Autour de la Pléiade
Guillaïune de Salloste, Seigneur du Bartas (1544-1590). — Ronsard avait demandé toutes ses inspirations (sauf dans les Discours) à l'antiquité profane et à l'Italie, et nous avons dit que sur ce point il était classique.
(i) Béorcema choisie, !•' cycle, pp. 82, 83 ; — «• cycla, pp. leo. 161. ^) Morceaux cfcom», i« cycle, p. 82 ; — f eyele, p. 158.
(3) Morceaux choisis, 2* cycle, p. 161.
(4) Morceaux choisis, 2* cycle, p. 165.
(5) Morceaux choisis, %• cycle, pp. 169, 170.
64 Seizième siècle
Mais l'antiquité biblique ne pouvait être entièrement délaissée, en ce siècle de controverses et de guerres religieuses. Et ce fut un protestant. Du Bartas, qui, familiarisé avec les textes sacrés, rattacha d'une part notre poésie aux traditions du moyen fige et, d'autre part, précéda les romantiques dans l'emploi du mârveiUeux chràUn. Il composa (1575) un poèiqe en six chants, sur Judith^ qui eut peu de succès. — G0pendant il travaillait à une œuvre plus grandiose, la Semaine ou la Création, qui parut en 1578. Ce poème abonde en descriptions brillantes, d'un style vigoureux et coloré. On lira toujours avec admiration : le passage où Dieu contemple son œuvre, comme un peintre un tableau ; la Terre après le déluge ; le lion d*Androclès ; — et dans la Seconde Semaine (suite de la précédente, et restée inachevée), le Cheval dompté par Caîn (1).
La Semaine eut une grande célébrité, non seulement en France, mais à l'étranger. Aujourd'hui, il suffît qu'on ait relevé dans la langue de Du Bartas quelques exagérations puériles, des mots composés bizarres (donneâme, porte-jour^ aime-vers^ chasse-ordure), ou des répétitions de syllabes (Jlo- flotter, ba-baUre, etc.), ou des inversions obscures, pour que Du Bartas soit classé sans appel parmi les poètes ridicules. Ce jugement est un peu sévère.
C'est encore un protestant que Agrippa d'Aubigné (1552- 1630), calviniste militant jusque dans ses œuvres. Né en 1552, au château de Saint- Maury, en Saintonge, il fut une sorte d'enfant prodige, apprit le latin, le grec, l'hébreu, Titalien, l'espagnol. Pendant une vie très longue et très active, d'Aubigné fut à la fois capitaine et poète. Après l'abjuration de Henri IV, il se retira dans ses domaines, en mécontent, et mourut à Genève en 1630.
Nous analyserons plus loin (2) les œuvres en prose de d'Aubigné; dans ce chapitre, c'est le poète seulement qui nous occupe.
Son chef-d'œuvre est le pamphlet en sept chants intitulé les "Magiques. D l'écrivit dans les intervalles des batailles, dans les camps, dans les tranchées, et ces vers respirent souvent l'ardeur du carnage ou l'odeur de la poudre. Il le termina après la mort de Henri IV, et le publia en 1616. — Les sept chants portent les titres suivants :Afû^es (tableau des souffrances du peuple, de la désolation des campagnes et des villes pendant les guerres de religion) (3) ; Princes (satire vive et éloquente dé la vie de cour) : Chambre dorée (corruption et forfaiture des juges) ; Feux (supplices des protestants brûlés sur les bûchers) ; Fers (massacres et emprisonnements) ; Vengeance (les hommes sont frappés par la vengeance divine) (4) ; Jug^
(1) Morceaux ehoiiii, 2« cycle, p. 173.
(2) Cf, p. 124.
(3) Morceaux choititt S* eycle, p. 178.
(4) Morceaux ehoieie, 2* eyclt, p. 180.
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ment (Dieu sépare, au dernier jour,' les bons des méchants) (Ij. — C'est donc une succession de tableaux descriptifs ou de morceaux satiriques ; il ne tant chercher dans ce poème aucun plan suivi. Les qualités de d'Aubigné sont : la sincérité, la verve, l'éloquence, la force dans la pensée et dans l'expression, le pittoresque dans les détails ; — ses défauts : la diffusion, l'obscurité, l'exagération. — Certains passages mettent d'Aubigné a côté du Ronsard deiS Discours et du ^ctor Hugo des Châtiments.
n écrivit aussi de petites pièces, dont quelques-unes sont mélancoliques et précieuses (2).
Amadis Jamyn (1530-1585) est quelquefois compté dans la Pléiade, à la place de Pontus de Thyard. C'est un poète érudit, très estimé de ses contemporains.
Teis sont les principaux poètes du xvi*" siècle. Nous considérons comme des prédécesseurs immédiats de Malherbe, et nous étudions plus loin comme poètes de transition : Vauquelin de la FresnayCt Pesportes et Benaut.