‹ Précis de logique élémentaireChapitre 33 sur 51 · NOTION ET DIVISION DB LÀ CERTITUDE · texte numérisé non relu

NOTION ET DIVISION DB LÀ CERTITUDE

divise ordinairement la certitude naturelle en métaphysique , physique et morale. Nous pensons que son objet n'est pas tout représenté par ces trois membres d'une manière complètement exacte , et qu'il serait mieux de diviser la certitude^ d'après ses motifs , en apodictique et morale , ou bien d'après son objet en rapport avec ses motifs en idéale et ontologique.

262. La certitude est absolue ou relative , selon qu'elle est commune à tous les hommes ou particulière à quelques-uns.

£n prenant le premier de ces mots dans un sens différent , on appelle certitude absolue celle que nous nommons apodictique ou mathématique.

265. On a aussi divisé la certitude suivant ses motifs en évidente et non évidente. Cette division est exacte , si l'on parle de l'évidence interne ou apodictique; mais elle est fautive, s'il s'agit de l'évidence en général , puisqu'il n'y a point de certitude sans évidence. Ceci demande quelque explication.

On appelle évident ce qui est clair, manifeste. On distingue l'évidence 1® en intrinsèque et en extrinsèque j selon que son objet est évident par lui-même ou par quelque intermédiaire , p. e. par le témoignage des sens ou des hommes. 2® L'évidence interne se subdivise en immédiate ou intuitive et en médiate ou démonstrative, selon qu'on l'obtient sans ou par le raison uement. 3*> L'évidence externe est divisée par les uns en physique et morale ; par d'autres toute évidence externe est appelée morale.

Or rien n'est certain que ce qui est évident par soi-même ou par autre chose. Et dans ce sens il est vrai de dire que l'évidence est une qualité ou une condition indispensable de toute certitude.

264. Enfin, de même que l'évidence, la certitude est prtmitive ou dérivée , immédiate ou médiate , intuitive ou démonstralive, suivant qu'elle a pour objet les vérités de principe connues sans l'intermédiaire du raisonnement , ou bien les vérités de conséquence , véritables conclusions de raisonnements légitimes.

265. Nos motifs , moyens ou. criteria particuliers de la cer-

titude naturelle sont les mêmes que nos facultés de connaître , dès qu'elles ont les qualités, caractères ou conditions nécessaires h indiquer plus tard. Ainsi pour les vérités de principe ce sont le sens intime et Yintiiition intellectuelk , le rapport des sens extérieurs y la foi au témoignage , et la croyance au dictamen du sens moral , à quoi il faut joindre la mémx>ire (22S) ; pour les vérités de conséquence ce sont les différents procédés du raisonnement (284). Mais, avant de les expliquer, il convient de constater l'existence de la certitude.

De V existence de la certitude.

266. En philosophie on appelle sceptiques ceux qui nient la certitude , et dogmatiques ceux qui l'affirment.

267. Le scepticisme général se présente principalement sous deux formes différentes. C'est d'abord le scepticisme vulgaire et grossier de ceux qui prétendent qu'il n'y a absolument rieti de certain , ni subjectivement ni objectivement , et qui , k l'exemple de Pyrrhon , s'efforcent même de douter des phénomènes du monde sensible. C'est ensuite le scepticisme raffiné , le scepticisme appelé scientifique , qui n'est autre chose que le rationalisme idéaliste et rigoureusement conséquent, qui, sans révoquer en doute les vérités formelles et purement subjectives , prétend que la vérité objective , l'existence des êtres réels ne nous est pas suffisamment garantie, n'est pas certaine.

268. Bien que le scepticisme vulgaire ne soit en définitive ni plus ni moins absurde que le scepticisme scientifique , nous croyons pouvoir nous borner à discuter expressément celui-ci, parce que aujourd'hui personne ne professe le premier.

269. Or le scepticisme idéaliste a spécialement pour principe que , pour posséder une véritable certitude de la vérité objective , l'homme devrait en avoir une certitude absolue , apodictique, nécessaire et excluant toute possibilité de doute. Et cette certitude, continuent*ils , est impossible, parce que l'homme

DE. l'existence DE LA CERTITUDE. 73

ne peut prouver la vérité objective ni par une sévère analyse logique de ses idées , ni par une démonstration apodictique et strictement à priori, D*où ils concluent que Thomme qui suit rigoureusement les lois de la raison ne doit ni ne peut rien tenir comme objectivement certain.

