‹ Précis de littérature françaiseChapitre 247 sur 276 · VI. -^ Edmond Rostand · texte numérisé non relu

VI. -^ Edmond Rostand

Une autre réaction devait se produire et créer un courant adverse, qui continue à lutter contre le précédent. Le nom qui incame cette réaction idéaliste, poétique et morale, est celui d'Edmond Rostand. Son premier succès est les Romanesques, joués en 1894 au Théâtre-Français.

En 1895, Rostand donnait la Princesse lointaine, empruntée & une légende du moyen âge. En 1897, la Samaritaine^ sujet tiré de l'Evangile, montrait le talent de M. Rostand sous une nouvàle face, plus simple et plus exquise. — En décembre de la même année, le théâtre de la

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Porte Saint-Martin jouait pour la première fois avec un éclatuH ces Cyrano de Bergerac.

La pièce était d'une veine bien française. Par-dessus le naturalisme des trente dernières années, Rostand donnait la main à Victor Hugo, celui de Marion Ddorme et de Ruy B(as, au Corneille de Don Sanche d'Aragon, et aux burlesques du temps de Louis XIIL — Le public français aime à se reconnaître en Cyrano. Brave, spirituel, éloquent, il est une synthèse de nos qualités nationales. Il incame aussi nos plus séduisants défauts : son courage devient volontiers forfanterie ; sa générosité, don-quichottisme ; son éloquence, gasconnades. Enfin l'allure vive et la vérité de l'action, l'habiMé de l'intrigue, la moralité vibrante du sujet, l'incomparable intensitb ''^ '*tyle, tout contribue ^ faire de Cyrano une œuvre charmante et durable.

En 1900, Rostand a donné r Aiglon, qui réussi i, brillamment. .C'est un tour de force d'ayoir fait tenir en ces six actes toute i î^*^* du jeune duc de Reichstadt. La poéeie y prend un tour de plus en plus pitiorr*que, Tout y est concret. Tout symbole s'incarne en un être vivant. Toute idée devient visible en un objet bien choisi. — Enfin, Rostand a fait représenter Chanteder, pièce fantaisiste et symbolique, qui ne semble pas avoir répondu à la longue impatience du public, mais qui, à la lecture, révèle une merveilleuse originalité de fond et de forme.

VIL — Lia Comédie contemporaine*

M. de > Porto-Riche a f^itiouer: Amoureuse {iS9i), le Passé (idQl), le Vieil Homme (1911) ; c'est un psychologue d'une finesse parfois exquise, parfois irritante, et comme un Marivaux réaliste.

Paul Hervien (t 1915) est un disciple d'Ëm. Augier et de Dumas fils ; son style est hautain, vigoureux. Ses meilleures pièces, plutôt tragédies que comédies, sont : les Tenailles (1895), la Loi de' l'Homme (1897), Connais-toi (1909).

Jules Lemaitre (f 1914) traite avec pénétration et ronie dessvgets d« morale sociale et politique, et ses pièces révèlent aussi ime parfaite connaissance du métier. Après Révoltée (1889), son œuvre de début, il obtint un succès retentissant avec le Député Leveau (1891), qui n'était pas seulement une piquante satire du boulangisme, mais aussi une étude durable des mœurs politiques modernes.

Dans un genre plus limité, plus sévère, nous avons les pièces sociales de M. J. Brieux : Blanchette (1892), la Robe rouge (1900), les Remplaçantes (1901), le Berceau (1903), etc. M. Brieux ne craint pas d'aborder de front les problèmes les plus graves et les plus délicats, et de les traiter avec une loyauté un peu rude et souvent éloquente.

M. Émiiti Fabre s'applique surtout à la question d'argent ;l9i plus remar-

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qiiable de ses pièces est intitulée les Ventres dorés (1905) ; elle est sombre et vigoureuse. Son succès faût^ honneur au goût et à la moralité dn public.

M. François de Corel est moins un auteur dramatique qu*un puissant moraliste et sociologue, donnant à ses études philosophiques le cadre du théâtre. Le Repas du lion (1897) pose le problème de la solidarité entre classes dirigeantes et ouvriers. La NouvdU Idde (1899) est une magni- 6que étude de la conscience scientifique.

Nous pouvons nommer encore : — M. Maurice Donnay, surtout spirituel, dans l* Autre Danger (1902), Paraître (1906) ; — M. Henri Lavedan, très habile à traiter des sujets un peu conventionnels, dans le Prince d'Aurec, (1894), le Manpiis de Prida (1902), h Duel (1905) ; — M. Alfred Gapus, amusant optimiste, dans la Veine (1902), les Deux Écoles (1905), etc.. ; — M. Henri Bataille, psychologue hardi, mais trop préoccupé d*étonner le public ; — M. Henri Bemstein, très ingénieux constructeur d'intrigues à la fois simples et terribles.

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