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BOÔSUBT ET LES PRÉDICATEURS

et OÙ Bossuet se sentait obligé à une certaine égalité de style, on trouve encore une étonnante variété.

Bossuet précepteur du Dauphin et historien. — Si l'on veut savoir commeiil Bossuet a compris son rôle et ses devoirs de précepteur, il faut lire la lettre latine qu'il adressait, le 8 mars 1679, au pape Innocent XI. Le programme comprenait : — l'étude dé la religion, parla lecture commentée de rÉcrituro sainte, et l'histoire de l'Église ; — celle du latin : grammaire, exercices, lecture d'auteurs, entre autres Virgile, Térence, César, Gicéron (remarquons ici que Bossuet ne fait pas lire à son élève les auteurs latins par parcelies, mais en entier^ de suiUy c étant certain, dit-il, que chaque endroit ne s'entend jamais clairement, et ne paraît avec toute sa beauté, qu*à celui qui a regardé tout l'ouvrage comme l'on regarde un édifice, et qui en a pris tout le dessein et toute l'idée ») ; — la géographie, où il fait une grande place à l'étude des mœurs ; — l'histoire, et surtout celle de la France. Bossuet préparait lui-même chaque leçon d'histoire, et Vexpdsait au Dauphin. — Ajoutez à ces matières :1a philosophie, le droit romain, de l'histoire naturelle, de la physique et des mathématiques. — Pour remplir ce vaste programme, Bossuet n'était pas seul. M. de Montausier, gouverneur du Dauphin, lui avait adjoint des collaborateurs : Huet et Fleury, pour les lettres et l'histoire, et Blondel pour les sciences. Mais, sauf pour. les sciences (encore étudia-t-il l'anatomie), Bossuet fit tout par lui-même ;^ se remit à l'étude de la grammaire et des auteurs, rédigea des cours d'histoire qui témoignent pour le temps d'une sérieuse connaissance des sources, et il se trouva en mesure, cette éducation finie, de publier le Discours sur rhistoire universelle (1681). — La Politique Hrée de VÉeritwre sainte, le Traité de la connaissance de Dieu et de soimême, qu'il avait également écrits pour le Dauphin, parurent après sa mort, en 1709 et 1726. — Le résultat de ces efforts fut, on le sait, presque négatif. Le Dauphin avait l'esprit lourd et apathique, et semble avoir peu profité des leçons d'un tel précepteur (1).

Le Discoun sur rhistoire nniveiselle (1681) n'est qu'une partie du vaste cours d'histoire éorit par Bossuet pour le Dauphin ; la suite, annoncée dans la lettre à Innoeent XI, et qui devait aller de Gharlemagne au xvn« siècle, n'a pas été rédigée : nous n'en possédons que des notes. — Le Discours (latin : discursus, exposé méthodique et suivi, sans aucun sens oratoire) embrasse les temps qui se sont écoulés, depuis la Création jusqu'à Charlemagne, Une première partie, intitulée Zes Epoques (2) et divisée en douze chapitres, est un résumé chronologique et synchroniquo des prineipaiiz événements ; — dans unè^ deuxième, intitulée la Suite de la religion^ Bwsuet expose comment, depuis Moïse, la religion chrétienne est préparée, et coro. ment tout, dans l'andenne loi comme dans la nouvelle, aboutit par une suite ininterrompue au triomphe de l'Eglise ; — dans la troisième partie, les Empires^ Bos-

(1) Morceaux cJMcif, %•* cycle, p. 185. fi) Moretaucfftom»- f« cycle, o lit

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■net étadîB Vaclion dl la Providenoe sur les grands empifîM de Tantiqui^, et r^tm, ment, abborbés Tun par l'autre, oes empires formèrent, sous le joug des Rotnauis, l'unité nécessaire à la diffusion de l'Evangile. — Bossuet historien reste toujooi»ne l'oublions pas, théolo^en et éducateur ; il le proclame lui-même au début et & la fin de son Discours. Nous ne concevons plus Thistoire traitée de la sorte; nuis nous devons rendre hommage à la loyauté et à la profondeur de Bossuet, qui, philosophe de Vhistoire, est, malgré la différence des moyens et du but, un véiitable précurseur de Montesquieu.

Nous n'avons pas à insister sur la Politique lirée de VËcrilure itUtUK publiée seulement en 1709, cinq ans après la mort de Tauteur. G*()St ]li que Bossuet s'établit le théoricien du pouvoir absolu et du droit 'livin. En fondant le pouvoir des rois sur La religion, Bossuet leur impose bien plutôt des devoirs qu'il ne leur reconnaît des droits.

Bossuet coatroversiste. — i^ Le Protestantisme, — Rappelons que le premier ouvrage imprimé de Bossuet est la Réfutation di, catéchisme du Paul Fem (Metz, 1655). En 1688, il publie en deux volumes son histoire des variations des églises protestantes, à laquelle, il faut jomiirt; les six Avertissements (1689-1691) et la Défense de VHistoire des laria tions (1691). Tout le monde est d'accord pour admirer la conscience ei la sûreté avec lesquelles^ossuet a documenté son hisloire. — QumI esl le byt de Bossuet? C'est de prouver aux protestants, par un taltk-an des variations de leurs Églises depuis Luther, qtjl^.lour manque celtn uni(^ qui est la caractère fondamental de la véritable Église. La coticla sion s'imposera, le retour au catholicisme, qui est seul en possession di Vunité dans la continuité. Si Bossuet n'est pas arrivé à une réeon<*i liation qu'il désirait passionnément atteindre (car dans cette discussion il est apôtre, et c il a plus d'amour que de haine »), il a laissé du moins une de ses œuvres les plus profondes et les plus vivantes (1).

2^^ Le Quiétisme. — Nous remettons au chapitre de Fénelon l'exposé de cette polémique ; nous y citerons les œuvres des deux adversaires.

3^ Maximes et réflexions sur la comédie (1694). — Un religieux Ihé^tia, le P. GaiTaro, avait écrit à Boursault une lettre que cet auteur avait publiée, sans signature, en tête d'une édition de son théâtre. Ce religieux soutenait que les anathèmes de l'Église contre la comédie ne pouvnieat plus s'appliquer à celle du xvii^ siècle, devenue morale. Bossuet vit «laits cette affirmation un système qui engageait l'autorité de l'Église, et il répondit au P. Gaffaro par une brochure dont le ton jious parait aujourd'hui trop violent, mais où L'on sent, une fois de plus, l'ardente conviction d'un prêtre qui ne croit point devoir, comme Fénelon dans sa Lettre à VAcadémiet prendre des détours pour exposer et pour défendre la doctrine traditionnelle de l'Église.

(i) htêfCÊOUX dboMW. !• cyclt, p. 414.

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