‹ Précis de littérature françaiseChapitre 211 sur 276 · II. — L«0 Drames de Victor Hugo · texte numérisé non relu

II. — L«0 Drames de Victor Hugo

1827. OronmeU. — Ce drame en cinq actes n'a jaoiaiB été lepréeenté ; les penon- Dfiges en sont trop nombreux, les vers aussi. C'est plutôt une éUide hisUnrique soui U lorme dramatique.

1828. Maiion Delorm«. — Lue par Victor Hugo à ses amis, cette piàce fut reçue an Théfttn-Français, mais aussitôt interdite par la censure. fiSlo ne put être jouée qu'en mai 1831, à la Forte-Saint-Kartin; K>^« Dorval créa JIMon, et Boeage Diàitr ; elle lut reprise plus tard au ThéÂtre-Français. Victor Hugo avait fait ont démardie auprès de M. de Martignac ; le ministre le renvoya au roi Charles X, qui Bifosa d'opposer son «eto à celui de la «ensure. — La thèse de la pièce est fausse ; le sens historique en est fort discutable, Louis XIII y étant pr^enté comme na fantoche, et Richelieu comme un bourreau. Le mérite de ce drame est dans le tir bleau vif et animé de la vie de cour, de château, de province.

1830. Hemaui. -— Représenté au Théâtre-Français le 25 février 1830. Cette prt' mihrc est restée célèbre sous le nom de BalaiUe d*Hemani. Classiques et romantiqueê se disputèrent le succès veis par vers. L'avantage resta à la jeune école. — L'action en est mihdramatique: un grand d'Espagne, devenu bandit, sous le nom d'Hemani, poursuit de sa haine le roi Don Carlos ; il aime Dofla Sol, nièce et fiancée du vieux Don Ruy Gomès de Silva ; il la dispute au duc et au roi ; il se déguise en pèlerin pour approcher d'elle, il se livre â son ennemi, il conspire contre le roi qui devient empereur ; il reprend ses titres et son nom ; il épouse Dofla Sol... Kais il a juré à Don Ruy Gomès, qui l'a aidé à arracher Dofla Sol au roi Carlos, qu'il mourrait 4 son premier signal ; et il lui a remis son cor dont le vieillard n'aura qu'à sonner pour que Hernani se tue. Le cor fatal résonne au milieu même des noces d'Hemani et de Dofia Sol. Les deux époux meurent ensemble. Don Ruy Gomès se poignarde à eôté d'eux (1).

1832. Le Bni s'amuse. ~ La censure avait été abolie en 1830. ^ctor Hugo pot faire recevoir et jouer au Théâtre-Français cett« pièce, où il essaye d'appliquer dans leur intégrité ses formules romantiques : mélange (ou juxtaposition) du sublime et du grotesque, antithèse entre la condition sociale du personnage et les sentiments qui l'animent. Le bouffon Triboulet est père, dévoué, éloquent, désespéré ; le roi François I*' est un drôle. — Mais le Roi s^amuse fut interdit après la première représentation. De là procès, oti Victor Hugo plaida lui-même sa cause. La seconde représentation eut lieu cinquante ans plus tard, le 22 mais 1882 ; Victor Hugo, ftgé de 80 ans, y assistait.

De 1833 à 1835, Victor Hugo écrit trois drames en prose : Lucrèce Borgia, Marié TudoT, Angdo, tyran de Padoue,

1838. Ruy Blas. ~ Dans cette pièce, Victor Hugo a voulu continuer son système de mélange des genres et d'antithèses. Ruy Blas, un laquais, incarne en lui toute la vertu de l'Espagne ; il est aimé d'une reine, il est fait premier ministre, il réforme l'État. Don Salluste, grand d'Espagne, a f l'âme d'un laquais > ; il n'aspii^ qu'à de basses vengeances. Don César de Bazan, grand seigneur lui aussi, est un bohème un voleur. — L'action est d'une invraisemblance exagérée. Mais on en prend vite son parti, car Ruy Bios abonde en scènes charmantes ou terribles, et Buy Blaa est QD6 merveille au point de vue du style (2).

(1) Morceaux choisis, 1«« cycle, p. 587 ; S« cycle, p. lOSO. (t) Morceaux choisis. S* cycle, p. 1027.

