Eu 1635t entre la Place Royak tt f Illusion comique^ Corneille ayait donné sa première tra^die, Médée, imitée de Sénèque. Oo a retrnu la fière réponse de Médée : Dans un si grand revers que vous re^'t'U 9 .— Afoi.
1636. — A la fin de oette année, le Théâtre du Marais représente le Oid, imité dr romofkreroespaj^nol et surtout du drame de Ouilhem de Castro (1621). — Rodrigue, fils de Don Diàgue, aime Ghimène, fille de Don Gormas ; l'accord est déjà presque lait entre les familles, et Rodrigue va épouser Ghimène. Mais une querelle éclate entre les deux pèree : Don Gormas soufflette le vieux Don Dièguoi Celui-ci, que ses forces trahissent, remet sa vengeance à son fils. Rodrigue a un moment d'hésitation : « Faut-il laisser un affront impuni? faut-il punir le père de Ghimène? • En* fin son devoir lui apparaît nettement ; il provoque Don Gotmas et le tue. Puis il se présente devant Ghimène, et, tout en lui déclarant quHl Taime toujours, il ne regrette rien puisqu'il a fait son devoir. Celle-ci approuve le courage de Rodrigue,^ et lui déclare qu'elle fera elle aussi son devoir, qui est de poursuivre le meurtrier de son père et de demander son supplice. Cependant Don Diègue apprend que les Maures préparent une surprise contre Séville ; il envoie Rodrigue les attaquer, et le jeune homme remporte june victoire complète. Mais Ghimène n'en continue pas moins à réclamer la tête de Rodrigue, et le roi consent à un combat singulier entre Doii 0anche, champion de Ghimène, et Rodrigue. Don Sa&che est vaincu. Le roi déclare l'honneur satisfait, et ses dernières paroles laissent entrevoir la possibilité d'un mv riage entre Ghimène et Rodrigue.
Le succès du Cid fut éclatant et révéla en Corneille un poète tragique que personne ne soupçonnait dans l'auteur de Médée. Il passa en proverbe de dire : Beau comme le Cid, Mais ce succès déchaîna contre Corneille oette fameuse querelle, où fig^ent à la fois, parmi ses adversaires, un Scudéry, un Chapelain et un Richelieu.
Les années IfiS*?, 1638 et 1689 ne voient paraître aucune nouvelle tragédie de l'auteur du Cid, Mais Corneille ne s'était pas contenté de répondre à ses adversaires ou de maudire ses juges; il avait travaillé, puisqu'il donne, en 1640, deux tragédies : tiorace et Cinna.
1640. Horace. — Horace est tiré de l'historien latin Tite-Live, 3, eh. xxiv-zzv. Âlbe et Rome sont en guerre; comme les deux villes sont unies par de nombreuses alliances entre les familles, on décide d'arrêter l'e/fusion du sang, et de ohoieirdans chaque eamp trois champions : l'issue du combat décidera de la suprématie de l'une des deux villes. Le sort tombe, chez les Romains, sur les trois Horaces, et, chez les Âibains, sur les trois Curiaces. Un des Horaces avait épousé Sabine, sœur dw Curiaees; un des Curiaces était fiancé à Camille, sœur des Horaces. IjCS guerriers choisis n'en acceptent pas moins leur pénible devoir. Le vieil Horace attend des nouvelles du combat, lorsque Julie vient lui annoncer que deux de ses fils sont morts dès le premier choc, et que le dernier s'est enfui. Le vieil Horace maudit le Iftéhs survivant, et s'apprête à l'immoler de ses propres mains dès son retour. Mais il ^>• prend parValère que la fuite de son fils n'était qu'une ruse, et que Rome triomphe, — Le jeune vainqueur revient, apportant la dépouille des Curiaces ; il renoontre la iflsnr Camille, qui lui reproche la mort de son fiancé et prononce des imi»éeatioi)f contre Rome. Furieux, Horace tue sa sœur. Pour ce crime, il doit être jugé; le roi Tulle vient tout exprès dans sa maison, entend les plaidoyers de Vàlère et du vieil Horaee, et absout le jeune Honoe qui devra lenlement pe soumettre à une e6ré>
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moAie expiatoire. — Le sueeès de eette pièce ne fut pas dÎBenté ; et Corneille, aveo nne dèférenee où il entre pent^tre quelque ironie, dédia Horace au cardinal de Riobelien.
