‹ Précis de littérature françaiseChapitre 132 sur 276 · LES LETTRES. — LES MÉMOIRES. — LES ROMANS · texte numérisé non relu

LES LETTRES. — LES MÉMOIRES. — LES ROMANS

Spontanées (1) ; — Emmanuel de Cîoulânges, cousin de la marquise, et sa femme, dont les lettres sont charmantes ; — M*"^ de la Fayette dont nous parlons ailleurs ; — le marquis de Pomponne, etc.

IL —- M*»" de Maintenon (1635-1719).

Vie. — Françoise d*Aubigné est née à Niort, le 2i7 novembre 1635, dans une prison. Sa mère n'avait pas voulu se séparer de son mari, Constant d'Aubigné, fils du célèbre soldat et écrivain protestant, A^^ippa d'Aubigné. Constant s'était converti au catholicisme ; mais en abandonnant la religion de son père, il aurait dû conserver ses traditions d'honneur et de patriotisme ; or, c'est comme traître à la France qu'il avait été arrêté et condamné. Gracié, il partit poiir la Martinique, devint gouverneur de llle de Grenade, continua à mener une vie dissipée, et mourut eu 1645. Sa veuve revint en France avec ses trois enfants, et ne survécut pas longtemps à ses malheurs. La petite Françoise, la jeune Indienne, fut élevée par M°*® de Neuillant. On lui fît épouser, à ^eize ans, le poète Scarron, « grotesque » au cœur tendre, infirme d'humeur joyeuse, dont le salon était fréquenté par tous les beaux esprits du temps. A vingt-cinq ans, veuve et sans ressources. M™* Scarron fut heureuse de trouver un emploi à la cour ; elle y entra comme gouvernante des enfants de M"^^ de Montespan. Sa situation y fut pénible d'abord ; mais elle s'imposa par sa dignité et surtout par ses éminentes qualités d'éducatrice. Pour la récompenser, Louis XIV lui donna, en 1674, la terre de Maintenon avec le titre de marquise ; en 1685, après la mort de la reine Marie-Thérèse, il l'épousa secrètement, et lui dut la dignité morale de ses trente dernières années. Eut-elle sur le Roi une influence politique? La question est très difficile à résoudre. On sait que Louis XIV aimait à consulter celle qu'il appelait t Votre solidité » ; mais M'"'' de Maintenon semble n'avoir jamais cherché à jouer un rôle dans l'Ëtat.

Sa grande affaire fut la fondation et l'administration de la maison de Saint-Cyr.

Saint- Cyr. H'"^ de Maintenon éducatrice. — Elle s'était intéressée de bonne heure à l'éducation des jeunes filles de noblesse pauvre. Éprouvée elle-même, et ayant conservé de son enfance et de sa jeunesse de poignants souvenirs, elle voulait mettre les jeunes filles de son rang à l'abri de pareilles mésaventures. Elle commença par relever une maison de Rueil, dirigée par M"*^ de Brinon, et y plaça cent pensionnaires, auxquelles le Roi consentit à accorder des bourses et une dot. Puis, elle fonda, en 1684, la maison de Saint-Cyr, destinée à recevoir lieux cent cinquante élèves, nobles et pauvres, dans les mêmes conditions. Elle fit elle-même les règlements et choisit les maîtresses.

\i) Morceaux ehoùiM, 1«* cycle, p. S07 ; 2* cycle, p. 487. DBI 6BAN6II. — Précii de Litiirature. I

1 '4 , D[X-SI:PTIÈME SièCLK

Au début, l'éducation fut trop mondaine. On se préoccupait surtout ^ de former ces jeunes filles aux belles manières et au beau style. Ce ne soni que réceptions, concerts, représentations dramatiques. Toute la cour y vient. On y joue Andromaque^ et trop bien. M™® de Maintenon commence à s'alarmer. On abandonne le répertoire profane ; on joue Esther,^\ec quel succès. M"*' de Sévigné nous l'apprend (1) 1 Alors M"*' de Maintenon songe à réformer Saint-Gyr. Jusqu'à la fin de sa vie, elle s'en occupe quotidiennement. Elle y fait de fréquents voyages. Elle inspecte; elle examine ; elle donne des instructions aux élèves et surtout aux maîtresses. Après la mort du Roi, elle s'y retire,

M"**-' de Maintenon s'applique à former le cœur et Tesprit par une méthode directe, par des leçons de choses morales, afin de préparer ces jeunes filles à la fois nobles et pauvres à devenir de bonnes mères de famille. Elle cherche avant tout à prévenir ses élèves contre toutes les vanités, toutes les illusions, toutes les exaltations du sentiment. Non seulement Vinstruction est réduite à ce qu'il y a de plus simple et de plus pratique (le catéchisme, l'histoire, etc.), mais la rdigion même y est défendue contre l'excès de la dévotion : il leur faut « une piété solide, simple, gaie douce et libre... car il ne s'agit pas de faire des religieuses ». Plus que de l'instruction, elle s'occupe de Véducation, Elle leur apprend à tenir une maison et à s'occuper elles-mêmes de tous les travaux du ménage. Par des entretiens fréquents, elle cherche à donner aux élèves et aux maîtresses une sincère droiture d'esprit. Toutes les questions, même les plus délicates, doivent être abordées franchement^ et simplement (2).

Le style de M™*" de Maintenon. — Il ne faut pas demanda à M*"* de Maintenon les qualités d'enjouement, de verve, de pittoresque, de sentiment même, qui animent les lettres de M*"^ de Sévigné. Sa qualité demi* nante, nous l'avons dit, c'est la raison. Mais on aurait tort de croire que ce style est froid et compassé. La personnalité se trahit souvent dansi^es Lettres et dans ces Entretiens ; on ysent un stoïcisme mêlé de tristesse, et un intérêt maternel d'éducatrice pour les filles de son esprit et de son cœur

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