i^ Tout homme susceptible d'instruction peut acquérir
62 DB LA CONNAISSANCE DB LA VÉRITâ.
la connaissance des véritës de l'ordre moral^ et tous ceux qui sont parvenus à cette connaissance y sont parvenus à l'aide dé l'enseignement. Par contre
S"* Tous les hommes qui ont été privés de tout enseignement sont restés dans la complète ignorance de ces vérités, aussi longtemps que l'instruction leur a manqué.
Tels sont à) tous les malheureux qui ont été isolés ou séquestrés dès leur enfance ^ quelle que fut d'ailleurs leur aptitude à apprendre et à concevoir.
Tels sont encore 6) tous les sourds-muets de naissance qui n'ont pas reçu une instruction adaptée à leur état déplorable, bien que leurs facultés intellectuelles soient semblables à celles des autres hommes.
240. Ces preuves suffisent, elles sont décisives. Nous ajouterons toutefois les faits suivants, qui en sont de nouvelles confirmations»
i^ L'homme n'exerce sa pensée sur les objets qui ne tombent pas sous les sens qu'à l'aide des mots. Or les mots sont appris.
2** Tous les hommes ont d'abord les croyances vraies ou fausses des personnes qui les entourent , de la société au milieu de laquelle ils vivent ; ce n'est que plus tard que quelques-uns s'écartent en bien ou en mal de cette règle.
5<^ Le développement intellectuel de l'individu comme de la société , sauvage , barbare ou civilisée , est généralement ea liaison directe de l'état de l'enseignement.
4® Toute vie finie , bien que son principe soit intérieur ^ ne se développe que sous l'influence de conditions extérieures. Cela est vrai de la vie végétative et de la vie sensitive , comme de la vie intellectuelle. 11 en est même ainsi de la vie de la foi.
5* Admettre , non pas la possibilité abstraite , mais la réalité du développement purement spontané des facultés morales de l'homme , c'est retomber dans ïétat de nature rêvé par la philosophie du 18« siècle. Or l'existence de cet étet est démentie par l'histoire sacrée et profane, elle répugne à la dignité de l'homme et à la bonté de Dieu , elle est en opposition avec rexpérience universelle.
NlËGESSlTé DE L'eNSEIGNENENT , ETC. 65
24i . Des nombreuses conséquences qui découlent de ces preuves nous n'indiquerons que celles-ci :
4® La première des lois naturelles de notre raison , une con« dition indispensable de son développement , c'est d'apprendre et de croire, puisque sans l'enseignement personne ne parvient à la connpissance des vérités de l'ordre moral , n'arrive au plein usage de la raison.
2® Comme tout homme a besoin d'être enseigné, et que le premier homme n'a pu être instruit par aucun autre homme, réveil de la raison du premier homme doit nécessairement être attribué à l'enseignement divin , à la révélation primitive , cause, origine et source de l'enseignement social, qui n'est qu'un moyen y un écho répété à travers les siècles , et qui doit avoir une cause antérieure.
5<* Puisque la raison ne s'éveille que sous l'action combinée de l'instruction et de la foi y la fausseté du dogme fondamental du rationalisme, de l'indépendance originaire de la raison, se trouve constatée par le fait de la manière la plus évidente.
^fA. On fait contre ces conclusions les objections suivantes : Les vérités métaphysiques, du moins les principes fondamentaux delà morale, sont i° des vérités évidentes par elles-mêmes; 2'' elles sont connues naturellement ; Z"* elles ne sont ni ne peuvent être ignorées par personne, pas même par l'homme sauvage; h^ elles nous sont innées et gravées dans notre cœur; donc nous pouvons les connaître par la lumière naturelle de la raison , par. la voix de la conscience, par l'étude de notre cœur ou du magnifique spectacle de la nature ; donc renseignement ne nous est pas nécessaire pour les connaître. On ajoute encore 5<> qu'à l'appui des faits, que nous avons allégués (259), il est impossible de citer autre chose que quelques exemples d'hommes naturellement imbéciles et manquant de facultés intellectuelles. Enfin G"" on dit qu'il y a des sourds-muets à qui ces vérités sont connues , quoiqu'ils n'aient jamais fréquenté d'école.