III. — Bourdaloue (1G
Bossuet prêcha sa dernière station à la cour en 1669. Le jour même où il descendait de la chaire royale, le 25 décembre, Bourdaloue se faisait entendre à Paris pour la première fois, dans la cHapelle de la maison professe des Jésuites. Dès ses débuts, il obtint un prodigieux succès. Aussi fut-il immédiatement appelé à la cour, pour l'Avent de 1670.
Il était d" usage de ne pa; cemandjr plus de trois fois le mtme prédicateur à la cour, Bossuet y prêcha quatie fois; Bourdaloue y revint jusqu'à dix fois, de X670 à 1691. — Nous avons peine à nous expliquer que le
{!) Morceaux choisis, 2« cycle, p. 410.
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XVII* siècle ait préféré Bourdaioue à Bossuet. Ce dernier occupe aujourd'hui si incoBtestablemeot le premier rang, qu*on éprouve une véritaUe déception en constatant que Bourdaioue obtint, comme sermonnaire, un succès beaucoup plus vif.
Pour expliquer cette préférence, il y a des raisons très claires. La première, c'est que BouidaJoue écrivait avec soin son discours d'un bout à l'autre, et le récitait avec beaucoup d'art. D emportait même avec lui son manuscrit pour le consulter au besoin. De là, une* grande sûreté de parole, aucune de ces négligence» qui échappent dans l'improvisation à l'orateur le plui exercé.
D'autre part. Bourdaioue se place au niveau de ses auditeurs ; au lieu de chercher à les entraîner avec lui, d'un élan, jusqu'aux suprêmes contemplations, il descend au milieu d'eux ; il leur dit : c Je vous connais ; voici quelles sont vos passions, quols sont vos vices, vos travers^ vos lâchetés...» Et il fait des portraits, il analyse les cœurs, il nrond sur le vif l'existence du courtisan pour y opposer les leçons de TUvangile. Or, les courtisans étaient à Tafrûl des moindres allusions, et mettaient des noms sous ces portraits ; ils cJierchaient un plaisir mondain, une satisfaction souvent haineuse, dans des paroles qui prétendaient ne leur enseigner que la chanté et la vertu.
Ce n'est pas tout, et ce qui noui» gâte BourdaloviO le rendait plus admirable encore pour les auditeurs de 1670. Il raisonne toujours ; il raisonne trop, disons-nous. Rien pour l'imagination ; rien pour le cœur. On ne sait en vérité si c'est là de l'éloquence ou de la géométrie. Or, dans la seconde moitié du xvii« siècle, la raison était l'idéal de tous les esprits ; sous l'influence de Descartes lo sentiment lui avait peu à peu cédé la place.
Parmi ses meilleurs sentions, il faut citer : la Pensée; de la mort, U Respect humain^ V Ambition, le Devoir des pères (où il s'élève avec force contre les vocations imposées aux cadets de famille) (1), V Hypocrisie (discussion très intéressante de la question du Tartuffe, c'est-à-dire de l'opportunité d'attaquer au théâtre l'hypocrisie) (2), V Aumône, le Pardon des injures, la Sévârité évangélique (où l'on voulut voir le portrait de M. de Tréville, capitaint^ des mousquetaires, qui venait de se retirer à Port- Royal), la Médisatice (réponse aux Provihcicdes\ le Jugement dernier (3), les Divertissements du monde (4), la Restitution (5). En tout, nous avons de lui quatre-vingt-cinq sermons, dont le texte, publié après sa mort par le P. Bretonneau, n'offre pas d'absolues garanties d'authenticité.
(1) Morceaux choiait, 2* cycle, p. 425. (£) Morceaux choiiiSt 2* cycle, p. 421.
(3) Morceaux choitU, !•■ cycle, p. 188.
(4) Morceaux choiti*, 1** cycle, p. 189.
(5) Morceaux choitit, 2* cycle, p. tt«.
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