‹ Précis de littérature françaiseChapitre 141 sur 276 · MOLIÈRE ET LA COMÉDIE AU DIX-SEPTIÊMB SIÈCLE · texte numérisé non relu

MOLIÈRE ET LA COMÉDIE AU DIX-SEPTIÊMB SIÈCLE

et certaines forces, comme U Malade imaginaire^ qui ne contiennent, en puissance, un véritable drame. Mais si Molière sent et nous fait sentir les profondeurs tragiques de ses sujets,il ne s'y arrête jamais longuement ; il dissipe très vite l'impression sérieuse, à laquelle il semble qu'il ait cédé malgré lui, par la force même des choses. Molière est un contemplateur, qui d'abord devait s'attrister devant la vie, comme le prouvent ses grands yeux mélancoliques et ses sourcils fironcés ; et son premier mouvement, sa tentation^ c'était le drame. Mais disposé d'abord à « prendre les choses au tragique », la réflexion les lui montre bientôt comme des « folies >.

La morale dans Molière. — On a accusé Molière d'être immoral. Parmi les opinions les plus défavorables, il faut rappeler celles de Bossuet {Maximes sur la comédie), de Fénelon {Lettre à V Académie) et de J.-J. Rousseau (Lettre d (Tii/em^erf). Fénelon et Jean- Jacques l'accusent tous deux, à peu près dans les mêmes termes, « d'avoir donné un tour agréable au vice et une austérité ridicule à la vertu ».

Mais il faut observer que les égoïstes et les vicieux, chez Molière, sont punis par le mépris des honnêtes gens, et souvent par l'insuccès personnel : ainsi Sganarelle, Amolphe, Tartuffe. D'autres, qui paraissent réussir au dénouement, sont châtiés par l'abandon des leurs, ou par les conséquence^ prévues de leur folie : ainsi Harpagon, M. Jourdain, Argan, Armande.

Molière, dit-on, représente des scélérats ou des vicieux de grande envergure, et jette le ridicule sur les honnêtes gens : ainsi Tartuffe a de l'allure, et c'est Orgon qui est un pauvre homme ; le petit marquis de George Dandin est spirituel et avisé, et^Dandin est un sot ; Gélimène se tire d'affaire par des mensonges et des révérences, et Alceste est dupé, etc. On peut répondre que Molière avertit les Orgons, les vrais dévots, qu'il y a des Tartuffes, et les Philamintes qu'il y a des Trissotins ; il prévient les Georges Dandins du danger de la mésalliance ; et, dussent-ils souffrir d'abord de la leçon, il tente de prévenir les Âlcestes contre les Gélimèpies.

Est-ce à dire qu'aucune objection ne subsiste contre la morale de Molière ? Molière veut plaire, et il ne plaît pas toujours par d'excellents moyens; il flatte certains instincts; il mêle aux nobles et grands sujets deft plaisanteries parfois risquées.

Le style de Molière. — C'est un style de théâtre. Aussi a-t-il, à diverses époques, provoqué les critiques soit des puristes, comme La Bruyère, soit d'écrivains peu habitués au théâtre, comme Fénelon. Il faut avouer que Molière écrit très vite, soit en vers, soit en prose ; de là, surtout en vers, quelques passages pénibles, quelques figures pas assez cohérentes, quelques traces de galimatias. Mais, d'autre part, il faut toujours se rappeler que Molière a le génie dramatique si objectif, qu'il écrit chaque rôle sous la dictée de son personnage. Les marquis et les jeunes élégants parlent naturellement le langage alambiqué, un peu précieux, des gens à la mode,

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•t c*est une sortt de jargon que^olièr« ne prend pas à son compte. Les gros bourgeois, comme Ghrysale, M. Jourdain, W^ Jourdain, M. Josse, M. Dimanche, parlent la bonne, simple et drue langue firançaisey celle du Palais et des boutiques. Et les servantes s'exfHriment sans foçon, tantôt avec les proverbes des Halles, et tantôt avec Taccent "de leur province. En un mot, Molière n'a pas un style, il a autant de styles que de personnages différents ; en quoi il est infiniment supérieur à Regnard, à Marivaux, à Beaumarchais et à Dumas fils.

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