‹ Précis de littérature françaiseChapitre 164 sur 276 · Biographie · texte numérisé non relu

Biographie

Enfance, éducation (1694-1713). — François-Marie Arouct est né }\ l^aris, le 29 aovombre 1694. Il était ûls d'un notaire au Ghâtelet. Il eul [)Our parrain l'abbé tiu Ghâtcauneuf, bel esprit libertin. François-Marip avait dix ans quand ou le fit entrer au collège Louis-le-Grand, o(i il resta jusqu'en 1711. Voiltaire n'oubliera jamais quelques-uns des jésuites qui furent ses professeurs : le P. Porée, le P. Tournemine, le P. Bruraoy, le P. Thoulié (devenu Tabbé d'Olivet), le P. de la Tour. Au collège, il noua des relations dont il devait profiter plus tard ; les d'Argenson, le futur maréchal de Richelieu, d'Argental, etc.

Ses études achevées, le jeune Arouet a un goût décidé pour les lettres et pour la vie élégante. Il voit, dans le salon de^on père, jjes poètes comme Chaulieu, La Fare, J.-B. Rousseau ; et des personnages comme M. de Caumartin, l'abbé Servien et son neveu le chevalier de Sully, Son parrain le présente et le fait valoir chez les Vendôme, au Temple.

Premiers fx'ls et débuts littéraires (1714-1718). — Le père Arouet, que les au<hices de son fils inquiétaient, le donne comme secrétaire au marquis de Châteauneuf, ambassadeui en Hollande (1713). Le jeune homme passe quelques mois à la Haye ; c'était un milieu des plus intéressants pour un esprit ouvert et hardi. Revenu à Paris en 1714, il entre, comme clerc, chez un procureur de la place Maubert, M« Alain. La mort de Louis XIV émancipe la société du Temple ; il y reparaît ; il est présenté à Sceaux, et il y donne une lecture d 'Œdipe. Mais son esprit lui joue un méchant tour; on le croit auteur de pièces satiriques contre le Régent et contre sa fille, et il est exilé à Tulle, puis à Sully-sur-Loiro (1716). Quand on lui permet de rentrer, il n'est pas plus sage. Ses intempérances de langage lui font attribuer une satire du règne de Louis XIV, dont le dernier vers était : « J 'ai vu ces maux, et je n'ai pas vingt ans ». Cette fois, il est mis à la Bastille, où il reste près d'un an et où il écrit une partie de la Henriade. Puis il est encore exilé dans la propriété de son père, à Chatenay. Cependant, le Théâtre-Français répétait son Œdipe^ qui est joué et applaudi le 18 novembre 1718. C'est alors qu'il abandonne le nom d'Arouet, pour prendre celui de Voltaire [anagramme formé de Arouet {le) (jeune), en changeant Vu en v, et le j en i].

De la tragédie d'Œlips à i'exil en Angleterre (1718-1726). — Pendani sept ans, Voltaire est le plus agité et le plus heureux des hommes. Il est choyé par la société lettrée et aristocratique. — En 1723, il publie la Liçue (premier titre de la Henriade), qui obtient un succès prodigieux Voltaire est alors pensionné par le Régent, puis par le Roi. Une t catastrophe » vint l'obliger sinon à changer tout à fait d'esprit et d'idées, du moins à B^orieater différemment. Le chevalier de Rohan, à qui il avait

262 DIX-UUITIÈMB BIÊCLB

répondu, à TOpéra, avec une fierté impertinente, le fit demander, pendant qu'il dînait chez )e duc de Sully, et bâtonner sous ses yeux par ses gens Voltaire voulut, mais en vain, se battre avec Rohan ; on le mit à la Bastille, et, sur sa demande, on le laissa passer en Angleterre (mai 1726}

Voltaire en Angleterre (1726-1729). — A peine arrivé à Londres, Voltaire est l'hôte des plus gr****^ personnages : Bolingbroke, Robert Walpole (dont le fils Horace devmt à sou tour se plaire dansles salons de Paris), lord et lady Hérvey, le duc de Newcastle, la duchesse de Mariborough. Il voit familièrement Pope, Swift, Youug, Clark. Le prince et la princesse de Galles le reçoivent à la Cour ; et la princesse, une fois reine, accepte la dédicace d'une nouvelle édition de la Ligue^ devenue la Henriade^ que Voltaire publie par souscription. En même temps il va au théâtre de Drury-Lane, où il voit tout un répertoire nouveau pour hd, à la fois du Shakespeare et du Dryden, — et il apprend l'anglais. Dans ses Lettres philosophiques ou Lettres an ^/ai^es, publiées seulement en 1734, Voltaire nous dira quels avantages il a tirés de cet exil.

