III. — Molière
Vie. — Années d*enfance et de jeunesse (1622-1643). — Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière, fut baptisé à Paris le 15 janvier 1622 (1). Son père, Jean Poquelin, avait sa boutique sous les piliers des Halles, à l'enseigne "de Saint-Christophe, et était valet de chambre tapissier ordinaire du Roi. Sa mère, Marie Grosse, mourut quand l'enfant entrait dans sa onzième année.
Joan-Baptiste fut donc élevé d'abord dans un milieu tout à fait parisien, bourgeois et populaire. B en conserva le sens du vrai dans la peinture des petites gens.
A ces premières impressions si franches et si directes, Jean-Baptiste joignit bientôt la culture de l'humanisme. Elève du plus célèbre collège de Paris, Clermont, dirigé par les Jésuites, il y fit d'excellentes études, de 1636 à 1641. C'est là, dit-on, qu'il aurait fait connaissance avec le jeune prince de Gonti, qui devait, plus tard, s'établir le protecteur de sa troupe nomade. A cette époque, il connut aussi le philosophe Gassendi (2), un des esprits les plus hardis du siècle, auquel il est redevable sans doute de sa philosophie large et naturelle, voisine de-l'épicurisme. ^
Quand il eut terminé ses classes, son père lui fit faire des études de droit ; peut-être lui ac^eto-t-il un diplôme à l'Université d'Orléans. Après tant de sacrifices presque supérieurs à sa condition, il voulait se préparer en son fils un successeur à sa charge de tapissier du Roi. Mais le fils avait depuis longtemps le goût du théâtre. Tout jeune encore, son grand-père Cressé le menait sur le Pont-Neuf voir Tabarin et ses tréteaux, ou à l'Hôtel de Bourgogne, ou encore à la Foire Saint-Germain.
Fondation de l'Illustre Théâtre (1643). — Aussi, dès 1643, Jean-Baptïste passait-il un contrat avec les Béjart et quelques-uns de leurs amis, pour fonder la troupe de VIUiLstre Théâtre, C'est à ce moment que Jean- Baptiste Poqucdin prend le nom de Molière,
Pendant les années 1643 et 1644, la nouvelle troupe essaye en vain de se créer un public. On la voit successivement établie au jeu de paume des
(1) Pour lei queitioni relativei à la biographie et aux piècei de Molière, noua renyoyoni une foii pour toutes à notre Tkidtn choisi d» MoUtn (Hatier)« où noui nous lommei efforcé de donner lur chaque point lei derniers résultats de la eritiqur
(2) Gassendi (1592-1655) est célèbre par sa lutte contre Descartes.
■OUtRI DANS LE ROLI Dt niUB CCSAB
(Mort A Pampft, par Corneille).
O'aprtê U parmil ptini par Pitrrt Migaard (1610-16951.
Métayers, près de la porte de Nesles (angle des rues de Seine et Mazarine), — puis, ^u ?4§F^s, au jeu de paume de 1^ Grpix-Noire, près du pQ^I S^int" p^ui (quai des Gélestins) ; -— ea^n, peut-être, de nouveau sur 1^ riy0 pr£^^cf)l^» au jeu de pauiue de la Croix-Blanciie (carrefour de Buci). Nulle p§irt, VlUmire Théâtre ne réussit. C'est alors que 1» troupe se 4^da k pfirtir pour la Province, à la fip de 1645.
IfoSIn en j^vinçe (1645-1658). — D est impossible, «a {[i&pii d^ fech^hes minutieuses, de suivre, année par sonnée et ét4p$ p^ i^^% l^s voyages de Molière (1).
Qud était son répertoire, en province 1 D^al)Qrdrtri8 pFfîbabTement, on ^t^i nombre de pièces, sérieuses ou comiques, des auteurs h lu mode. Molîèr^ y ajouta d^ bonne heure des pièces de sa composition, soit de grands ouvrages tragiques, suit des comédies, imitées de l'Italie (comma r0tm^4i et h DépU amoureux), soit des farces, genre dans lequel il excelh\i (2). Ainsi, sans qu'il nous soit possible d'insister sur le détail, Molière, p^^m 1646 et 1658, pendant dou^e ^s, joue tout le répertoire eputem^ porain, et s'exerce dans tous les genres.
