II. — Emile Augier (18S
Emile Augier n a, comme Scribe, d'autre histoire que celle de ses œuvres, fl débute, chose singulière, par un succès, en 1844, avec la Gigui (Odéon). Avec V Aventurière (1848) commencent à se préciser les tendances antiromantiques de cet écrivain bourgeois, tendances dont Gabndle (1849) contient Texpression la plus complète et la plus réaliste.
Désormais, dans toutes ses pièces, Augier s'établira le défenseur et l'avocat de la famille, contre les ambitions, les préjugés, les sophismes de tout genre ; en ce sens, son œuvre est des plus saines. Il faut distinguer dans son théâtre, avec les Effrontés et le Fils de aboyer^ les deux chefsd'œuvre : le Gendre de M. Poirier (1854), et Maître Guérin (1864). La première de ces pièces est tirée du roman de Jules Sandeau : Sacs et Parchemins. M. Poirier est le M. Jourdain du règne de Louis-Philippe. Ce no sont plus les allures et les costumes des gentilshommes qu'ambitionne un bourgeois enrichi de 1840 ; ce sont leurs titres de noblesse et leur influence politique : « Je suis ambitieux », dit piteusement M. Poirier, qui soutient que « le commerce est la véritable école des hommes d'Ëtat », et qui a donné sa fille au marquis de Presle, pour devenir lui-môme baron et pair de France. La pièce, très spirituelle et très équitable, où aucun des deux partis n'est systématiquement sacrifié à l'autre, est à la fois un chef-d'œuvre dramatique et un document social (1). — Quant à Maître Guérin^ c'est l'admirable peinture d'un homme au caractère absolu, et qui s'enrichit, et qui est très fart ; mais qui perd l'estime de tous les siens, et qui, abandonné par eux, doit mourir isolé et exploité. La dernière pièce d' Augier fut un grand succès : Les Fourchambatdt (1878).
Augier écrit dans une langue sobre et vigoureuse, parfois un peu déclamatoire, parfois trop volontairement spirituelle.