270. Mais tout cet échafaudage n'est basé que sur une fausse appréciation de la certitude et de la raison humaine. C'est aussi là la cause pourquoi le rationalisme dogmatique , qui pose les mêmes prémisses que le rationalisme sceptique , s*est tctujours épuisé en vains efforts lorsqu'il a essayé de combattre ce dernier.

271. Il est vrai que l'homme, être fini, n'a pas une certitude infinie , absolue , apodictique , etc. dans le sens que le voudrait le rationalisme. Il est vrai aussi que la certitude de la vérité objective ne se prouve pas par une analyse logique de nos repré* sentations subjectives , puisque cette vérité est quelque chose de plus qu'un simple élément formel , une note logique de notre pensée. Elle ne se démontre pas non plus strictement à priori, puisqu'on ne démontre que des conclusions , et des conclusions de même nature que les prémisses , et par conséquent pour démontrer la certitude de la vérité objective il faut employer des prémisses dont la vérité objective est certaine indépendamment de la démonstration. D'où il suit que, si l'on peut démontrer des vérités dérivées ou secondaires , il est cependant impossible d'établir au moyen d'une démonstration légitime la certitude de la vérité en général ou des premières vérités.

272. Cependant de ce que l'homme n'a pas une certitude divine, et de ce que les moyens voulus par le rationalisme sont impuis* sants contre le scepticisme, on peut bien conclure que le rationalisme est faux, mais il n'en suit nullement que l'homme ne possède point une véritable certitude humaine, une garantie de la vérité qui exclut tout doute raisonnable, et qu'il n'existe pas une autre manière légitime de constater cette certitude.

273. La certitude est d'abord un fait, un fait humain , un fait universel , et qui dans cette universalité présente déjà un premier titre de son authenticité, une preuve suffisante de son droit véri-< tablement philosophique. iO

Toutefois ce n'est pas là son titre unique. Afin de le montrer , nous indiquerons ici brièvement deux séries de preuves , dont les unes servent directement à réfuter le scepticisme, les autres à constater la certitude.

Réfutation du sceptidsnie.

274. i"^ Le scepticisme ne s'appuie que sur des pétitions de principe, sur des assertions gratuites. En effet d'après lui il n'y a de véritable certitude que celle qui est établie sur l'évidence intrinsèque, absolue, apodictique des idées, celle qui se prouve par l'analyse logique ou par la démonstration stricte et à priori (269). Or personne n'a jamais d'aucune manière prouvé la vérité de ces assertions ; elles sont donc complètement arbitraires. De plus, elles sont fausses; car, malgré l'absence des conditions voulues par les sceptiques, la généralité des hommes savants et non savants a toujours tenu à la vérité objective et a regardé le scepticisme comme une maladie de l'esprit. £n outre un sceptique, en avançant ces assertions , se contredit évidemment.

275. 2^ Le scepticisme est constamment en contradiction avec lui-même. Rien n'est plus opposé que le scepticisme et le dogmatisme, et personne n'est plus positivement dogmatique que la plupart des sceptiques. Les écrits de Sextus Empiricus et de Hume fournissent des exemples nombreux de maximes théoriques et pratiques affirmées par les sceptiques de la manière la plus positive. En outre les sceptiques démentent à chaque instant leurs maximes parleurs actions. Car a) en parlant, ils montrent •qu'ils reconnaissent la parole comme un moyen sûr de communication; 6) en agissant avec autant de circonspection que les autres hommes, ils prouvent qu'ils croient aux bons et aux mauvais résultats de nos actions; c) en essayant de démontrer leur système, ils avouent implicitement que la démonstration est un moyen propre à convaincre; d) en raisonnant, ils s'appuient sur des principes qu'ils supposent certains ; e) en appelant à la raison, ils lui attribuent une puissance certaine de discerner le vrai et le faux.