Mais ce qu'il doit surtout h ce long séjour en province, c'est l'observation directe des moeurs et des caractères. Hesté à Paris, HoUèrt n'efti; jamais trouvé l'occasion de contempler tant d'oriffinm^x. La province, moins soumise à l'étiquelte, où la vie était plus simple et plus libr^, oti d'un lieu jli tm autre les types comme les costumes pbangeMeîit, lui oiTrait un cbamp d'Observs^tion dont il a su profiter. On nous le représenta, che? le barbier de Pézenas, prêtant l'oreille aux conversations ; ainti dut-il s'instruire, partout où il s'arrêta.
Molière à P^ris (1658-1673). ~ Enfin Molière, en 1658, revient |^ Pariq. Il rapporte avec lui deux comédies achevées, l* Étourdi et le Dépù ontot^* fewPi et mie foule de /orc^s. Le 24 octobre 165S, il esl admis à donneTiav
(i) Qi| signal» fa présence : en 1047, k Toulonse» Albi^ Garcassonne ; «o -1648, f^ Nantes ; en 1640, h Toulouse et à Narbann» ; en 16^0, ^ Agen et à Péienaa... f jjtn 1652, dit H. 6. f^igal, Molière, devenu peu à peu le vrai chef de la troupe, e|t à l4jop et y fixe, p^ul-qn dire, son quarMer général Pendant cinq ou six ans, 165t 4 tW^, Molière* cer^s, 119 s'interdira pas les excursions. On le trouvera plusieurf fb|| ep tangMedoc ; pq Ifi trouvera 4 Vl9nne Qn Dauphiné, à Dijon« à Avignon» 4 ^ffRpMfii voir» 4 ^Rrdef»u9 ; mais c>st toujours 4 l'yon qu'il reviendra, et quand H quitte?» déenitivement çe\t^ ville, ce sera pour rçptrer à Paris, en faisant ««cale 4 tiouftp. f Il faut lignaler ^put particulièrement les représentations données par U Ivoq^p f|f Molière pendant les sessions des États du Languedoc, à Pézenas (1650), à Caraaesonne (165 1), et de nouveau à Pézenas (1653>. Cette môme année, Molière retrouve son ancien condisciple du collège de Clermont, le prince de Conti. Celui-ci, ebarmé dt Molière et de sa troupe, les fait venir à Montpellier en 1653, 1654 et 1655 ; pnis encore à Pézenas en 1655 et 1657.
(2) Nous possédpqs dQUJf do w^ farces : U M44^cin «çlant ft (a >/<ito|ifM du Bat' bouilli! on connaît les titres de quelques autres : U Docteur amoureux (joué devant la cour en 1658), les Trou Docteurs rivaux, Gorgibu$ dans le sac,le FagotêUX,9t . Ou f devint le sujet de queK]U«t comédies futur»*.
MOLIÈRE ET LA COMfiDIB AU DIX-SBPTXÊME SIÈCLE !^15
jLonvîe, tme représentation devant la cour ; il joue Nicomède (comme acteur, il avait la prétention des rôles tragiques) (1), et le Docteur amoureux. La troupe fut jugée excellente dans le comique, et le Hoi donna à Molière la salle du Petit-Bourbon, dans les bâtiments mêmes du Louvre, avec le titre de Troupe de Monsieur et une pension. G*est au Petit^Bourbon que Molière fait jouer, en 1659, les Précieuses ridicules. Mais, Tannée suivante, M. de Rataubon, architecte du Roi, expulse Molière ; on démolit le Petit* Bourbqp, pour commencer les travaux de la colonnade du Louvre. Monsieur lui permit alors de s*installer dans la salle du Palais-Royal, celle que lUchelîeu avait fait construire ; c'est là que Molière donna toutes ses pi ces, et qu'il mourut.
11 épouse, en 1662, Armande Béjart. En 1664, il a un fils, et le Roi consent à ^n être le parrain. Louis XIV, d'ailleurs, protège Molière contre ses ennemis, et l'appelle fréquemment à la cour, soit pour qu'il y joue quelque pièce de son répertoire, soit pour qu'il compose des divertissements de circonstance.