CBnna est tiré d*nn passade du traité de Sénèqne sur la Clémence, Corneille inTente lee personnages d'Smilie et de Maxime. Il suppose que Cinna, descendant de Pompée, est poussé à nne conspiration contre Auguste par Emilie qu'il aime : celle-ci, dont le père Toranius a péri dans les proscriptions ordonnées Jadis par Auguste (Octave), ▼eut se venger, et quoique Auguste la fasse élever chez lui comme sa propre fllle, elle a promis sa main à celui qui tuerait Tempereur^ Cependant Auguste, fatigué du pouvoir, consulte précisément les deux chefs de la conjuration, Cinna et Maxime, pour savoir s'il doit abdiquer : Cînna, qui veut frapper Auguste empereur, lui conseille de garder l'Empire, au grand étonnement de Maxime, qui ignore les vrais sentiments de Cinna, et qui; en apprenant que celui-ci conspire par amour pour Smilie, le dénonce à Auguste. L'empereur, vivement frappé par cette nouvdle, exprime dans un monologue célèbre ses angoisses, ses remords et ses hésitations. Il fait venir Cinna, le confond, puis il reçoit d'Emilie elle-même l'aveu de son ingratitude, et enfin il constate que Maxime lui aussi l'a trompé. Alors, s'élevant au-dessus d'une légitime colère, et pour prouver qu'il est maître de lui comme de l'Univers, il par^ donne à tous.
En 1641-1642, Corneille, qui fréquente l'Hôtel de Rambouillet, compose deux madrigaux pour la Otdrlande de Julie. Il lit dans la « chambre bleue b son PolyeueU^ dont le éhristianinne déplaît. La pièce n'en a pas moins un grand succès en 1643.
1643. — Polyencta est tiré de Surius, historien latin du xvi^ siècle, qui avait raconté la mort de saint Polyeucte, martyrisé à Mélitène en Arménie, au iv« siècle. Corneille emprunte à Surius les noms de Polyeucte, de sa femme Pauline, de son beftu-père Félix, de so n ami N éarque, et le récit du martyre. D invente le personnage de Sévère. — On apprend au premier acte que Polyeucte a épousé récemment Pauline, et que soii ami Néarque, chrétien, a qudque peine à le décider au baptême, Pauline avait été demandée en mariage, à Rome, par un chevalier nonmié Sévère ; mais Félix n'a pas consenti à cette union, et arrivé en Arménie comme gouverneur, il a décidé sa fille à épouser Polyeucte ; Pauline s'y est résignée, parce qu'elle croit Sévère mort. Toutefois elle est Inquiétée par un songe où elle a vu Sévère vivant et glorieux, et Polyeucte tué dans une assemblée de chrétiens. — Sévère non seulement n'est pas mort| mais il est devenu le favori de l'empereur, et il vient à Mélitène pour offrir un sacrifice. Pauline le revoit, lui annonce elle-même qu'elle est mariée, et lui dit un étemel adieu. Mais, pendant le sacrifice, Polyeucte, qui vient de recevoir le baptême, brise les idoles. On l'arrête ; on le fsit assister au supplice de Néarque ; Pauline et Félix essaient de l'amener à abjurer sa foi : il résiste à tous. Bien plus, il fait venir Sévère dans sa prison et lui lègue Pauline. Celle-ci n'aurait qu'à accepter cette solution, qui la rend à celui qu'elle avait aimé jadis. Elle fait mieux; elle ordonne ft Sévère de solliciter la grâce de l'époux que son devoir lui commande de sauver. Félix ne se laisse pas toucher, car il croit à une ruse de Sévère, et Polyeucte est mis à mort. Pauline se déclare chrétienne à son tour, et Félix est lui-même converti par les mérites du martyr.
