V. — La Correspondance
Il nous reste de Voltaire environ dix mille lettres ; et nous ne possédons pas la moitié de sa vaste correspondance, entre 1713 et 1778. A qui écrit-Ù ainsi? à tout lo monde. Toute la société du xvm^ siècle, française et étrangère, est en relations épistolaires avec lui. .
Un premier groupe peut être formé de ses amis, de ceux qui l'aident soit & faire publier ses ouvrages, soit à faire jouer ses pièces, soit à placer ou à distribuer son irgent : — le comte d' Argental qu'il charge, en son absence, de ses rapports avec la Comédie-Française, — Cideville, conseiller au Parlement de Rouen, — l'abbé MoussiNOT, chanoine de Saint-Merri, le trésorier et le c factotum » de Voltaire à Paris pendant cinq ans, — TmÉBioT, que Voltaire avait connu dans l'étude de M* Alain, place Haubert, et pour lequel il conserva, tout en le grondant beaucoup, une sorte de tendresse. Personne, d'ailleurs, ne lui fut plus dévoué.
On peut réunir en un second groupe, le plus varié et le plus original, les femmes: M"»« DE Gbapfigny, — M'^« DE Lespinasse, — M"« DU Deffand, — la duchesse OE CnoiSEUL, — M"« Denis, fille de M°' Mignot, sœur de Voltaire, (veuve depuis 1 744, elle alla chercher son oncle à son retour de Berlin, et s'établit auprès de lui aux Délices et à Ferney), — M™« Neckeb, femme du ministre et mère de M"« de Staël (1). — M''« QuiNAULT, actrice de la Comédie-Française, — M"® Clairon, qui débuta è la Comédie en 1743. Voltaire lui fit créer quelques-uns de ses grands rôles, )t il a souvent l'occasion de lui adresser des conseils ou des compliments.
Les philosophes et gens de lettres : d'Alembert, Diderot, Marmontel, La dARPE, — le journaliste et avocat Linguet, — l'adversaire des philosophes, Pa- LissoT, — l'abbé Trublet, journaliste d'un grand talent, longtemps décrié par Voltaire qui finit par se réconcilier avec lui (27 août 1761), — Vauvenaroxtbb, dont l'amitié fait le plus grand honneur à Voltaire. — Rattachons à ce groupe les lettres de Voltaire à ses anciens maîtres, les jésuites : le P. Tourneminb, direoteor
(1) Morceaux choiêii, 2* cycle, p. 680.
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an Journal de Trévoux ; le P. Pobéb, son ancien professeor de rhétorique ; le P. DB L4 TouB, principal de Louis-le-Grand, avec lequel il est en coquetterie, quand il se présente pour la troisième fois à TAcadémie française.
Parmi les hommes d'Etat, les grands seig^neurs, les magistrats, citons : le marquis d'Abgenson, ministre des Affaires étrangères, le comte d'Abgenson, ministre de la Guerre, — le duc de Richelieu (-{* 17B8), « son héros », qu'il entretient familièrement de tous les suiets, — le président de Bbobses (-j-1777), à qui il loua le comté de Tournay, — le président Hénault. célèbre à la fois par ses vers et par son Abrégé chronologique de Vhistoire de France, — Tubqot (-J* 1781), le plus célèbre économiste do xvin' siècle, — le cardinal de Bernts (f 1794).
Mais Voltaire est aussi en rrlat ions avec des étrangers: milord Hervet, gardt des sceaux d'Angleterre, qu'il avait connu à Londres, — le comte de Schouvalow, ehambellan de l'impératrice Elisabeth de Russie, — M. de Soumabukopf, autre grand seigneur russe, — Hobace Walpole dont Voltaire avait connu le père et la famille à Paris et à Londres, — Goldoni, célèbre poète comique italien, qui fit représenter à Paris son Bourru bienfaisant, en 1771, -• le marquis ScipioN Maffei (*}* 1755), auteur d'une Mérope, etc.
Enfin, nous trouvons, parmi les correspondants de Voltaire, des rois, des reines et des princes : Fbédébio II, d'abord comme prince royal de Prusse, puis comme roi, — Oathebinb II, impératrice de Russie (elle a écrit une fort belle lettre sur la mort de Voltaire) (1778), — la duchesse de Saxb-Gotqa, qui lui donna l'hospitalité à son retour de Berlin, et pour laquelle il écrivit les Annales de VEmpirt, — le roi Stanislas, - la duchesse du Maine, etc.
C'est dans cette vaste correspondance que Voltaire se révèle tout entier comme homme d'action ; et jamais son style n'eut plus de naturel et d'agrément.