La vie de Molière semble avoir été d'une activité dévorante! Chef de troupe, acteur toujours en scène, et auteur, il n'a pas un instant de repos. On est stupéfié qu'il ait pu, entre 1658 et 1673, composer plus de vingt odvrages, dont plusieurs en dnq actes^ et en vers 1 II devait, comme l'en félicite Boiloau, rimer avec une facilité singulière. A ce métier, il gagnait sans cloute Deaucoup d'argent. Il avait, dit-on, trente mille livres de rentes ; et l'inventaire dressé après sa mort révèle un confortable large et artis* tique. Son caractère était plutôt porté à la tristesse ; il fit rire, mais il ne riait pas. Il était homme de cœur, charitable, « né avec les dernières dispositions à la tendresse » (Grimarest), tolérant, ami fidèle. De complexion délicate, porté à l'hypocondrie (nous dirions aujourd'hui neurasthénique), il fut presque toujours malade, et en voulut aux mé^iecins de leur impuissance à le guérir. On sait comment it mourut : sur la scène, pendant la quatrième représentation du Malade imaginaire, il fut pris d'une convulsion et d'un crachement de sang ; on b transporta chez lui, où il expira dans la nuit. La maison où il est mort s'élevait au n^ 40 de la rue Richelieu. Comédien, Molière était excommunié ; pour obtenir qu'on l'ensevelît nuitamment en terre chrétienne, sa veuve dut aller se jeter aux pieds de Louis XIV (2)
Histoiie de son théfttre. — Après les farces nombreuses, écrites pour le publio de province et dont il nous reste deux échantillons: la Jalousie du Barbouillé et le AJédecin volant, Molière donne à Lyon, en 1653 ou 1655, sa première grande eomètiie, VEtourdi.
(1) Le plus cél^tjrv purimit de Molière, par fflignard, le repréientt dans le eoetmne de César, <)e <u Mort de Pompée jC Cf. la fiaTiirede la fWffe fit.) (S) Cf. BoiUKAU, £p. VU
910 bIX-tBPTIÈM8 tlftOLU
165$ ôt 1066. L^Stcraidi on lei Contreteiiipi. — La pièoe, en dnq actes et en Tera, est imitée d'une eomédie italienne de Nicole Barbiéri, Vlnaoueriito (le Malavisé), qui datait de 1629. Lélie aime Gélie, qui a été vendue an yieillard Trulaldin par des bohémiens. Il faudrait à Lélie une assez forte somme d'argent pour délivrer Célie ; e'est à la trouver que s'emploie le génie de Mascarille, son valet, le fourbe des fourbes {fourbum imperaior), Mais'ohaque fois que Masoarille ainventé quelque ruse infaillible, la maladresse et Tétourderie de LéUe la font échouer. Snfln, tout s'arrange au moyen d'une double reconnaissance, et Lélie épouse Célié.
1656. Le Dépit amoureux. — De nos jours, on représente cette pièce en deux actes. À l'origine, le Dépit anumreux était en cinq actes, imité d'une confédie italienne de Nicolo Secehi. On ne eonserve que les charmantes scènes de brouille e^ de réconciliation, entre.Eraste et Lucile, Marinette et Gros-René.
1659. Les Précieuses ridicules. — Le bourgeois Gorgibus a une fille, ICagdelon, et une nièce, Cathos, qui sont devenues prédeusea. Deux jeunes gentilshommes, La Grange et Du Croisy ont demandé Magdelon et Cathos en mariage : celles-ci* ne les jugeant pas assez distingués, ont répondu par un refus. La Grange et Du Croisy, pour se venger, envoient chez les préciewes ridicules leurs valets, Mascarille et Jodelet, qui se font passer pour des hommes du monde et pour de beaux-esprita et reçoivent le meilleur accueil. Mais soudain les maîtres reparaissent; ils obli^nt les valets à dépouiller leur déguisement et à se montrer en souquenille et en veste blanche. On juge de l'humiliation des deux précieuses. — C'était le vrai début de , Molière ; il pouvait dire, à dater de 1659 : c Je n'ai plus qu'à regarder le monde^> ; et, du parterre, une voix lui criait : « Courage, Molière voilà la bonne comédie ! »
1661. L'Ecole des maris. Cette pièce, en trois actes et. en vers, est imitée très librement des Adélphes, de Térence. Sganarelle et Ariste élèvent chacun une pupille ; le premier tient Isabelle dans la plus dure contrainte, et se la voit enlever par le jeune Valère ; Ariste est plein d'indulgence pour Léonor, gagne sa eonûance, s'en fait aimer et l'épouse (1).