La même année que Polyeude, est représenté Pompée. Le héros qui donne son nom à la pièce n'y parait pas. Sa veuve, Gomélie, est un des plni beaux caractères féminins de la tragédie classique.
ToujonzB en 1643, année décidément féconde. Corneille revipït i l'Espagne et à
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la comédie et fait jouer le Menteur, imiTé de la Vérité aufpede^ d'Alaroon. ^ U& jeune gentilhomme, nommé Dorante, revient ^e l'Université de Poitiers, où il a étudié le droit. Accompagné de son valet Cliton, il se promène aux Tuileries. Surviennent deux jeunes filles, Qariee et Lucrèce ; Clarioe ayant fait un faux pas. Dorante se précipite pour lui donner la main, et il en profite pour lui adresser une déclaration. Il veut lui persuader qu'il revient des guerres d'Allemagne, où il s'est distingué, et qu'il reste à Paris parce qu'il l'aime. Mais, sur un rapport inexact de son valet, il croit que Clarice se nomme Lucrèco. D raconte ensuite à des amis qu'il a donné une magnifique fête sur l'eau, la nuit piécédente, à cette même Lucrèce. Son pèro Géronte voulant le marier. Dorante, sérieusement épris de Clarice, déclare qu'il est déjà marié à Poitiers avec une certaine Orphlsc. La confusion laite par Doi . . te entre les noms des deux, jeunes filles amène plusieurs épisodes^ assez complexes. Enfin Géronte apprend tous les mensonges de son fils, et Dorante finit par épouser la vraie Lucrèce. — Le Menteur eut un grand succès, et Corneille donna, en 1644, la Suite du Menteur, oà il conserve Dorante et son valet Cliton, et qu'ili mite d'une comédie de Lope de Véga, Aimer stms savoir qui. La Suite n'eut pas la même fortune que le Menteur.
Viennent ensuite : Bodogune (1644), Théodon (1645), Héraclina (1646), Andromède (1650), Don Sanche à* Aragon (1650).
1651. Nieomède, — L'action de Nicomède se passe au second siècle avant ^ ésus-Christ, à la cour du roi de Bithynie, Prusias. Les Romains ont élevé chez eux un fils du second mariage de Prusias, Attale, en qui ils trouvent un docile vassal, et cherchent à écarter du trône le fils aîné de Prusias, Nicomède. Celuici, amoureux de Laodice, reine d'Arménie, est un capitaine valeureux, d'humeur hautaine et indépendante, qui perce à jour les desseins des Romains, et qui tient lête à Flaminius, leur ambassadeur. Rival de son frère Attale en politique comme 'Sn amour, il essaie de pousser Prusias à la résistance, et de se faire attribuer le trône malgré Flaminius et malgré la mère d' Attale, Arsinoé. Prusias n*a pas de caractère, et s'entend avec Flaminius {.our se débarrasser d'un fils qui l'épouvante et qui le gêne. Heureusement Attalo, dont la générosité traf^it les desseins perfides de ses protecteurs, sauve Nicomède de la mort ; et Nicomède, luttant à son tour de grandeur d'ftme avec Attale, rend à son père un trône que le peuple révolté veut lui donner. Prusias restera donc roi, et il en remercie son fils Nicomède ; mais il souhaite de conserver en même temps l'amitié des Romains.
En 1652, Pertharite, roi des Lombards, marque la fin de la première période de Corneille.
1659. — Quand Corneille revient au théâtre avec Œdipe, aprèe une interruption de sept années, il obtient d'abord un grand succès. — En 1660, Corneille donne la Toison d'or, pièce à machiner, comme Andromède, — En 1662, commence avec Sertorins une série de tragédies politiques, où les « grands intérê^ d'Etat > tiennent la première place, où l'amour est réduit à la galanterie fade, et totalement subordonné à laraisoti ; — Sophonisbe (1663), sujet déjà traité par Mairet en 1634; — Ofhoo (1664); - Agéstlai (1666); - AttUa (1667); - Tite et Bérénice (1670), sujet traité par Racine dans sa Bérénice, — Mais la pièce où Corneille, qui semble revenu de U galanterie^ fait le mieux parler l'amour, c'est Psyché. Cette tragédie-ballet, jonée en 1671 au Louvre, n'est pas entièrement de Corneille ; mais précisément toute la partie élégiaque et passionnée est de lui. — Pulchérie (1672) est une sorte de eomédii héroïque ; — Soréna (1674) enfin clôt la deuxième série des piècee de ComeiUe.
