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IV. — Autres Prédicateurs

Fléchier (1632-1710), d'abord professeur dans les collèges des Pères iâ« la Doctrine chrétienne, se forma le goût à THôtel de Rambouillet* à répoque où la préciosité n'était plus guère qu'un défaut. Emmené en Auvergne par M. de Caumartin, comme précepteur de son fils, il assista aux séances des Grands-Jours d'Auvergne, en 1665. De là, son premier ouvrage, d'une lecture encore très piquante, Mémoires sur les Grand»' Jours <r Auvergne (1). — A partir de 1670 environ, il se mit à prêcher, et il apporta dans la chaire un style délicat et raffiné, qui n'exclut ni la sûreté théologique ni la belle morale, mais qui devait charmer plutôt que convaincre et toucher.

Bien qu'il ait prêché deux stations à la cour, il est surtout resté célèbre comme auteur à*oraisons funèbres. Il en prononça sept, avec grand succès, à l'époque même où Bossuet triomphait dans ce genre ; et quelquesunes des siennes supportent encore la lecture. Les deux plus remarquables sont celle de la duchesse de Montausier (Julie d'Angennes, fille (le M°^ de Rambouillet) : c'est un document pour Thistoire de la préciosité (1672) (2)^ — el celle de Turenne (1676), dont on citera toujours quelques passages (3). Fléchier a laissé une importante correspondance, qui fait le plus grand honneur à son esprit et à son cœur. Il avait été nommé, en 1685, évêque de Lavaur, et, en 1687, évêque de Nimes : dans cette dernière résidence, il fut un administrateur zélé et charitable, à travers les luttes des catholiques et des protestants.

Hascaron (1634-1703) appartenait à la congrégation de l'Oratoire. Nous ne possédons plus ses sermons ; mais il fut très célèbre comme prédicateur, et, à partir de 1667, il prêcha à la cour six carêmes et six avents. D se distinguait en même temps dans l'oraison funèbre. Mascaron, par rapport aux dates où il a parlé, est archaïque ; il a de l'enflure mêlée de subtilité. Mais il est né orateur, et son éloquence a un tour naturel et véhément.

Massillon (1663-1742) appartient aussi à l'Oratoire. D'abord professeur dans les collèges de cette illustre congrégation, en particulier à Juilly, il se révéla orateur, et fut poussé, malgré lui, dit-on, vers la prédication. Appelé à la cour, il y prêcha l'avent de 1699 et les carêmes de 1701 et de 1704. Viennent ensuite ses oraisons funèbres du Prince de Conti (1711), du Dauphin (1711) et de Louis Xi F (1715) ; l'exorde de ce dernier discours est toujours cité ; c'était un beau trait d'éloquence, et digne de Bossuet, que de commencer l'éloge de Louis le Grand par ces

(1) Moresaux ehoitùf 2* cycle, p. 438.

(2) MoTMotuB cftoww, 2« cyc'e, p. 436.

(3) Morceaux choisis, !•' cycle, p. 191 ; t* cycle, p. 434.

mots : « Dieu seul est g^rand, mes frères... » (1). — En 1718, alors qu*jl venait d*être nommé évêque de Glermont, il fut chargé de prêcher le carême devant le jeime Louis XV ; on appelle ce recueil de dix sermons le Petit Carême, pour le distinguer de son Grand Carême (2). Il se retira ensuite dans son diocèse de Glermont, où, comme Bossuet à Meaux, il se consacra principalement à l'administration et à la direction.

Massillon a été considéré, par tous les critiques du xviii® siècle, comme un des plus parfaits orateurs de la chaire. Voltaire, dans sa Liste des écri^ vains français, publiée à la suite du Siède de Louis XI V, le juge ainsi : c ... Le prédicateur qui a le mieux connu le monde ; plus fleuri que Bouidaloue, plus agréable, et dont l'éloquence sent Thomme de cour, Tacadémicien et l'homme d'esprit ; de plus, philosophe modéré et tolérant, t Massillon est plus fleuri et plus académique que Bossuet et que Bourdaloue On l'a surnommé VIsocrate français. Il sait, en effet, construire une période, couper un développement, balancer une comparaison, user de toutes les figures de mots et de pensées, comme le plus habile des rhéteurs. Gela ne va pas, cependant, jusqu'à le gâter. Il n'a pas moins de goût que d'art. Et ses pages choisies restent encore des modèles de la plus pure langue française.

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