1661. Les Fâcheux, trois actes en vers, ont été composés par Molière pour le surintendant Fouquet. — C'est une comédie c à tiroirs > ; dans un cadre très large sont introduites un certain nombre de scènes, où apparaissent des types qui ne reviendront plus. Pas d'autre intrigue que celle-ci : Éraste, qui aime Orphise, a obtenu d'elle un rendez-vous ; il est sans cesse retardé par des fâcheux (importuns): an duelliste, un joueur, deux bavardes précieuses, un chasseur, un pédant. Enfin Éraste peut rejoindre Orphise, et leur mariage est décidé. — Molière a dédié sa pièce au Roi.
1662. L'Ecole des femmes. — Arnolphe a une jeune pupille, Agnès, qu'il veut épouser, et qu'il maintient dans l'ignorance et l'esclavage pour éviter qu'elle lui échappe. Cependant un jeune homme, Horace, fait la cour à l'innocente Agnès ; il invente des stratagèmes pour attirer son attention et mériter son amour. Et e'est à Arnolphe lui-même, qu'il ne connaît point pour le tuteur d'Agnès, qu'Horace fait confidence de ses succès. Les précautions nouvelles prises par Arnolphe tournent contre lui, et tout aboutit au mariage d'Agnès et d'Horace. La pièce pourrait porter pour épigraphe ces mots de Figaro : t Voulez-vous donner de l'esprit à la plus sotte : enfermez-la. > Molière, pour répondre aux eritiques, eomposa une petite comédie de circonstance, La Critique de l'Eoole des temnui,
(1) Morceaux choitit, 2* cycle, p 581f
MOLIÊilB BT LA COMÉdH AU DIX-8EPTIÊMB SIÊGLB 917
«fia d'instroire le procès de VEcole des femmeê devant le {oublie, seul juge en ces matières (1).
1663. L'Impromiita de Versailles est un autre à-propos, joué à Versailles le 4 octobre de oette même année, et à Paris en novembre. — Molière se défend contre de Visé, Boursault, et les comédiens de l'Hôtel de Bourgogne (2).
1664. Tartuffe. -* Orgon est un bourgeois, remarié à Élmire, et qui a de son premier mariage un fils, Damis, et une fille, Mariane. Sa mère, M"^« Femelle, demeure avee lui. Orgon a toujours été un homme intelligent, et il s'est comporté pendant les troubles de la Fronde conmie un brave et loyal sujet. Mais il a fait la rencontre d'un certain Tartuffe, qui s'est présenté à lui sous les dehors du plus parfait dévot ; il s'en est entiché, au point de lui donner l'hospitalité, ' de lui confier ses secrets, et de lui promettre la main de sa fille. Quand la pièce commence, on voit la famille, jusqu'alors très unie, divisée en deux camps, pour et contre Tartuffe. En vain le frère d'Orgon, Géante, lui conseille de se défier de cet hypocrite (3) ; en vain Damis surprend Tartuffe en train de déclarer son amour à Elmire ; rien ne peut dessiller les yeux d'Orgon, qui chasse son lils, veut Contraindre Mariane & ce mariage odieux, et fait une donation de ses biens à Tartuffe. Cependant, grâce aune ruse d'Elmire, Orgon finit par se convaincre de la scélératesse du faux dévot, et il veut le mettre à la porte. Mais Tartuffe, muni de l'acte de donation, va spolier la famille et faire arrêter Orgon, quand heureusement l'intervention du Boi amène la punition du coupable. — L'histoire de la pièce est curieuse. Tartuffe fut d'abord représenté le 18 mai 1664 à la cour, en trois actes, puis interdit. Molière acheva sa pièce en 6 aétes, en donna une représentation en 1667; mais» nouvelle interdiction. Enfin, en 1669, Tartuffe fut autorisé par Louis XIV.
