CHATEAUBRIAND. — M»« DE STAËL
VfiyagB m Amérique (1827). — Les Aventures du dernier des Abencèragee (1826). -^ Les Etudes historiques (1831). — U Essai sur la littérature anglaise (1836). — L&Vis de Ranci (1844). Enfin Chateaubriand avait préparé pour la postérité l'histoire de ■a ne et de ses œuvres :
Les Mémoires d*oatre-tombe (écrits de 1811 à 1846, publiés à partir de février 1848 dans le journal la Presse), Ce vaste ouvrage suffirait seul pour faire eonnattre Chateaubriand. Presque toutes ses autres œuvres, à*Aiaia au Dernier des Ahencé' rageSf sont faites avec ses impressions et ses visions ; dans les Mémoires^ il nous en découvre les sources. Il raconte son enfance, ses voyages, sa vie politique ; il peint des paysages et trace des portraits ; et si Ton peut dire qu'il a trop cherché à poser devant la postérité, on ne saurait nier l'intérêt psychologique, historique, > pittoresque, de cette autobiographie d'un genre unique dans notre littérature (1).
Influence de Gbateaobriaad. — Théophile Gautier a dit de Châteaubriand : « U a i^estauré la cathédrale gothique, rouvert la grande nature fermée, et inventé la mélancolie moderne. » Si Ton ajoute que Chateaubriand a renouvelé la critique, on a ainsi résumé toute son influence.
i^ Il a restauré la cathédrale gothique, — Ceci doit s'entendre d*abord au sens liguré. Par le Génie du Christianisme, Chateaubriand, s'il n'a rien ajouté de sérieux au fond même de la théologie, a brisé par des arguments nouveaux et actuels^ la tradition antireligieuse du xviii* siècle. U a réhabilité socialement et esthétiquement le christianisme ; il a même, en dehors de toute religion positive, expliqué et justiflé le sentiment religieux. — Âû sens propre, il a ramené la curiosité et l'intérêt vers le moyen âge, si • dédaigné, pour des raisons différentes, des xvi*, xvii* et xvm^ siècles.
^ lia rouvert la grande nature fermée. — Il n'est pas vrai de dire que la nature était fermée pour une société qui avait pu lire Jean-Jacques Rousseau et Bernardin de Saint-Pierre; mais il est plus juste d'affirmer que Chateaubriand a étendu et transformé le sentiment de la nature, en y mêlant son âme. C'est la conception romantique de la nature^ qui doit défrayer toute la grande poésie lyrique de 1820 à 1848.
3<> Il a inventé la mélancolie moderne. — Dans René, toute une génération se reconnaît ; René incarnait le mal du siècle. Ruines, morts violentes, déceptions morales et scientifiques, rêves humanitaires démentis parla brutalité des faits, misère, exil, — et, en face de ces maux et de ces douleurs, aucune consolation, point de croyances positives, un vague déisme, une vanité rebelle, des passions exaltées et inassouvies : tels sont les éléments historiques et sociaux dont se forme, vers 1800, entre les secousses de la Révolution et les campagnes de l'Empire, cette mélancolie d'un genre nouveau. Avec cette divination et cette incons-* cience qui sont la marque du génie. Chateaubriand a synthétisé et fixé cet état d'âme dans son René. Mais ce qu'il y avait de plus intéressant
(1) MortfMiM eftoifit, 1*' cycle, p. 402; S* cycle, pp. 901, 910.
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A» HjimèfM Ml Fnayot et de leur procrée tufur.JUlgté quelques apergaf piqauitb
et beaucoup de formules éloquenteB; on peut dire que M** de StaBI n'a nullement prévu ni tracé le développement prodiain du romantisme, sauf pour le roman (1).
De rAllemagno (1810). — Il y a deux éléments à considérer dans oe livr» : le pre-' mier, aujourd'hui moins apparent, mais le plus vivement senti par les oontemporains est une protestation en faveur du dr<i,lj contre la force, du principe des nationalités contre l'esprit de conquête ; M"^ de Stail,! au milieu du silence ef&rayé de TEurope» élève une voix généreuse et éloquente : la police impériale ne s'y trompa point Mais, d'autre part, c'est un livre de critique, excellent à sa date, et qui, bien plus que la LitUrature^ a conservé son prix. Il se divise en quatre parties : L De V Allemagne et dit meeure âee Allemands. — II. De la littérature et des arts, — IIL La pkiheophie et la morale, -^ IV. La rdigion et Venihousiàeme. La deuxième partie est la plus intéressante. M"» de Stail, en Allemagne, a compris le romantxeme et la poéeie ; ses chapitres >sur Gœthe, sur Schiller, sur Klopstock, sont encore vivants. De même ceux qu'elle consacre à la critique, à Lessing, à Sdilegel. Elle est moins compétente en philosophie ; cependant, elle nous a initiés la première à Kant et à Fichte. — Au point de vue politique et social, nous ne pouvons nous empêcher aujourd'hui de trouver qu'elle idéalise un peu trop l'Allemagne et que Napoléon fut dans son droit, en 1810, d'exercer une censure sévère contre cette imprudente apologie des ennemis de notre pays (2).
Influence de M°^« de Sta6L — Cette influence a été profonde et durable. — En histoire, }iP^ de Staël a transformé la théorie encyclopédique de la perfectibilité ; elle y a introduit l'élément moral et l'enthousiasme. « Ce que Ton admire dans les grands hommes, a-t-elle dit, n'est jamais que la vertu sous la forme de la gloire. » Cet enthousiasme généreux enflanunera encore Michelet. — En critique, l'influence est plus vive encore ; elle devance celle de Chateaubriand, et la complète. M°*^ de Stafil enseigne, comme lui, à découvrir les principes sociaux de la littérature. Elle contribue à détruire le dogmatisme classique, et à y substituer l'étude de l'œuvre considérée dans son milieu et par rapport aux multiples conditions qui l'ont provoquée et modifiée ; le sens du relatif et de Vhistorique entre dans la critique. — Enfin, M°^ de Stafl est une des plus ardentes propagatrices du œsmopolitisme littéraire. La méthode qu'elle a suivie pour nous faire connaître et aimer l'Allemagne de Gœthe et de Schiller, nous la retrouvons dans les préfaces des romantiques, dans J.-J. Ampère, Fauriel, Philarète Chasles, dans la Littératture anglaise de Taine, dans le Roman russe de M. de Vogué.
W^e de Staël écrivain. — Le style de W^ de Staël est celui d'une cdhversation animée, qui tourne souvent à la diffusion et au bavardage, mais qui abonde en tours vifs et heureux, et qui se soutient toujours par l'enthousiasme. On la lit avec intérêt, avec plaisir ; mais on n'a pas l'impression d'une belle langue, sûre d'elle-même, et qui hit '^rps avec lldée. C'est plutôt un style de publidste,
(i) Morceaux choMê, !•« eyela, p. 409 ; S* cycle, p. 911. (9) Mieremax dboiiii, S* cycle, p. 915.
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