A Paris (1729-1734). — Revenu d'Angleterre, en mars 1729». Voltaire s'occupa d'abord de faire représenta BruttiSy qui fut joué en décembre 1730, avec succès. Puis il publia V Histoire de Charles A'/i, à Rouen. Vinrent ensuite Eriphyle (1732), qui tomba ; et, la même année, Zaïret son plus beau triomphe dramatique, et le Temple du goût , petit ouvrage mêlé de prose et de vers, où le dieu du goût assignait des rangs selon les préférences et les intérêts de M. de Voltaire. Les Lettres philosophiques ou Lettres anglaises, auxquelles il avait joint des remarques sur les Pensées de Pascal, parurent clandestinement en 1734 ; et le livre, condamné par le Parlement, fut saisi et brûlé Voltaire pouvait être arrêté ; et il se hâta de quitter Paris pour se rendre en Champagne, à Cirey, où M°^« du Châtelet lui offrait l'hospitalité.

Voltaire à Cirey (1734-1749). — A Qrey, auprès d'une femme studieuse jusqu'au pédantisme, et qui avait la manie des sciences. Voltaire travaille mieux que dans une capitale où sa vanité ne sait pas résister aux tentations du monde. D he renonce pas aux a petits ouvrages » ; c'est l'époque du Mondain, satire à la fois superficielle et hardie, et de la Défense du Mondain, etc. Le théâtre continue à l'occuper : il donne, en 1735, la M<*rt de César, imitée de Shakespeare, sans rôles de femme; en 1736, Alzîre, ur grand succès, et l* Enfant prodigue, comédie larmoyante ; en 1740, Mahomet (joué seulement en 1742, à Paris) ; en 1743, Mérope, encore un triora- (ilie ; en 1748, Sémiramis, fabriquée avec les débris d* Eriphyle^ et qui réussit sans encombres. — Sous l'influence de la belle Emilie, Voltaire s'occupait, lui aussi, de sciences physiques. Enfin, il travaillait à des ouvrages d'histoire et de philosophie ; c'est à Cirey qu'il a préparé, avec une ardeur infatigable, son Siècle de Louis X VL

D'ailleurs Voltaire vient souvent à Paris; il se présente, en 1736 et en

VOLT A IKK 263

1743i à I^Acad^mie française, où il est enfin élu en 1746, et où il prononce un remarquable discours sur rUuiversalité de la langue française. En effet, il était presque rentré en faveur auprès des puissances^ grâce aux J'Argeusori et à Riclujlieu. On lui avait confié, en Î743, une mission auprès de Frédéric ; et celui-ci, depuis longtemps en coquetterie avec Voltaire, qu'il avait, déjà vu en 1740, n'avait pu le retenir. 11 est nommé gentilhomme ordinaire de la chambre du Roi, et historiographe de France. C'est en cette dernière qualité qu'il écrit son Poème de ForUenoy,

Voltaire et Frédéric II (1750-1753). — M*»® du Châtelet meurt en 1749. et Voltaire revient pendant quelques mois à Paris. Cependant, Frédéric II redoublait d'instances auprès de Voltaire ; et celui-ci, déçu dans son ambition de rentrer en grâce à la cour de France, part pour Berlin le 18 juin 1750 ; il y arrive le 10 juillet.

Fort bien reçu par Frédéric, logé près de lui à Potsdam, il est d'abord enchanté. D ne tarit pas de compliments, dans ses lettres à d'Argental et à sa nièce M°^ Denis, sur le « Salomon du Nord » qui lui avait donné le titre de chambellan et 20.000 francs de pension. Mais Voltaire et Frédéric, tous deux susceptibles et absolus, ne pouvaient s'entendre longtemps. Divers incidents firent prévoir la brouille. Frédéric dit à La Mettrie, qui le rapporta à Voltaire : a J'aurai besoin de lui encore un an au plus ; on presse l'orange et on jette l'écorce. » Voltaire irrita vivement Frédéric par sa brouille avec Maupertuis, président de l'Académie de Berlin, puis par de louches spéculations de banque suivies d'un procès scandaleux. Le Roi se fâcha. Voltaire, le 1«' janvier 1753, lui rendit sa clef de chambellan, ses décorations et sa pension. Une courte réconciliation n'empêcha pas la rupture définitive. En mars 1753, Voltaire se fit porter malade, et, sous prétexte d'aller prendre les eaux de Plombières, il quitta Berlin.

