‹ Précis de littérature françaiseChapitre 35 sur 276 · III. — François Villon · texte numérisé non relu

III. — François Villon

Biographie. — François des Loges, ou de Montcorbier, né d'un père bourbonnais et d'une mère angevine, en 1431, à Paris, fut adopté par Guillaume de Villon, chapelain de Saint-Benoist. L'enfant prit le nom de son « plus que père », et fit de bonnes études, quoi qu'il en dise (Hélas ! si j^ eusse étudié Au temps de ma jeunesse foUe /...). Il suivit les cours de la Faculté des arts pour devenir clerc ; et il était maître es arts en 1453, à vingt et un ans.

(1) Morceaux choisis, f • cycle, p. 61.

(t) Morceaux ehoisis, i- cycle, p. 34 ; f • cycle, p. G4.

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A cette époque, les étudiants de rUniversîté étaient en perpétuels conflits avec la justice royale. Villon dut prendre part à plusieurs émeutes^ entre 1451 et 1454.11 aida ses camarades à décrocher, des enseignes, à voler des marchandises aux étalages. Bref, il devint un étudiant facétieux et fripon, un spirituel et dangereux vagabond, plus connu dans les tavernes qu'à r Université.

En 1455, le 5 juin, Villon se prend de querelle avec un prêtre, Philippe Sermoise, et le tue. Il s'enfuit, puis sollicite sa grâce et Tobticnt : des lettres de remission lui sont accordées en juin 1456. On ne sait où il avait vécu pondant cet exil volontaire. — Rentré à Paris, il se remet sans doute à fréquenter une société équivoque ; et il descend d'un degré, il se fait complice de voleurs de profession ; il prend part à un vol par e (Traction au collège de Navarre. C'est alors, dit-on, qu'il aurait composé son Petit Testament^ au début duquel il annonce son départ pour Angers, où il veut aller voir son oncle. Il part. On ne sait guère ce que devient Villon pendant les années 1457-1461 : il aurait été reçu par Charles d'Orléans au château de Dlois, et on le signale en Bourbonnais. En 1461, on retrouve Villon en prison à Meun-sur-Loire ; il y a été enfermé à la requête de l'évoque d'Orléans, Thibault d'Assigny, et condamné à être pendu. Heureusement pour lui, Louis XI, récemment sacré, passe par Meun et le délivre.

C'est cette même année 1461, « en Tan trentième de son âge », que Villon écrit son Grand Testament, Il y paraît tout à fait amendé; il y exprime des sentiments de honte et de repentance. Mais, en 1462, il est au Châtelet, et de nouveau condamné à être pendu. Il compose alors son admirable Bdlade des pendus (Frères humains qui après nous vivez,,. (1). Il est encore délivré, le 5 janvier 1463, et banni pour dix ans de la ville de Paris.

A partir de 1463, on perd toute trace de Villon. Rabelais nous dit que • maistre François Villon, sur ses vieux jours, se retira à Saint-Maixent en Poictou, sous la faveur d'un homme de bien, abbé dudit lieu. Là, pour donner passe-temps au peuple, entreprit faire jouer la Passion en gestes efe^ langage poictevin (2) ». On ignore en quelle année il mourut. La première édition de ses œuvres, à Paris, est de 1489.

Le Petit Testament. — Ce poème de quarante strophes porte aussi le titr^ de kiis (3). C'était un genre à la mode, assez analogue au congé,

Villon lègue à Guillaume de Villon, son père adoptif, son bruit, c'est-à-dire sa renommée ; à celle qu'il aimait et qui le dédaigne, son cœur ; à divers personnage»

(1) Morceaux choisiSf 2* cycle, p. 73.

(2) Rabelais, liv. IV, 13,

(3) Laii ou Ugs ; la forme lais est la meilleure. Le mot se rattache au verbe knttkf ■ tt ^on à léguer. D'ailleurs la prononciation correcte du mot legs est lai.