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Corneille et les règles d'Aristote. — Corneille ne se soumit pas sans résistance à la règle des trois unités (action, temps, lieu). ChoisissairU des sujets historiques et les compliquant encore^ il est à l'étroit dans les vingt-quatre heures et dans l'unité de lieu ; mais, d'autre part, son génie consistant surtout à réduire ses actions à une crise essentidle de la volonté, les unités lui furent une contrainte utile. Ces crises d'énergie, diluées dans une action de pltisieurs jours, ne donneraient pas la même impression de fermeté et d'héroïsme. Il a tenté d'ailleurs d'élargir un peu les limites des règles de lieu et de temps ; et il se justifie dans les Examens de ses pièces.
L' « invention » chez Corneille. Dans quelle mesure il est historien. - - Où Corneille prend-il le sujet de ses tragédies? Si nous mettons à part MédéSy le Cid^ Œdipe, il n'imite pas dessfiiièces antérieures. Il choisit ses sujets dans Vhistoire, Que cherche-t-il en effet? Des exemples d 'énergie humaine. Il lui faut de ces cas rares et vrais tout ensemble, dont la volonté n'ait pu sortir qu'au prix d'un effort, mais d'im effort tout humain
Peut-on cependant l'appeler un historien? Non, si l'on exige de l'historien le respect scrupuleux de la vérité ; car Corneille ajoute et retranche aux faits que lui fournissent les textes (Horace, Cinna, Nicomède, etc.). Mais l'essentiel est que, par ces modifications, il ne fausse jamais la vérité générale, et qu'il en profite, au contraire, pour nous faire mieux pénétrer dans la psychologie d'une nation et d'un personnage célèbre, ou dans les lois intimes et cachées des événements. — L'histoire romaine a particulièrement tenté Corneille, car elle est, plus que toute autre, un recueil de beaux exemples. Qu'on l'envisage dans sa suite ou dans chacun de ses épisodes, à moins d'y voir la main de la Pro^idence, avec Bossuet, il faut avouer que c'est un prodige de la volonté humaine Corneille y est donc revenu sans cesse, et il a même souvent donné l'énergie et le style des Romains aux héros grecs ou barbares.
L^action. — Ce fait une fois découvert dans Thistoire, Corneille le renforce et le complique. Pour mieux faire valoir l'énergie humaine, hors de V ordre commun il lui crée des fortunes {Horace). - - Il ne lui suffit pas qu'une sœur des Horaces ait été fiancée à un des Cunaces ; il suppose encore qu'une sœur des Curiaces est mariée à l'un des Horaces. Ainsi, ce qui frappait déjà dans l'histoire, le sacri fice de l'amour au patriotisme, devient ici plite surprenant. — De plus, Corneille crée une action ascendante en ce sens- que des obstacles nouveaux se dressent sans cesse devant le héros, dont la volonté ne peut jamais se reposer. Ainsi l'intérêt va toujours en croissant jusqu'au dénouement qui marque enfin le triomphe de l'héroïsme.
Les caractères et les passions. — On conçoit aisément ce que doit être un caractère destiné à jouer un pareil rôle. La Bruyère dit que Corneille a peint les hommes tels qu*ils devraient être. En effet, ses héros incarnent,
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nous Tavons déjà indiqué, une volonté maîtresse d'elle-même, une ndson qui règne en souveraine sur la sensibilité et qui la t3^rannise, une dairvoyance morale toujours en défiance d'elle-même. De grands sentiments les animent : le devoir filial (Rodrigue), Thonneur (Don Diègue), le patriotisme (Horace), la clémence (Auguste), Tamour de Dieu (Poiyeucte), la fidélité conjugale (Pauline, Gomélie), la dignité royale (Nicomëde), etc.