DE l'existence DE LÀ CERTITUDE. 75

276. Z"* Le scepticisme est en opposition avec les tendances, les désirs, les besoins, les aspirations, les affections et les convictions les plus intimes de la nature humaine; en un mot, il est anti-naturel, anti-humain. En effet

a) Il est destructif non seulement de toute véritable science, mais aussi de toute culture intellectuelle, puisqu'il nie jusqu'à la possibilité de connaitre la vérité d'une manière certaine.

b) Il renverse directement toute morale et toute religion; puisqu'il révoque en doute et nie même la possibilité de connaitre l'existence de Dieu, de la loi morale, d'une véritable sanction de cette loi dans la vie présente ou à venir.

c) Gomme la religion et la morale ne sont pas seulement un besoin naturel et impérieux de notre âme, mais aussi le fondement de la société, et que la société est la condition indispensable de l'existence de l'homme, le scepticisme, en ébranlant la morale et la religion , tend au renversement de la société et par là à la destruction du genre humain lui-même.

Le scepticisme est donc un état contre nature , et puisque la raison humaine est nécessairement d'accord avec la nature de l'homme, le scepticisme est également contraire h la raison.

Il est donc insoutenable a) parce qu'il ne s'appuie que sur des assertions fausses, b) parce qu'il est en contradiction avec luimême, c) parce qu'il est opposé à notre nature.

Preuves directes du véritabk dogmatisme.

277. !• La certitude d'une foule de vérités est reconnue universellement. Cela est établi o) par l'aveu public de tout le monde, puisque tous les hommes sains d'esprit ont reconnu partout et toujours comme indubitable un grand nombre de vérités mathématiques, logiques, physiques, historiques, métaphysiques et morales. Cela se voit b) par la conduite de tous les hommes dont rintelligence n'est pas dans un état anormal, puisqu'ils parlent et agissent avec déh'bération et avec un but déterminé; ce qui suppose qu'ils regardent plusieurs choses comme tout à fait certaines. Cela se prouve c) par l'existence

76 DE LA CERTITUDE EN GÉNlftRAL.

de certains faits sociaux qui se yoient partout et toujours, et qui n'existeraient pas, si le genre humain n'était pas convaincu de plusieurs vérité. De tels faits sont en particulier l'existence de la société, de la religion et de la morale. Gela résulte d) des démentis involontaires que tout sceptique est obligé de donner constamment par sa conduite à ses paroles.

278. 2<» C'est naturellement que l'homme reconnaît la certitude de beaucoup de vérités. Car elle n'est pas seulement a) un besoin de notre nature raisonnable , qui sans elle se trouve dans un état violent et insupportable, surtout quant aux vérités dont il nous importe le plus d'être certains ; mais en outre h) dans ceux dont Gicéron dit : quorum aut ingenio aut virtute animm excellit , eos arbîtramur^ quia nature optimà suni, cemere naturœ vim maxime , l'adhésion à ces vérités est inébranlable. Aussi c) l'homme ne se livre point au scepticisme à cet égard, aussi longtemps que sa raison n'est pas viciée. Enfin d) lorsque l'homme acquiesce à la vérité i cause des marques de son évidence^ il sent qu'il obéit au dictamen de sa nature raisonnable.

279. 5* L'homme admet nécessairement la certitude de plusieurs vérités. Gar tout homme de bonne foi avoue : a) que le doute sur certaines vérités lui est moralement impossible; 6) que le doute sur d'autres vérités lui est absolument impossible; c) que, chaque fois qu'il adhère avec réflexion à une vérité, il y est engage par une nécessité tantôt morale tantôt complètement irrésistible, d) Un sceptique, qui essaierait d'être conséquent, serait le représentant de la folie la plus bizarre, e) Bien plus il lui serait impossible d'être conséquent ; s'il est assez fou, il n'est pas assez fort.

280. 4° Il est raisonnable d'admettre la certitude des vérités suffisamment connues, non seulement à cause des trois motifs qui précèdent, mais aussi parce que celui qui en agit ainsi a) met sa conduite d'accord avec les actions et les principes des autres hommes et en particulier des plus sensés , 6) parce qu'il met un accord parfait entre ses actes et ses pensées, et

DE l'existence DE LA CERTITUDE. 78

surtout c) parce qu'il obdit au dictamen de la raison même en considérant les idëes, qui sont les principes essentiels de la raison, non comme des formes illusoires, mais comme la lumière naturelle de rintelligence au moyen de laquelle celle-ci aperçoit la vérité.