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len (nseignes eélèbres du quartier : à Jean Trouvé, bouoher, le Mouton^ le Bcnd eouronné et la Vache ; au chevalier du guet, le Heaume ; aux archers de nuit, la Lanterne ; à mattre Jacques Regrier, h Pomme de Pin (enseigne d*un eabaret, os qui semble indiquer que Villon y séjournait plus que de raison)^ à son barbier, les rognures de ses cheveux ; à son savetier, ses vieux souliers, etc. (1).

Bien qu'on trouve beaucoup d'esprit, et surtout, çà et là, de jolis traits de réa* lisme dans le Petit Testament^ cette œuvre n'aurait pas assuré à Villon la célébrité : elle le laisserait confondu dans la masse des poètes de second ordre.

Le Grand Testament — Ici, bien que le cadre général soit analogue, la compoafiion est plus complexe. Le poème a cent soixante-treize strophes. De plus Villon y a inséré de nombreuses ballades. — Les strophes 1 à 70 forment une première par- <ie, dans laquelle Villon parle de son emprisonnement, de sa jeunesse dissipée, de la fuite du temps, de la mort qui n'épargne personne (2). On y trouve (après la strophe 41) la Ballade des dames du temps jadis (r'?frain : Mats où sont les neiges ^ d'anlan I) (3). — A la strophe 70, Villon commence à tester; c'est la seconde partie, formant comme un poème séparé. Les legs du Grand Testament sont moins burlesques que ceux du Pe<i7. (4) Maisrintèrêtdu Grand Testament n'est pas dans ces Ipgs dont les allusions sont obscures, et qui ont perdu presque toute leur saveur; il est dans les réflexions morales amenées par quelques-uns de ces legs. Ainsi (strophe 149) Villon se représente au charnier du cimetière des Innocents (5) et traite le thème de la mort ; il y revient encore dans les dernières strophes, quand il donne des instructions pour son enterrement (strophes 163-173). Une dernière haUade sert de eonclusion.

Originalité de Villon. — H est exagéré de dire que Villon fit le premier de la poésie personnelle. Avant lui, plusieurs des poètes lyriques que nous avons nommés ont, dans des cadres conventionnels, et au milieu d'Utliégories, parlé de leur vie, de leurs amours, de leurs regrets. Mais ce qui e«t vrai, c'est que V^illon a une personnalité plus caractéristique, une âme plus humaine et surtout un accent plus sincère.

Dans la forme, Villon est aussi un grand poète : il voit et il peint, Jl qo cherche pas de choses nouvelles ou ingénieuses, ce qui est le propre du poète médiocre et artificiel. Il renouvelle par la force naturelle de sa sensation et de sa ^sion. les thèmes les pluf communs. On voit tout ce que Villon veut faire voir ; lés traits sont préci», pittoresques, colorés.

La renommée de Villon. — En 1489, parut la première édition des œuvres de Villon. Elle fut souvent réimprimée jusqu'à celle donnée par Marot en 1533, édition corrigée, commentée, souvent avec bonheur, par fois assez naïvement, et qui eut un grand succès.

Villon ne fut jamais oublié. Très goûté au xv;* siècle, encore connc

(1) Morceaux choisie^ i*' cycle p. 29.

(2) Morceaux choiti»^ 2* cycle, p. 08.

(3) Morceaux choùû, 2* cycle, p. 70.

(4) Morceaux ehoitit^ 1*' cycle, p. 32.

(5) Morceaux choisis. 1* cycle, p. 71.

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Bt la BU XVII* (cf. Ah potique de Boileau) et «n xviii* tiicle, Villon profita plus qu'aucun autre pobte, plus que Ronsard lui-mSme, de la réaction romantique. Sa vie de bohème, la variété de son style qui unit le grotesqtie au mblime, sou réalisme un peu cru, tout devait le faire considérer comme un ancêtre.

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