I. — Jacques Amyot
Vie. — Né le 30 octobre 1513, à Melun, de parents très pauvres, Jacques Amyot vint achever ses études à Paris, au Collège de Navarre. Il apprit le grec avec Pierre Danès, professeur au Collège de France. Marguerite,
Ci) MorcHMx cftoim, 2« cycle, p. Î04
0œur de François I*', lui fit donner la chaire de grec et de latin à TUni versité de Bourges. Il y enseigna pendant six ans. Il fut chargé par Henri II d'une mission auprès du Concile de Trente (1551). Apr&s un séjour de deux années à Rome, temps qu'il employa à faire de savantes recherches à la Bibliothèque du Vatican, Amyot revint en France, et fut choisi par Henri II comme précepteur de ses fils, les ducs d'Orléans et d'Angoulêmo, qui tous deux devaient être rois. Sa traduction de Théagène et Charidée parut en 1547'; elle fut suivie de Daphnis et Chloé, pastorale de Longus. En 1559, paraissait la première édition des Vies de Plutarque ; en 1574, seulement, Amyot y ajouta les Œuvres morales du même auteur. — Cependant, son ancien élève, Charles IX, l'avait nommét en 1560, grand aumônier de France, conseiller d'Etat et titulaire de plusieurs riches abbayes ; il lui donna bientôt après l'évêché d'Auxerre ; Henri III y ajouta le titre de commandeur de l'ordre du Saint-Esprit.
Ses œuvres. — D'Amyot, on doit surtout retenir la traduction des Vies de Plutarque. C'est là qu'il se montre éminent, à la fois par les qualités de son esprit, le charme de son style et la pureté de sa langue. — D'abord, c'était une heureuse idée, en ces temps où l'énergie humaine se déployait sous toutes ses formes, de choisir, pour les vulgariser, ces biographies des plus grands hommes de l'antiquité grecque et romaine. Jamais pareil recueil d*exemples n'avait été proposé à l'admiration impartiale et à l'imitation de la société moderne. — D'autre part, ces biographies étaient des recueils d'anecdotes, d'historiettes précises et variées, de bons mots, de traits, de maximes ; rien d'oratoire ni d'apologétique. — Mais, surtout, les défauts de ce sophiste assez pédant que fut le vrai Plutarque, disparaissaient dans la traduction ou, pour mieux dire, dans Vadaptation d 'Amyot. Celui-ci créait de toutes pièces le bon Plutarque. Il lui donnait un tour simple et naïf, qui faisait d'autant mieux ressortir la grandeur des actes 'ou des pensées, et qui prêtait à l'héroïsme un air d'aisance capable de séduire tous les hormêtes gms.
Amyot rendait aussi grand service à la langue française, en l'obligeant à exprimer tant de conditions diverses, à se faire un vocabulaire guerrier^ politiqtiei critique, familier, pour suivre chacun des héros de Plutarque à travers tant d'anecdotes et de particularités. Et l'on comprend qu'à ce double titre, au xvii* siècle, l'Académie française et Vaugelas l'aient considéré comme une autorité (1).