1866. Don Juan. — Don Juan est le t grand seigneur méchant hosune >, qui se joue de Dieu et des hommes. Il a quitté sa femme, Elvire^ pour faire un autre mariage avec une jeune fille qu'il veut enlever à son fiancé. Une tempête jette Don Juan et son valet, Sganarelle, sur une côte ; ils sont recueillis par des paysans, et Don Juan fait aussitôt la cour à deux filles de la campagne, Charlotte et Mathurine. Cependant il est poursuivi par Don Carlos, frère d'Elvire ; un hasard fait que Don Juan délivre ee gentilhomme d'une attaque de brigands ; et Don Carlos lui accorde la vie. Don Juan arrive ensuite devant le tombeau du Commandeur, qu'il a tué jadis ; il s'adresse à sa statue et l'invite à dtner ; la statue fait un signe d'acquiescement^ l'acte suivant, on voit le commandeur qui se rend à l'invitation de Don Juan, qui s'assied & sa table, et lui demande de venir à son tour souper avec lui. Don Juan va au rende&vous ; mais alors la terre s'entr'ouvre, il en sort des flammes, et Don Juan est englouti dans l'Enfer. En 1677, Thomas Corneille mit en vers le Don Juan: il en adoucit les passages scabreux ; et c'est sous cette forme que la pièce fut jouée jusqu'en 1840 (4).
1666. Le Misanthrope. — Alceste hait tous les hommes, auxquels il reproche leur manque de franchise ; il voudrait bannir de la société toutes les conventions hypoerites. Son ami Philinte, au contraire, prend tout doucement les hommes comme ils
(1) Mweeaux choUiSt 2* cycle, p. 524.
(S) Morceaux ehoiaù, 2* cycle, p. 528.
(3) Morceaux choUUf %• cycle, p. 535.
(A) Morceaux choieie^ 2* cycle, p. 538.
DIX-SEPTIÈMB SIÈCLE
sont. Or, Alceste, par une sinffuUère oostradictiop, «ime une jeune venve ooqnette et médisante, Célimène. L'action de la pièce, très simple, est constituée par oeei : Aloeste vient chez Célimène, pour la mettre en demeure de lui dire e ieile veut, oui ou non, l'épouser ; et ii en est toujours empoché. «- Au cinquième acte, Célimène est confondue par tous ceux à qui elle a écrit des billets. Alceste, plus généreux, offre i Célimène de l'épouser, pourvu qu'elle consente k quitter le monde ; tomme elle hésite, il la refuse, et déclare qu'il va « chercher sur la terre un endroit ^arté. Où d'être homme d'honneur on ait la liberté •. ^ Le Misanthrope est Qnn«idéré comme le chef-d'œuvre de Molière, Le succès en fut d'abord un peu hésitant ; mais la pièce s'imposa et prit lo premier rang (1).
l^a même année, le Médeoin mal^éini ^ On gait, comme nous l'avons dit en parlant des fabliaux, que )iolière a profité, pour son Médecin malgré îui^àw VHain Mire, (le Paysan médecin).
1668. Amphitryon. -^ Cette pièoe est une iBÛtation, et presque une adaptation en vers libres, do la comédie latine de Plante. Déjà Rotrou en avait donné ont version française dans les Sosies (1650) (2).
La QiAme année, Molière écrit une nouvelle pièce en cinq actes, mais en prose, on dejtes chefs-d'œuvre, l'Avare, puisé à diverses sources, entre autres VAululaire de Plaute et les Esprits de Larivey. — Molière nous point en Harpagon un véritable avarf\ c'est-à-dire un homme très riche qui n'ose rien dépenser et qui eontinue à s'enrlnbir par l'usure. Harpagon a un fils, à qui il refuse de Tarifent, et qui en emprunte à gros intérêts ; ^ne (il le. qu'il veut marier sans dot à un vieux gentilhomme, et qui a signé une promesse de mariage à Valère, intendant d'Har* pagon. Il veut lui-même se marier avec la jeune Mariane, et cet amour iie lui iâs* pire aucun acte de générosité. La Flèche, le valot de Cléante, fils de l'avare, voie au père une cassette contenant 10.000 écus, et ne consent à la rendre que si Harpagon renonee à Mariane, aimée de Cléante. Il y aura deux mariages assortis: Mariane ;^t Cléante, Élise et Valère. Quant à l'avare, il ira « revoir sa obère cassette ».
