‹ Précis de littérature françaiseChapitre 202 sur 276 · I. — Chateaubriand · texte numérisé non relu

I. — Chateaubriand

François-Auguste de Chateaubriand était né à Saint-Malo, le 4 septembre 1768. Il passa ses premières années à vagabonder sur le port ; puis on le mit au collège de Dol, de là au collège de Rennes, où il fut un écolier très intelligent et très indépendant. H resta ensuite deux ans dans la solitude du château de Gombourg, avec son père, sa mère et Lucile, sa sœur. Chateaubriand nous a dit lui-même, dans ses Mémoires d*outre-Umbe, de quels songes, de quelles hallucinations, ces deux années furent pleines (1). Pourvu d'un brevet de sous-lieutenant au régiment de Navarre, il rejoignit son poste, à Cambrai, dans les premiers mois de 1786 En septembre de la même année, la mort de son père le rappelait à Combourg.

Séjour à Paris (1786-1791). — Au lieu de retourner à (Cambrai, il vint à Paris, où il obtint le brevet de capitaine de cavalerie, et où, par son frère, le comte de Chateaubriand et sa sœur Julie, M°^® de Farcy, il fut présenté à la cour. Le « grand monde » lui déplut. En revanche, il se sentait attiré par la société littéraire. Il connut les principaux écrivains de l'époque, et publia des vers dans VAlmanach des Muses,

Voyage en Amérique (1791-1792). — En causant avec M. de Malesherbes, des rêves de voyage le hantèrent. Il résolut de partir pour découvrir un passage au nord de l'Amérique, et il s'embarqua, à Saint-Malo, le 8 avril 1791.

n revint brusquement en janvier 1792, à la nouvelle de l'arrestation du Roi à Varennes ; il se maria au passage avec M^^ Céleste Buisson de la Vigne, qui fut une femme d'esprit charmant et de cœur stolque ; et il rejoignit en toute hâte l'armée des émigrés. Il n'avait pas eu le temps de parcourir toutes les régions de l'Amérique qu'il a décrites dans ses ouvrages. Mais il n'en rapportait pas moins des impressions et des couleurs dont il devait enrichir pour un siècle notre littérature. ' L'exil à Londres (1793-1800). ^ Blessé au siège de Thionville, il se réfugie à Bruxelles, de là à Jersey, puis à Londres, où il fait, pour vivre.

(1) Morceaux ehoiti», S* cycle, p. 901.

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des besognes de librairie. Encore est-il sur le point de mourir de fedm dans cette ville, où, vingt-cinq ans plus tard, il devait revenir comme ambassadeur de France. C'est pendant son séjour à Londres qu'il publie son premier ouvrage, V Essai sur les Révolutions^ livre tout imprégné de pessimisme antichrétien, et qui n'annonçait guère le prochain apologiste de la religion (1797). Mais la mort de sa mère le ramena à la foi chrétienne. Le . dernier vœu de M°^^ de Chateaubriand avait été que son fds revint à là 1 religion de son enfance. La grâce le toucha. « Je n*ai point cédé, j'en con-

viens, dit-il, à de grandes lumières surnaturelles ; ma conviction est sortie du cœur : j'ai pleuré et j'ai cru. » Dès lors, il conçoit le plan de son Géiiie ; du Cktistianisme,

Sous le Consulat et l'Empire (1800-181 \). — Fontanes avait obtenu de Bonaparte que Chateaubriand fût rayé de la liste des émigrés ; et celui-ci rentré en France le 8 mai 1800. Il publie, en 1801, Atda, fragment détaché de son prochain ouvrage. — et le 14 avril 1802, quatre jours avant la proclamation du Concordat, le Génie du Christianisme, Bonaparte, désireux de s'attacher un homme qui servait si bien ses desseins de restauration sociale, nomme Chateaubriand secrétaire d'ambassade à Rome (18Û3), puis ministre plénipotentiaire dans le Valais (1804). Mais l'exécution dû duc d'Engfaien vient créer entre le Premier Consul et lui un irrémédiable malentendu. Chateaubriand donné sa démission, et, pour étudier les paysages et les ruines des pays où il voulait placer l'action des Martyrs, il entreprend un long voyage, dont nous avons lie récit détaillé dans Vltin^ raire de Paris à Jérusalem, — A son retoitf, il achète, près d'Aulnay, une maison de campagne, la Vallée-aux-Loups, où il s'établit pour terminer les Martyrs, qid paraissent en 1809.