281 • En résumé donc , le dogmatisme naturel et modéré est conforme aux lois de la raison et le scepticisme est contraire & la raison. Car il est raisonnable de tenir pour certain ce que tous les hommes ont partout et toujours tenu comme tel; ce qu'ils tiennent pour tel par le penchant invincible de la nature , et lorsqu'ils veulent le mieux se conformer à la raison; ce qui y à mesure qu'on l'examine, devient de plus en plus incontestable; ce qu'on ne peut révoquer en doute, sans se mettre en opposition avec sa conscience et avec le sens commun, sans se montrer insensé et sans démentir à chaque instant ses paroles par sa conduite; ce dont on ne peut douter, sans renoncer au droit de raisonner , faute d'objet et de principe, et sans renverser les arts et les sciences, la religion, la morale, le droit, bases de l'existence de la société et du genre humain lui-même. Certes , rien n'est plus fondé en raison que ce qui nous est naturel, commun, universel, perpétuel, nécessaire et irrésistiblement prescrit par la nature et la raison humaines. Il ne reste donc enfin d'autre alternative que de renoncer au scepticisme ou à la raison et à la nature humaine.

282. Il importe de montrer encore brièvement que les objections des sceptiques dans ce qu'elles contiennent de vrai sont loin de leur être favorables. Elles peuvent se réduire à ces assertions : 4" Nous ne pouvons ni comprendre ni démontrer la vérité , surtout la vérité objective. 2® Nous n'avons aucun critérium ou moyen sûr pour la constater. 5° Les sens, l'évidence, le raisonnement sont des moyens trompeurs. 4® La foi en l'autorité ne produit que la probabilité. 5° A toute preuve de ce qu'on appelle vérité est opposée une preuve égale. 6* Nous ignorons si toute notre vie n'est pas un songe et nos idées un rêve sans objet réellement existant. 7° Nous ne savons

quel rapport il y a entre nos pensées et la vérité objective» 8® La vérité des axiomes même , fondements de tout raisonne* ment, du moins la réalité de leur objets, ne peut être démontrée. En toutes choses nous ne voyons que le phénamèney mais le noumène est dérobé à nos moyens d'investigation. Donc nous ne pouvons connaître la vérité certainement.

S83. R. Pour être conséquents les sceptiques ne peuvent raisonner ni faire la moindre objection , devant douter de l'existence de leurs adversaires , comme de l'existence d'un principe de raisonnement, et même du raisonnement comme moyen général de convaincre. Mais voici une réponse particulière à chacune de leurs objections :

l^ La compréhension et la démonstration a) ne sont ni l'uni* que ni la première voie pour parvenir à la connaissance certaine de la vérité; 6) quoique nous ne comprenions rien d'une manière absolue , nous comprenons cependant beaucoup de choses suffisamment pour les distinguer avec assurance de ce qui n'est pas.

2^ Il est faux que nous n'ayons aucun critérium. En tenant une foule de choses comme certaines, le genre humain a toujours reconnu qu'il possède des moyens sûrs de les discerner de ce qui n'est pas certain.

5° Ces moyens ne sont une occasion d'erreur que lorsqu'on les applique à des objets qui ne leur appartiennent pas, ou lorsqu'ils sont destitués de leurs marques d'authenticité, sans lesquelles ils ne sont point des criteria.

4° il est des cas où la foi donne une certitude aussi véritable et aussi forte que tout autre critérium.

5^ Il est vrai que l'esprit de chicane peut opposer à toute preuve une objection quelconque ; mais le genre humain déclare, par cela seul qu'il admet la certitude de différentes vérités, que les raisons qu'on leur oppose ne sont pas égales à celles qui établissent ces vérités.

6"* Cette objection choque le sens commun. Elle ne peut être sérieuse de la part d'un homme sage. Celui-ci distingue facilement l'état de veille de Tétat de sommeil.

DE l'existence DE LA CERTITUDE. 79

7* Quoique la nature intime, le comment de ce rapport ne nous soit pas évidemment connu, sa réalité n'en est pas moins naturellement, nécessairement et universellement avouée, et par conséquent certaine.

0* C'est parce que la vérité de ces axiomes brille de sa propre lumière. Étant évidents par eux-mêmes , ils n'ont pas besoin de démonstration. Étant ce qu'il y a de primitif dans la raison, rien ne leur est logiquement antérieur, et par conséquent ils ne peuvent être démontrés qu'indirectement et à poS" teriori. Quant à la réalité de leur objet, si elle ne peut être démontrée, elle n'est pas moins invinciblement admise parle penchant irrésistible de la nature. Nous y tenons de toutes les forces de notre être.

