‹ Précis de littérature françaiseChapitre 51 sur 276 · L*HI8T0IRB AU MOYEN AOB. — LE SERMON · texte numérisé non relu

L*HI8T0IRB AU MOYEN AOB. — LE SERMON

— premier eièfe de Constantinople. €«peodAni, Aloxis, eonronné empereur le 1?* août 1203, refuse de tenir ses promesses. Les Croisés lui déclarent la guerre. Cb BOiiYel usurpateur, Murzuphle, étrange Alexis et s'empare du tr^ne. Second assaut de Constantinople ; les Croisés s'établissent dans la Ville (1). — Il y a deux euididats à l'empire : Baudouin de Flandre et Bonilaee de Montferri^ ; Baudouin est élu empereur, et couronné.

La suite du livre est moins intéressante pour nous, et peut se résumer plus rapidement Pour soutenir et étendre leur conquête, les Croisés font diverses campagnes contre les Grecs, et surtout contre les Bulg^ares, dont l'empereur, Joannis, leur tient tète avec intrépidité. — Baudouin est battu à Andrinople, et tué ; son armée est en déroute. Villehardouin a la gloire d'avoir dirigé la pénible retraite de cette armée jusqu'à Constantinople. — Le frère de Baudouin, Henri, d'abord nommé régent, est couronné empereur en 1206 ; Villehardouin reçoit en flef la ville de Messinople,

Valeur historique de Villehardouin. — Le récit de Villehardouin a toutes les apparences de la plus franche et de la plus naïve narration.

Cependant, il est hors de doute que nous nous trouvons ici en présence d'une sorte de plaidoyer, analogue sous certains rapports aux Commentaires de César. Si Villehardouin écrit, c'est pour faire l'apologie d'une expédition, qui, si elle fut brillante, n'en avait pas moins été détournée de son but. — Si l'on en croit Villehardouin, le hasard seul en serait la cause. L'argent a manqué, et il a fallu prendre Zara ; puis, on a cru bien faire en acceptant les offres du jeune Alexis ; si celui-ci avait tenu ses promesses, après le premier siège de Constantinople, on faisait voile pour la Terre Sainte, avec dix mille alliés... La mauvaise foi d'Alexis a retenu les Croisés, qui ont perdu leur temps et usé leurs forces dans cet empire nouveau. Telle est la thèse soutenue par Villehardouin, et qui reste très discutable.

Valeur littéraire de Villehardouin. — On fait tort à Villehardouin en cherchant à définir son mérite littéraire, Villehardouin, traitant le plus pittoresque des sujets, n'a jamais cherché que la clarté, au sens le plus élevé du mot. Jamais, chez Villehardouin, VaiUeur ne s'interpose. Point de descriptions développées, mais de brèves et vigoureuses touches, qui évoquent tout un tableau. Point d'analyses de sentiments, mais la notation juste d'une profonde impression, qu'il nous laisse le soin de compléter. — Ce style clair et simple n'est pas sans quelque raideur, mais surtout, il faut bien le dire, pour ceux qui lisent péniblement l'ancien français.

IH. — JoinviUe (1224-1317).

Vie. — Jean, sire de Joinville, est né en 1224, d'une famille déjà illustre, où la charge de sénéchal de Champagne était héréditaire. Jean, qui perdit son père à Tâge de huit ans, fut envoyé de bonne heure à la cour de Thi-

(ij Morceaux choisie, !•> cycle, p. 6t.

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baud IV de Champagne, où il put s'instruire à la fois de chevalerie, de courtoisie et de gai savoir.

Armé chevalier en 1245, il se croisa avec Louis IX, en 1248, et ce ne fut pas sans émotion qu'il abandonna son beau château et ses deux enfants. Il revint en 1254, après avoir fait vaillamment son devoir de chevalier. Rentré dans son château, il y mena l'existence la plus calme, et ne se soucis^ pas d'accompagner Louis IX dans sa seconde croisade, en 1270. Pendant sa longue vieillesse, il fut chargé de plusieurs missions délicates, qu'il accomplit avec intelligence. Lors du procès de canonisation de Louis IX, en 1282, il fut appelé à témoigner ; et il assista, en 1298, aux fêtes célébrées en l'honneur de la béatification du roi, auquel il avait consacré un autel dans sa chapelle de Joinville. — La tradition veut qu'il ait composé ses Mémoires à la prière de Jeanne de Navarre, femme de Philippe le Bel. Jeanne étant morte (1305) avant que Joinville eût achevé de rédiger ses souvenirs, celui-ci dédia son œuvre (1309) à Louis Hutin, comte de Champagne et roi de Navarre, qui devait devenir roi de France sous le nom de Louis X. Il mourut dans son château, le 24 décembre 1317.

Les manuscrits originaux de Joinville sont perdus ; le plus ancien est une copie du xiv" siècle, dont la langue est rajeunie. Natalis de Wailly a restauré le texte original au moyen des chartes du château de Joinville.

Analyse de rÉistoire de saint Louis. — Joinville nous annonce lui-même son plan : • La preirière partie si devise comment il se g^ouvema tout son tens selono Dieu et selono TÉglise, et au profit de son règne. La seconde partie don livre si parle de sesgranz chevaleries et de ses granzfaiz d'armes» (1). — Notons dès maintenant, que la première partie ne comprend que 67 paragraphes sur 769.