Sous la Restauration (1814-1830). — A la chute de Napoléon, il publie un pamphlet : De Buonaparte et des Bourbons (1814), qui « vaut une armée à Louis XVIII ». Après la mort du duc de Berry (1820), Chateaubriand est nommé ambassadeur à Berlin ; en 1822, ambassadeur à Londres ; la même année, il représente la France au Congrès de Vérone, et devient ministre des Affaires Etrangères dans le cabinet Villèle. Malgré le succès de l'expédition d'Espagne, sa situation se gâté, car il n'est aimé ni du Roi, ni dé Villèle, et, le 6 juin 1824, il est « relevé de ses fonctions ». Sous le ministère Martignac, il reçoit (janvier 1828) l'ambassade de Rome. Mais la chute de Charles X le rend pour toujours à la vie privée.

Dehiières années (1830-1848). — En 1826, Chateaubriand avait publié l'édition complète de ses œuvres ; en 1834, son Voyage en Amérique, U donne encore, en 1831, ses Etudes historiques ; en 1836, V Essai sur la lAttiratwre anglaise, et, en 1844, la Vie de Rancé, Puis il s'attache tout entier à ses Mémoires d*outre-iombe, commencés dès 1811, à la Vallée-aux-Loups, et sans cesse retouchés jusqu'en 1846. Il firéquente alors de préférence le salon de W^^ Récamier, à l'Abbaye-aux-Bois, où il exerce une sorte de

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royauté. C'est le 4 juillet 1848 que mourut Chateaubriand, à Paris, dans une maison de la rue du Bac qui porte aujourd'hui le nP 120. n avait demandé à être enterré en face de Saint-Malo, sa ville natale, dans lUe du Grand-Bé, sépulture grandiose qui convient à son génie

Atala (1801). — AttOa (épisode détaehé, comme René, d'un vaste roman Le» J9aidiM, que Chateaubriand avait écrit à Londres, et qu'il devait publier seulement en 1826), a'ouvre par un Prologite. Ai^èe une deeeription des bord» dv Masehaoebé (1), Timteur introduit le vieux Chaetas, sauvage de la tribu des Matehei, quia vieité la France et quicommft la cou? de Louis XIV. Ghaotas laeonte au Français René, une nuit, à la clarté de la lune, assis avec lui sur la povpe d'une pirogue, les aventures de sa jeunesse. -^ Cbactas, fait prisonnier, est condamné à être brûlé. Cependant, une jeune âlle chrétienne de la tribu, Atala, vient couper ses liens, et s'enfuit avec lui à travers la forêt. Chactas et Atala marchent au nord pendant prés d'un mois. Ils rencontrent enfin un missionnaire, le P. Aubry, dans la grotte duquel ils se réfugient pour échapper à une affreuse tempête. Chactas demande an P. Aubry de l'instruire dans la religion d' Atala, et de bénir leur mariage. Mais la jeune fille, que sa mère mourante avait consaerée à Dieu, ne venlant pas rompre son vœu, et désespérée par son amour, s'empoisonne. — Cette • nouvelle i eut un suocès prodigieux, qu'on peut mesurer soit aux élogee, soit asx lévérités et aux railleries de la critique cootônporaine.

Le Génie du Christianisme (1802). — Nous avons indiqué plus haut les eiroenstanoes dans lesquelles parut U OétU» du CkrislianisrM (2). L'ouvrage, comprend dans son ensemble quatre parties, divisées chacune en six Uvre» : — Freimihre partie : Dogmes ei Dodrine. Chateaubriand y examine le fond même du christianisme r mystères, sacrements. Ecriture sainte, existence de Dieu, immortalité de l'âme. Cette partie tbéologique n'est ni la plus originale, ni la plus durable du Qénie. — Deuxième partie : Poétiqu» du dvnrtianisiM, Chateaabriaiid étudie suecessivement les épopées chrétiennes (Dante, le Tasse, Milten, Voltaire), les earaeières dans la tragédie et dans l'épopée (Raoiae, Voltaire, Le Tasse), les passions (Didon, Phèdre, Julie). Ici il intercale Oiv". IV) l'épisode de Benl, autre fragment des Natches ; René, exilé chez les Natchez, raconte au vieux Chactas et au P. SouBl, missionnaire, les aventures qui l'ont poussé à quitter son pays. Cet épisode est un exemple qui vient à la suite du chapitre intitulé : Du Vague dans les passions ; René est la plus célèbre et significative incarnation de la mélanedie romantique (3). Enfin, Chateaubriand aborde, dans les livres V et VI de eette deuxième partie, la question du merveiUeuX chrétien : il soutient contre Boilean et contre les pseudo-classiques de son temps, que le chrietianisme est, encore sur ce point, supérieur au paganisme. — La troisième partie est intitulée : Bséma»* Arts et Littérature, et n'est qu'un prolongement de la précédente. L'auteur y examine les caractères et les beautés propres de l'art chrétien. Au livre I*', chapitre vm, le célèbre passage sur les églises gothiques. Viennent ensuite : la phUosophie^ Vhistoire, VHoquence, Au livre V, les Harmonies de la religion éhrétierme aoee

(i) Morceaux ehoisis. S* cycle, p. 896.