Quelle place Corneille donne-t-il à l'amour, qui, de toutes les passions, est celle qui détermine le plus de conflits tragiques? Dans la plus grande partie de ses tragédies, il y a de l'amour, et de l'amour qui fait corps avec le sujet; mais cet amour n'est pas, comme chez Racine, la passion maîtresse et le ressort unique ; il est en lutte avec un intérêt supérieur, et, il doit être vaincu. Et cet amour vient d'un libre choix de la volonté et de la raison; il est fondé sur V estime..
Moralité du théâtre de Corneille. — Il faut préciser cette question de la morale de CameiUe^ et expliquer pourquoi le théâtre de Xkimeille est une t école de grandeur d'âme b (Voltaire).
a) Corneille, dans ses plus belles tragédies, pose des t problèmes moraux » et des • cas de conscience •. L*exempU est rare et tragique ; mais il évoque des cas analogues, plus ordinaires, auxquels la leçon peut s'appliquer. Le héros se trouve pris non pas entre le devoir et la passion (car la plus élémentaire morale nous oblige à choisir le devoir, et dans ce choix, U y a du mérite, et non pas de la grandeur, encore moins de l'héroïsme), mais entre deux devoirs qui le sollicitent d'abord également, et dont l'un doit triompher do Tautre.
b) Et maintenant, quel est le principe qui déterminera le choix du héros? C'est ici, vraiment, que la grandeur d'âme va se montrer. Ce héros, d'abord, envisagera, non sans trouble, les deux forces qui lo sollicitent. D faut, en effet, qu'il nous apparaisse libre et clairvoyant et qu'il se décide par un choix raisonné de sa volonté Ce raisonnement lui donne un critérium certain, et lui fait discerner enfin le vrai devoir du devoir spécieux. Le vrai devoir se reconnaît à ce qu'il exige de nous un sacrifice plus complot et un effort plus grand.
c) Ce héros, une fois qu'il aura accompli son pénible devoir, ne regretr tera pas sa décision. A Chimène, Rodrigue, le cœur tout saignant de son sacrifice, dira : « Je le ferais encor si j'avais à le foire •. A Pauline et à Félix, Poiyeucte. prêt à partir pour le supplice, fera la même réponse.
d) Enfin, le style même de ce théâtre justifie cette expression : éa^ de grandeur d'âme. Ce ne sont que plaidoyers^ arguments, dissertations. Pas un de ces héros qui ne cherche à convaincre ses adversaires ou à se convaincre lui-même de l'excellence de son choix. Toute la théorie du vrai devoir, distingué du devoir spécieux, se trouve là.
Voilà pourquoi le théâtre de Corneille provoque Vadmiration. Par les lujets par la nature des passions, par le mécanisme moral des héros, il
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nous élève au-dessus des choses mesquines ou des tentations troublantes. Mais surtout il nous donne confiance en la force de la nature humaine. De là, une contagion de grandeur qui se dégage du Cid^ d'Horacef de Cinna^ de Polyeucte, et même de Pompée^ de SerUnius et de tant d'autres pièces. Car le commencement de Thérolsme est l'admiration de la vertu Le style de Corneille. — Corneille est un de nos plus grands écrivains en vers, et peut-être le plus grand. U n'est pas poète au sens où l'entendent les romantiques ; il est sobre d'images ; il développe des raisonnements et des idées, plutôt qu'il n'exprime des sensations. Il a toutes les qualités de la plus belle rhétorique ; il en a aussi les défauts : la subtilité, l'emphase, la déclamation. Mais ce qui frappe le plus chez lui, c'est l'admirable propriété d'un vocabulaire le plus souvent abstrait, où les nuances et les degrés du raisonnement sont marqués avec une merveilleuse sûreté. De plus, ce style a toujours une gravité robuste et vraiment dramatique. Enfin, si Corneille excelle à développer avec ordre et logiqucune série d'arguments et à composer de longs discours, il !i'est pas moins habile soit à formuler de courtes et impératives maximes, soit à disposer un dialogue en répliques antithétiques et brillantes.