A Francfort, un agent du roi de Prusse l'arrêta, saisit ses bagages, le retint prisonnier pendant cinq semaines avec W^ Denis, qui était venue le rejoindre ; tout cela, pour l'obliger à restituer Vœuvre de poésie du Roi que Voltaire avait emportée. Voltaire comptait faire rire l'Europe entière aux dépens de Frédéric ; mais il n'obtint sa liberté qu'en se dessaisissant de ce précieux gage. Il repartit ; traversa, toujours fêté, &Iayence et Mannheim, et il arriva à Strasbourg, en août 1753.

Voltaire en Suisse et à Ferney (1754-1778). — Après la dure expérience qu'il vient de faire à Berlin, Voltaire est décidé à demeurer son maître, à s'établir dans un pays libre, loin de tout despotisme. Il est riche, ayant continué à spéculer dans Içs fournitures militaires ; il peut devenir propriétaire et seigneur. Il achète la propriété de Saint-Jean, près de Genève, qu'il baptise les Délices, Enfin, il se remet à travailler.

Ce n'est pas que sa dévorante activité l'ait jamais abandonné. En 1751, U avait fait imprimer à Berlin son Siède de Louis XP/^ et il avait com-

264 DlXRUlTlÊMfi dlÈCLB

menc^ VEssai stw les mœurs. U venait d'achever VOrphdin de la Chine (joué en 1755). D compose, en 1756, son Poème sur le Désastre de Lis* bonne ; il correspond avec l'Europe entière, et surtout il joue la comédie sur son théâtre des Délices. Il la joue trop. Le Grand Conseil de Genève lui enjoint d'avoir à cesser ses représentations sur le territoire de la République, et défend à tous les Genevois d'y assister.

Alors Voltaire acquiert, non loin de Genève, mais en pays fran^is, la terre de Femex (l'orthographe Femey est de Voltaire), et il loue au président de Brosses le comté de Tournay. Â partir de 1760, Voltaire fait de Femey sa résidence favorite. Il y bâtit un château ; il dote le village de fabriques d'horlogerie et d'une église, où il a son banc sâgneurial. Et Femey devient une sorte de cour. Grands seigneurs et gens de lettres y viennent visiter le patriarche, qui donne toujours Tbospildité, en moyenne, à une cinquantaine de personnes. Jamais Voltaire n'a eu plus d'activité; il n'a jamais tant produit, ni jamais exercé, phi l'action et par la plume, pareille influence. — Il est encore poète et homme de lettres, et le sera jusqu'au dernier jour. H compose des tragédies, des Epitres, des romans satiriques, le Dictionnaire philosophique, et une fouie de petits brochures polémiques

Mais il agit surtout par sa correspondance. Il écrit ou dicte vin^ lettres par jour. Rois, princes, grandes dames, ministres, gens de lettres, gens d'affaires, toutes les classes de la société échangent des idées avec lui

Enfin, c'est l'époque où il intervient en faveur de tous ceux qu'il considère comme les victimes du fanatisme religieux ou d'une mriu valse justice. Il prend en mains la réhabilitation de Calas, de Sirven et de Laily- Tollendal.

Ajoutez encore l'adoption d'une'arr ère-petite-nièce du grand Corneille, qu'il fait venir à Ferney, élever et instruire sous ses yeux, et qu'il marie, en la dotant, à un jeune officier. Il est vrai qu-'il écrit, pour amasser cette dot, son Commentaire stiar Comeilley qui est quelquefois d'une sévérité étroite et injuste.

Dernier voyage à Paris. La mort (1778). — Voltaire, cependant, ne voulait pas mourir sans avoir revu cette capitale où il avait connu t les premiers rayons de lagloire ». Précisément, les comédiens répétaient, au Théâtre-Français, sa tragédie d' /rénc. Voltaire quitta Ferneyle 4 février 1778, et le 10 il arrivait. Il assista à la sixième représentation d'Irène, Un acteur monta dans sa loge et lui posa sur la tête une couronne de lauriers. Pendant l'entr'acte qui séparait Irène de Nanine, son buste fut placé sur la scène, et couronné à son tour par tous les artistes, aux acclamations du public. Tant d'émotions l'épuisaient. D mourut le 30 mai 1778. Son neveu, l'abbé Mignot, fit ensevelir son corps à l'abbaye de Scellières, en Champagne. En juillut 1791, Voltaire fut transporté au Panthéon.

Page 1