(2) Dans ce titre fameux, le mot Génie signifie : nature esientielle (latin : ingeuinm) L'ouvrage aurait pu s'intituler : De l'Esprit du ChritHanitme.

(3) Morceaux choisit, i" cycle, p. 906.

D'af>r*i la portrail peint par Ctrodru (1767-i8î*} tt HtlnerapUi par Aatrf.

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Us seèneê dé la rudtare et Us passions du eceur humain ; et, oosiffle txêmpU^ an liyre YI,

AUda, — Qualrihne partie : Culte. Etude des manifestations extérieures, de la religion (églises, omements, chants, prières, oloohes, eto.)i le dergé, les missions', les ordres de ehevalerie. Le livre VI est une réplique directe à TEn^c^rdopédie et à l'JUifai sur Us mœurs ; il est intitulé : Services rendus à la société par U cUrgi et la retigion chrétienne en général, et il comprend treize chapitres (hôpitaux, éducation^ universités, agriculture, commerce, etc.)< On comprend, à lire cette partie du livrée que Chateaubriand ait donné pour épigraphe à son Génie ces mots de Montesquieu : t Chose admirable I La religion chrétienne, qui ne semble avoir d'objet que la félicité (de l'autre vie, fait encore notre bonheur dans celle-ci » {Esprit des lois, XXI Y, 3)i Enfin, le dernier chapitre porte un titre qui résume tout Tesprit de l'ouvrage : Qud serait aujourd'hui Vétat de la société, sile christianisme n'eût point paru sur la terre f{t.)

Les Ifortyrs (1809). — Chateaubriand explique très bien dans sa Préface pourquoi et comment il a composé les Martyrs ; il a voulu prouver par un exemple la supériorité du merveilleux chrétien sur le merveilleux païen. L'action se passe vers la fin du m* siècle, au moment de la persécution de Diodétien. — Cymodooée, jeune païenne, fille de Démodocus qui est le dernier des Homérides et prêtre du. temple d'Homère en Mossénie, s'est égarée dans un bois. Elle rencontre Eudore, endormi auprès d'une source. Eudore, jeune chrétien, fils de Lasthénès, reconduit la jeune fille chez Démodocus (liv. I). Pour remerciei Eudore 3t isl famille Démodocus et Cymodocée se rendent à la demeure de Lasthénès, qu'ils trouvent occupé avec ses fils et ses serviteurs aux travaux de la moisson (liv. II). Le livre III nous transporte au Ciel, où Dieu déclare qu'il choisit Eudore et Cymodocée conune victimes : leur sang sauvera les autres chrétiens. — Sur la demande de ses' hôtes, Eudore entreprend de raconter sa vie passée et ses exploits (2). (Ce récit s'étend du livre IV au livre IX ; nous avons ici un plan analogue à celui de l'Odyssée . ou de V Enéide). — Le récit d'Eudore a vivement touché Cjnoaodocée, qui déclare à son père qu'elle veut se faire chrétienne et épouser le fils de Lasthénès. . Démodocus y consent, pour soustraire sa fille aux poursuites do Iliéroclès, gouverneur d'Achale. Eudore part pour Rome, tandis que Cjrmodocée va se mettre, à Jérusalem, sous la protection d'Hélène, mère de Constantin (liv. XIV). A Home, nous suivons tous les préparatifs de la persécution ; l'Enfer, manifeste sa joie (liv. XVIII). Cymodocée, qui a été baptisée à Jérusalem, rejoint Eudore à Rome. Nouveaux passages de merveilleux sur le purgatoire. Tango exterminateur, Satan (liv. XXI, XXII, XXIII). Cymodocée est délivrée ; mais elle court à l'amphithéâtre rejoindre Eudore, et elle meurt avec lui. À ce moment même, on entend dans les cieux une voix qui dit : les dieux s'en vont. Constantin est vainqueur et proclame la religion chrétienne religion de l'Empire (liv. XXIV).

^ Itinéraire de Paris à Jérusalem (1811). — Avec les crotiuis dont il avait tiré les TabUaux des Martyrs, Chateaubriand composa ce livre, un de ceux que ses contem- . porains aeoueillirent avec le plus de faveur, et qui ont aujourd'hui le moins perdu. Bn 1811, des raisons d'actualité venaient encore contribuer à son succès : la sympathie pour la Grèce esclave conmiençait à s'éveiller en Europe, et Vltinéraire était la première manifestation du mouvement philhellénique en France.

Il nous suffit de donner les titres des autres ouvrages : Les Natehes (1826). — Le

(1) Morceaux choisit, l«i cycle, p. 396-402 ; 2* cycle, p. 876-893.

(2) Moreflattc ehoitit, 1*> cycle, p. 404.

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