284. On objecte encore : a) Vos preuves n'ont aucune force contre les sceptiques , puisqu'ils n'admettent ^ucun principe , et qu'ils révoquent même en doute s'il existe des hommes, s'ils agissent ou s'ils parlent , etc. b) Il n'existe aucun indice sûr pour distinguer la voix de la raison et de la nature humaines, dernier fondement delà certitude, d'avec ce qui n'en a que l'apparence, c) Peut-être y a-t-il des raisons ignorées jusqu'ici qui renverseraient toute certitude si on les connaissait. d) Peut-être quelque mauvais génie cgare-t-il notre esprit , en le maintenant dans une illusion perpétuelle, e) Notre intelligence est une intelligence finie et conséquemment faillible, donc elle peut se tromper en tout et toujours.

285, R. a) D'abord les sceptiques ne sont pas sincères en disant qu'ils n'admettent aucun principe ni l'existence de rien. S'ils n'étaient pas convaincus de l'existence de leurs adversaires, de la validité du raisonnement comme moyen légitime de convaincre, et par conséquent de l'existence de certains principes et de certaines règles de raisonnement, ils ne seraient pas ce qu'ils sont, les plus intrépides et les plus infatigables raisonneurs. D'ailleurs pour qu'une preuve soit décisive , il n'est pas toujours nécessaire qu^elle soit reconnue comme telle par l'adversaire, il suffit qu'elle le soit par tout homme raisonnable et de bonne foi.

6) L'indice dont on nie ici l'existence, tout homme sain d*esprit le trouve à la fois intérieurement , dans l'impulsion douce, forte, uniforme et constante qu^il éprouve en lui-même, pendant le silence des passions et lorsqu'il cherche sincèrement la vérité , et extérieurement i dans l'accord avec ses semblables, surtout avec les plus sages et les plus vertueux.

c) Ces raisons supposées devraient être vraies ; or le vrai ne peut être opposé au vrai , donc ces raisons inconnues ne pourraient être opposées aux raisons véritables que nous connaissons. D'ailleurs cette crainte chimérique répugne au bon sens.

d) Cette supposition révolte d'abord la raison; ensuite aucun esprit, quelque puissant qu'il soit, ne saurait faire en sorte qu'une chose soit et ne soit pas en même temps.

é) Une intelligence faillible peut se tromper en plusieurs choses; mais elle peut aussi en beaucoup de choses connaître certainement la vérité, en se conformant aux conditions qui lui sont nécessaires pour éviter Terreur.

286. Quant aux causes du scepticisme , nous pensons que la dégénération de notre nature peut surtout expliquer , comment parmi les hommes, pour qui la vérité est un besoin et une jouissance, il s'en trouve qui placent la supériorité de Vesprit dans cet idiotisme raisonné et incohérent, dans ce suicide volontaire de l'intelligence. Ses causes particulières sont la paresse de l'esprit, la faiblesse de caractère, l'orgueil et le libertinage.

287. Il résulte de ce qui a été dit du scepticisme : i® Qu'il est contraire à la nature et à la raison.

S<> Qu'il y a des choses qui peuvent nous êtres certaines et d'autres qui ne le peuvent pas.

8" Qu'il n'y a rien de plus certain que ce qui est naturellement , nécessairement et universellement reconnu comme tel.

4» Que nier ou révoquer en doute une vérité qui a ces trois caractères, c'est tomber dans le scepticisme.

!$<> Que tout ce qui se déduit légitimement d'un principe réunissant ces caractères est également certain.

DU S£NS INTIME. 8i

6<> Qu'une propositiou , qu'un système est péremptoirement réfuté, lorsqu'on a prouve qu'en restant conséquent avec IuÎt même il aboutit au scepticisme.

7' Qu'on ne peut donner une démonstration plus forte d'une proposition qu'en montrant que la proposition contradictoire est explicitement ou implicitement sceptique.

8"* Que le sensualisme , l'idéalisme , le rationalisme , ainsi que les systèmes exclusifs soit de la raison générale soit de la foi divine; sont tous des systèmes erronés, puisque ce sont des, systèmes de scepticisme partiel et inconséquent, comme nous le montrerons plus tard.

Page 1