DRAME ROMANTIQUB 356

1843. Lm Bnrgratres. — Le voyage du Rhin, en 1842, sralt rempli l'imagliiation du poète de grandioses et teiribles figures ; de ses souvenirs Hugo tira le Rhin, sa meilleure cnxyre en prose, et Us Burgraves, U faudrait une page entière pour analyser ce drame, qui, en réalité, est un mélodrame épique. La critique fut sévère ; les parodies se multiplièrent : quant au public, il ne^sif fiait pas, il se eontentait de ne pas venir. Et, le mois suivant, il applaudissait aveo enthousiasme la Lucrèce de Pon* ssrd, dont la simplicité le reposait.

Après l'insuccès des Burgraves, Victor Hugo, de plus en plus absorbé par la poli* tique, renonce au théfttre. Il publie seulement, en 1866, un certain nombre de petites pièces sous ce titre : TMâtre en liberté (1).

Jogement.d'ensemble sur Victor Hago dramaturge. — Hugo n*est pas un créateur d'âmes ; aucun de ses personnages ne deviendra le type représentatif d'une passion humaine ; on ne dira jamais un Hemani ou une Doha Sd^ comme on dit un Rodrigue^ une Chimènet une Hermùme* Le poète semble exclusivement préoccupé d'établir entre ses acteurs des anJ^Mses de condition, de style et de costume. Sa psychologie manque de profondeur et d'universalité. De plus« ses personnages sont trop exclusivement lyriques ; c'est l'auteur qui développe par leur entremise sa façon à lui de penser et de sentir. Parce qu'ils sont lyriques^ ils ne peuvent être dramatiques ; ce ne sont pas des volontés en action, mais des sensibilités devenues le jouet des événements extérieurs. Si l'on considère VadUm^ rien n'y est produit par la logique des caractères, ou par le conflit des volontés ; tout y est organisé par l'auteur, qui cherche seulement à amener des couplets, des duos, des invectives, des récits, etc. Il est difficile de trouver, dans aucun théâtre, des intrigues plus artificielles et» il faut dire le mot, plus ridicules, que celles du Roi s^amuse^ de Ruy Bios ou des Burgraves.

Mais ce qui sauvera toujours de l'oubli quelques drames de Victor Hugo, c'est le style. Cet homme, qui ne sait ni construire une action, ni développer un caractère, excelle à tracer un taldeau^ qu'il compose avec un sens très rare de rharmonie et de la couleur. Il y a dans ces tableaux beaucoup, de convention, mais aussi du mouvement, un certain art de manier et de placer les masses, de faire agir et parler les personnages secondaires, d'évoquer un détail amusant. D'autre part, son héros une fois amené à la situation favorable, Hugo sait le faire parler, ou pour mieux dire chanter avec âme et virtuosité. Par ces qualités, qui sont insuffisantes, mais qui sont rares, Victor Hugo mérite de garder un rang élevé dans l'histoire du théâtre au xix® siècle.

(1) Mureeaux c&owu. S* cydt, p. lOSl.

356 DIX-NEUVIÊMB SIÊGLB

m. — Les drames d'Alexandre Dumas

Dumas père (1803-1870). — A. Dumas fit représenter, avec grand succès, en 1829, Henri III et sa Cour, en prose, dont le sujet lui était fourni par l'historien Anquetil. Il eut l'art d'encadrer une crise de passion dans un tableau historique, formé par la peinture plus amusante qu'exacte de la cour de Henri III, et par le conflit entre le roi et le Balafré, au moment où celui-ci organise la Ligue. Il fallait une main très experte pour mêler sans les confondre et pour conditionner l'un par l'autre ces deux éléments (1).

Christine fut jouée à l'Odéon en 1830. Au même théâtre, Dumas fit une nouvelle tentative en vers : Chartes VII chez ses grands vassaux (1831), tragédie historique qui coiitient une belle situation, mais dont l'exécution est faible. Puis il incline de plus en plus vers le mélodrame. Quelle que soit l'habileté vraiment remarquable qu'il "a déployée dans Antony (1831), Richard d*Arlington (1831), la Tour de Nesk (1832), Kean (1836), etc., on ne peut nier que ces ouvrages, par leur psychologie trop sommaire et leur absence de style, ne nous ramènent au mélodrame. Mais ils ont tou§ une qualité : le mouvement. Les personnages ne nous analysent pas leurs motifs d'action, mais ils agissent, et nous ne sentons qu'à la réflexion le peu de vraisemblance de leurs aventures.

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