1670. Le Bourgeois gentilhomme, comédie-ballet, avec musique de LuVi. >-• M. Jourdain, riche bourgeois dont le père s'est enrichi en vendant du drap, venl Taire l'homme de qualité. Il prend un maître de musique, un maître à danser, un maître d'armes, un maître de philosophie. Il se laisse escroquer de l'argent par Dorante, qui « parle de lui dans la chambre du Roi >. Il ne vent marier sa fille, Lucile, qu'à un gentilhomme (3). — Cependant, Covielle, valet de Cléante qui aime Lucilç, invente un stratagème burlesque pour duper M. Jourdain. Il lui présente Cléante comme le fils du Grand Turc venu pour épouser sa fille. M. Jourdain, très flatté, se fait recevoir mamamouchit et accorde la main de Lucile à Cléante. ~ Le divertissement turc, qui termine la pièce, était alors une sorte d'actualité; la twquene était à la mode.
1671. Les Fourberies de Scapin. — Cette comédie, en trois actes et en prose, eal imitée du Phormion de Térence. Molière y revient aux valets italiens et y reprend eneore une farce de son répertoire prinûtif : Oorgibus dans le sae, imitée d'une eélèbre tabarinade (4).
(1) Morceaux càoûM, S* cycle, p. 521 (passage eommenté)-
(2) Morceaux ehoisiSf 1*' cycle, p. 236.
(3) Morceaux choiiit, i*' cycle, p. 240. W M9rçwM9 chQifitt i*' cycle, p, 244«
-MOUÈHtt et LA COmADIB aV DlX-iHCPTl^MB SIÈCLE 2l9
1670. Lai FnBiBM fRT»Bi«Éb «*- Le bon bourgeois Chrysale » pour f«moie Philaminte, et pour flUee Armande et Henriette, Philaminte s'est jetée dans le pédan* tisme ayee sa belle-sœur Bé^ise, et a entraîné dans sa manie sa fille atnée Armande ; le plus bel ornement de son salon est Trissotin, poète ridicule et hypocrite. Le jeune Glitandre avait demandé la main d* Armande ; mais celle-ci Payant fait attendre pendant trois ans, Glitandre reporte son amour dédaigné sur Henriette. Philaminte veut faire épouser Henriette à Trlésotin. De là conflit entre le père et la mère. Oelle-ci triotaphe d'abord, grâce à la faiblesse de Ghrysale, et Trissotin sembk le maître de la situation ; il trône dans ce salon où il fait admirer ses veiî^, et où il introduit le Jpédant Y^us. Henriette est en danger d'épouser Trissotin, quand Ariste^ frère de Ghryftale, annonce que la famille est ruinée : aussitôt Trissotin se reUre, car il n'en voulait qu'à la dot. La nouvelle était fausse, et destinée seulement à démasquer le bol esprit mercenaire. Philaminte consent alors au mariage d'Henriette et de CUtandre.
1673. Le Mi^lade imaginaire. — Argan est un malade imaginaire: il s'occupe exclusivement de sa santé, et tout marier sa fille Angélique au fils d'un médecin, H. Diafoirus. Il est d'ailleurs piousdé à sacrifier ses enfants par sa seconde femmoi Béline, qui M fait faire un testament en sa faveur. Détrompé par son frère Béralde, il finit par consentir au mariage d'Angélique et de Cléante qu'elle aime, mais il se fera lui-môme recevoir médecin. De là, une cétémoniey qui est la parodie des réceptions de docteurs à la Faculté, au xvn" siècle. C'est aujourd'hui une occasion de faire défiler davant le public tous les artistes du théâtre. — A la quatrième représentation, Molière fut frappé d'une attaque ; il put achever son rôle, mais, transporté chez lui, il y mourut.
Outre les pièces que nous venons d'analyser, "Molière a écrit : Sganarélk (1660), Don Oarcie de Navarre (1661), Le Mariage forcé (1664), L'Amour médecin (1665), Georges Dandin (1668), Monsieur de Poutceaugnac (1669), Psyché (1&71), La Cfoîntesse d^Sscarbagnas (1672).
