III. — Historiens et auteurs de mémoires
Le Loyal serviteur (?). — C'est le nom que se donne à lui-même l'auteur de l'exquise Histoire du gentil seigneur de Bayartj qui parut en 1524, après la mort du chevalier sans peur et sans reproche. L'anonyme, aussi distingué que modeste, a certainement été le compagnon d'armes et Tami de Bayard, comme Joinville l'a été de saint Louis. Et cette comparaison avec Joinville dispense, pour le fond comme pour la forme, de tout autre jugement.
François de La Noue (1531-1591) fut un des plus caillants capitaines du parti protestant. — Plusieurs fois prisonnier, La Noue rédigea, pendant
(1 Mon;eaiUBcftoMW,S«cycU,p.240.
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ces repos forcés, des Discours politiques et milUaires. U y parle autant de religion et de morale que de guerre, et la haute sagesse de ses réflexions lui donne une place à côté de THospital et de G. du Vair.
Biaise de Montluc (15Q2-1577). — Montluc se distin^a d'abord, sous Henri H, par ses succès en Italie ; la défense de Sienne restera un des plus glorieux épisodes de notre histoire militaire (1). Par le nombre et l'importance de ses victoires, Montluc prendrait rang parmi les plus grands de nos chefs d'armées, s'il n'avait montré, pendant les guerres de religion, une cruauté restée légendaire. Il ne quitta le service qu'après avoir reçu, au siège de Rabastens, en 1570, une horrible blessure qui le défigura et le forçai de porter un masque jusqu'à la fin de sa vie. C'est alors, dans cette retraite prématurée, qu'il dicta ses Commentaires^ que Henri IV appelait la Bible du soldat. Ces Commentaires se composent de sept livres ; on y trouve le récit des campagnes de Montluc de 1519 à 1574.
Montluc écht pour ses compagnons d'armes, pour ses enfants, pour tous les capitaines de l'avenir. « ... J'ai voulu, dit-il, employer le temps qui me reste à décrira les combats auxquels je me suis trouvé pendant cinquante et deux ans que j'ai commandé, m'assurant que les capitaines qui liront ma vie y verront des choses desquelles ils se pourront aider, se trouvant en semblables occasions... » Il dit encore : e Ce n'est pas un livre pour les gens de savoir : ils ont assez d'historiens ; mais bien pour un soldat capitaine... » (2) Il raconte, avec la verve primesautière d'un homme d'action et d'un Gascon, sans vantardise, mais sans fausse humilité.
Agrippa d'Aubigné (1552-1630). — En face du catholique fanatique Biaise de Montluc, on peut placer le farouche protestant d'Aubigné. Nous avons déjà parlé de lui au chapitre de la Poésie (3). Vers la fin d'une vie plus agitée encore que celles de La Noue ai de Montluc, d'Aubigné écrivit des pamphlets et des ouvrages d'histoire. — L'Histoire universelle (qui parut en 3 vol. in-folio de 1616 à 1620) comprend le récit des événements de 1550 à 1601. Malgré son titre ambitieux, ce n'est guère qu'une histoire de France, et plus particulièrement du parti protestant. D'Aubigné a visé, autant qu'il était en lui, à l'impartialité. — Sa vie à ses enfants (à laquelle on donne parfois le titre de Mémoires) est une sincère et complète autobiographie, curieuse à la fois pour la connaissance d'un caractère ardent et généreux jusque dans ses erreurs, et par les nombreux rapprochements et renvois que Tauteur y a établis avec son Histoire universelle (4).
n faut nommer encore Marguerite de Navarre (1553-1615), première femme de Henri IV, qui a laissé des Mémoires et des Lettres / «— Jacques-Auguste de Th6u (1553-1617), qui a écrit une : Histoire de^
(1) Morceaux choisit, 2« cycle, p. S40. (S) Morceaux choisis. S* cycle, p. S43.
(3) Sur d'Aubigné, poète, cf. p. 94.
(4) Morceaux choisie 1* cycle, p. f4S.
mon temps, en latin ; — Pierre de l'EtoIle (1546-1611), auteur d'un Journal, cW -à-dire d'une relation, faite au jour le jour, de tout ce qu'il a vu et entendu, de 1574 à 1611 : cet ouvrage est des plus précieux pour l'histoire de Henri III et de Henri IV.