II. — Saint François de Sales
Vie. — D'une illustre famille de la Savoie, François de Sales étudia à Paris, au collège de Qermont et à la Sorbonne. Puis il fit son droit à l'Université de Padoue et fut nommé, tout jeune encore, conseiller au Sénat de Chambéry. Mais une vocation sérieuse le poussait vers l'état ecclésiastique. Aussitôt prêtre, il fut chargé de missions dans les pays protestants, et il réussit, par son éloquence simple et persuasive, par la douceur toute chrétienne de son caractère, à opérer de nombreuses conversions dans le Chablais (pays de Thonon, Haute-Savoie). En 1596, l'évêque de Genève le prend pour coadjuteur. François de Sales fait ensuite un voyage à Paris et charme la cour, devant laquelle il prêche le carême (1602). Mais Henri IV voulut en vain le retenir. — Nommé évêque de Genève, et résidant à Annecy, François de Sales publia en 1608 son Introduction à la vie dévote. En 1616, parut son Traité de l* amour de Dieu.. François de Sales fit, en 1618, un nouveau voyage à Paris ; il fonda, en 1620, l'ordre de la Visitation avec M™® de Chantai ; et il mourut subitement à Lyon, en 1622.
Ses ouvrages. — V Introduction à la vie dévote est un de ces livres qui se sont faits d'eux-mêmes, au jour le jour. C'est tout simplement la réunion
d'une série de lettres de direction adressées, pendant le carême de 1607, à W^^ de Gharmoisy, d'Annecy. L'intérêt de ces lettres vient de l'intention même derauteiir,qui dit dans sa préface :« Ceux qui ont traité deladévotion ont presque tous regardé l'instruction des personnes fort retirées, du commerce du monde, ou au moins ont enseigné une sorte de dévotion qui conduit à cette entière retraite. Mon intention est d'instruire ceux qui vivent en ville, es ménage, en la cour, et qui par leur condition sont obligés de faire une vie commune... » De là, l'immense succès de cet ouvrage ; chacun voulut faire son profit de cette dévotion pratique, et devenir, comme la PhUothée à laquelle sont dédiées les lettres, une âme d'élection, sans renoncer au monde. On n'était pas moins séduit par le charme du style, d'une exquise douceur, abondant en figures aimables, en images pittoresques, non sans une pointe de préciosité (1).
Le Traité de l* amour de Dieu, adressé à Théotime, est un ouvrage plus profond, au point de vue de la doctrine. Saint François de Sales y conduit l'amour de Dieu jusqu'aux limites extrêmes du mysticisme orthodoxe ; il s'arrête au point où M"'* Guy on et Fénelon devaient le reprendre pour en faire le quiétisme.
Autres écrivains catholiqaes. Prédicateurs. — Le cardinal Dt? Perron (1556-1618) est, à l'eneontre de Calvin, un protestant converti au catholicisme ; il eut à son tour une grande influence sur la conversion de Henri IV. Il est resté surtout célèbre par son oraison funèbre de Ronsard. — Nicolas Coeffetêau (1574-1623) est connu, lui aussi, par une oraison funèbre, celle de Henri IV. Au xvii» siècle, on vantait son Histoire romaine (1621), où Vaugelas aimait à prendre, ainsi que dans Amyot, des exemples pour ses Remarques sur la langue française, — Aucun prédicateur catholique du \W siècle, à l'exception de saint François de Sales, ne mérite une place dans l'histoire de la littérature. Le mauvais goût, l'érudition profane, la violence avaient envahi la chaire chrétienne.