Molière, les règles et le public. — C'est dans ht Critique de l'École des femmes que Molière nous donne, par la bouche de Dorante, son opinion sur les r^les du théâtre. « Ce ne sont là, çiit-il, que quelques observationF que le bon sens a faites sur ce qui peut Ôter le plaisir que Ton prend à ce£ sortes de poèmes... Le même bon sens qui les a fiedtes autrefois les fait aisément tous les jours, sans le secours d'Horace et d*Aristote.» Pour lui| comme pour Racine, la grande règle, c*est de plaire. Mais à qui faut-il plaire? A deux sortes de spectateurs, dont Molière se réclame à la fois : le parterre et la omr. Une comédie qui fait rire tout ensemble la cour et le parterre, U « attrapé son but ». — Molière a défini lui-même le genre de comédie qu'il a pratiqué jusque dans ses farces en apparence les plus excentriques : « Lorsque vous peignez des hommes, il faut peindre d^aptèt nature. On veut que ces portraits ressemblent, et vous n'avez rien fait, si vous n'y faites reconnaître les gens de votre siècle... C'est une étrange entreprise que celle de faire rire les honnêtes gens (1). •
(1) Morceaux ehoitis, î* eycle, p. 584 ; p. 6Se ; p. 5S8*
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L'actkm dans lés Éomédies de Molière. — Molilre, an point de \tt8 de rintrigue, est Télève des Italiens. Il sait construire une pièce avec une remarquable aisance, en faisant naître les incidents les uns des autres. Mais il £»ut bien remarquer que Molière, dans ses chefs-d'œuvre, ne s'attache guère à l'intrigue pour elle-même, et qu'il la subordonne presque entièrement à l'étude psychologique. Il s'eÔorce de placer ses personnages principaux dans une série de situations, qui solliciteront successivement toutes les parties de leur caractère. — Aussi, cette opération terminée, et lorsque Molière est bien sûr d'avoir décomposé suffisamment son persoimage, brusque-t-il le dénouement. Il accepte avec une réelle indifférence, la plupart du temps, les dénouements à l'italienne, les reconnaissances suivies de mariage, dans VÉcoie des femmes^ VAvarej les Fourberies de Scapin, La conclusion des Femmes savantes est celle d'un vaudeville ; le châtiment de Tartuffe est peu vraisemblable ; le Bourgeois gentilhomme et le Malade imaginaire sombrent dans la bouffonnerie. — Une seule pièce, le chef-d'œnvre, se passe de dénouement artificiel, c'est le Misanthrope : aussi est-ce le type achevé d'une action telle que la concevait Molière ; c'est sa c pièce des connaisseurs ».
Les caractères. Molière observateur de son temps et de l'homme. — Quels sont los personnages que Molière a fait agir dans ces pièces si largement construites ? Lui-même nous dit qu'il peint d'après nature; on l'avait surnommé le Contemplaieur.Ea effet, la première qualité de Molière, c'est que tout en grossissant et en poussant parfois jusqu'à la caricature les traits que lui a fournis le réel, il donne l'impression de la v^té. Les moindres de ses personnages sont vivants; Quand Molière étudie à fond un travers ou un vice, il se préoccupe avant tout de placer l'individu en qui il incame ce vice, dans le milieu social le plus propre à l'expliquer, à le faire ressortir, et à nous suggérer des réflexions morales. Voilà pourquoi la plupart des grandes comédies de Molière ont pour cadre générsd l'intérieur d'une famille bourgeoise. On conçoit toute l'intensité que prend un travers ainsi placé ; il provoque des résistances et des réactions ; il détermine d'autres travers ou vices contradictoires, la jHrodigalité, l'étourderie, l'impertinence, la faiblesse, la vulgarité...
Molière ne se contente pas de situer les caractères; il les compose d'éléments assez nombreux pour que, en eux-mêmes, ils aient la complexité de la nature et restent parfois énigmatiques comme elle. Tartuffe est nn mélange singulier de fanatisme et dHmposturej comme Âlceste de vertu et d'orgueil, comme Philaminte de stoïcisme admirable et de sotte vamté féminine, etc.
Le tragique dans Molière. — Musset a excellemment défini : -Cette mâle gaîté si triste et si profonde Que lorsqa^on vient d'en rà*e,ofi devrait en pleurer, H n'est pas une grande comédie de Molière, l* École des femmes^ le Misanthropet VAvare^ les Femmes savanteSf le Bourgeois gentilhomsnêt