Joinville cite d'abord des exemples du dévouement de saint Loui% puis 9 noua parle de Tamour de saint Louis pour là vérité, de Fa tempérance, de sa façon de sa vêtir. H rapporte le dialogue entre saint Louis et Joinville pur le péché morte) ; sur Tusage de laver les pieds aux pauvres le jeudi saint; il définit la prud'homi^ (2); il nous montre le roi rendant la justice, assis sous un chêne, à Vincennes, ou dans son jardin de Paris, etc.. — La seconde partie commence par quelques détails sur la naissance et le couronnement du roi. Joinville conte ensuite les premiers troubled de son lègne. — Description de la cour plénière tenue à Saumur, en 1241. — Bataille de Taillebourg. — Le roi, à la suite d'une maladie, fait vœu de se croiser, en 1244, et Joinville se prépare à le suivre. Alors commence le récit de la croisade à laquelle Joinville a pris part (3). C'est la partie la moins décousue du livre, Joinville y est sans cesse en seène, pour ainsi dire, et ne parle guère du Toi que par rapport à lui. — Voici de nouveau des détails sur saint Louis : sa toilette, sa sobriété, sa fermeté envers les évêques, sa justice, son amour pour la paix, son

fi) Morceaiu cfcot'm. S* cycle, p. 98.

(2) Lire les principales de ces anecdotes dans Morceaux choiti», 2* cycle, pp. 99-103.

(3) Morceaux choisi», 2* cycle, p. 103 ; 1«> cycle, p. 56.

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borreor du blasphème, ses aumônes, ses réformes dé police, encore ses aumônes, ses fondations pieuses... Uhistoi'^ reprend : saint Louis se croise pour la seconde fois, et Joiûville refuse de le suivre. Les détails sur cette croisade sont très brefs. Joinville se contente de nous faire connaître les enseignemenii que le roi, pr^ de mourir, fit à son 61s Philippe. Puis il nous raconte sa mort (1); dont le réoit lui fut rapporté par te comte d' Alençon. ~ Suivent quelques détails sur la canonisation dé saint Louis et sur un songe de Joinville.

Comment Joinville composa son Histoire de saint Louis. — A en croire Joinville, ce livre aurait été composé par lui dans soo eKtrême vieillesse, et d'une façon suivie.

Mais Tanalyçe précédente a démontré que V Histoire de saint Louis manque essentiellement de composition et de suite. Elle est formée de morceaux rapportés, et semble, à deux reprises, finir et recommencer. Le récit de la croisade de 1248 a ^ul de la cohésion et de la suite. Joinville a dû le composer dès son retour : ce sont là ses mémoires.

Quand il les reprend pour y ajouter des anecdotes relatives à saint Louis, Joinville rassemble péniblement et sans ordre des souvenirs très disparates.

Valeur historique de Joinville. — n y a loin de la maîtrise de YiUehardouin à la curiosité un peu superficielle de Joinville. Mais celui-ci est un témoin loyal et candide ; tout ce qu'il a vu, ou entendu, il le rapporte avec ingénuité. Et il sait regarder ; son œil est celui d'un artiste primitif, frappé par les silhouettes, les couleurs, les détails pittoresques de toute sorta. Malheureusement, trop occupé de ces détails, Joinville ne cherche jamais à saisir reusemble. Son récit de la croisade est une succession de petits faits, plutôt amusants qu'intéressants, de descriptions fragmentées, très naïves, et souvent très obscures (la bataille de Mansourah).

Valeur littéraire de Joinville. — Ici, on peut dire pour la première fois dans l'histoire de la littérature française : « On croyait trouver un auteur, et Ton trouve un homme. » Joinville est un prucThomme, un homme distingué d'esprit et de cœur, et qui cause. Ne lisez pas son livre à titre de document historique ; cherchez-y la façon de penser, de sentir, de voir d'un chevalier du xiir siècle : vous serez séduit et instruit. Si l'on est obligé de faire des réserves sur l'historien, ces défauts mêmes deviennent, chez le causeur, autant de qualités exquises. Quelle pittoresque naïveté dans ce qu'il nous raconte du Nil (187-190), des Bédouins (249-253), du Vieux de la Montagne (451-463) ! Il saisit d'un coup d'œil la couleur des bannières (198), les costumes (408), l'aspect et les effets du feu grégeois (206 et 314). Il raconte la bataille de Mansourah comme un chevalier qui, y prenant part, n'a pu en saisir l'ensemble, et rend avec un sincère réalisme tout ce quHl a vu.

(1) Morceaiuc choisiSt i" cycle, p. 57. DXS GRANGBS. — Pricù de Littérature. a

A ces qualités de vision, il joint l'analyse de ses sentiments. Il avoue ses faiblesses ; il n'aime pas à tremper son viu (25) ; il ne dédaigne pas la richesse (439) ; il a plus d 'horreur de la lèpre que du péché mortel (26-28) ; il est pris de dégoût à l'idée de laver les pieds aux pauvres (29) ; etc. Cette sincérité fait de Joinville un de nos ancêtres les plus sympathiques. Elle donne à son livre un rang exceptionnel parmi les documents humains du passé.

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