‹ Précis de logique élémentaireChapitre 34 sur 51 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

288. Les motifs , moyens ou critcria particuliers de certitude , à l'égard des différents objets dont nous pouvons être naturellement certains , sont le sens intime , ïiîituition intel» lectuelle, le rapport des sens, la foi au témoignage et le dic^ tamen du sens moral (â65). Dans ce chapitre nous les étudierons d'abord chacun en particulier et ensuite dans leurs rapports.

Du sens intime.

1^9. Le sens intime est la perception qu'a notre moi de ce qu'il sent ou éprouve actuellement au dedans de lui-même.

200. Le sens intime perçoit son objet sans ou avec conscience proprement dite. Nous avons déjà indiqué (S55) la condition indispensable de l'éveil de la conscience et de la réflexion.

291. Pour qu'une chose puisse être regardée comme objet du sens intime envisagé comme critérium de vérité , il fout

l"" qu'elle soit actuellement intérieui*e ou présente à notre moi , et jf" qu'elle en soit distinctement aperçue par un acte de conscience réflexe.

292. On prouve de la manière suivante que le sens intime est un véritable critérium de certitude ou un moyen certain de constater la vérité de l'objet qui réunit les caractères que nous venons d'exprimer (291) :

P L'homme suit naturellement, spontanément et comme in« stinctivement le dictamen du sens intime; 2<* il lui obéit necessairement et même irrésistiblement; 3** rien n'est plus universellement reconnu que la certitude du sens intime. Le langage humain , expression de la croyance et du sentiment universels , n'exprime jamais les perceptions du sens intime d'une manière douteuse; ce serait même ridicule de l'essayer. C'est donc 4*' la raison elle-même qui nous fait adhérer inébranlablement au témoignage du sens intime.

On peut ajouter 5** que, si le sens intime pouvait faillir , toute certitude serait impossible; car a) rien ne nous est plus intime que son objet, qui est perçu d'une manière immédiate; b) rien n'entraîne plus fortement notre assentiment ; c) les autres moyens de certitude viennent tous ou s'identifier avec le sens intime ou bien s'y appuyer.

2!i8. Dans les objections contre ce critérium, ou a) on parle de ce qui se passe dans ceux qui ne jouissent pas de l'usage de la raison, ou b) on allègue des choses qui ne réunissent pas les conditions requises pour être un objet du sens intime (291), ou bien c) on suppose que ce critérium devrait avoir un autre fondement que la nature même de notre intelligence*

294. Il résulte de ce qui précède : V que le sens intime est un critérium indubitable de vérité pour celui qui l'a ; 2* qu'une preuve, basée sur le sens intime de celui seul qui la produit, peut avoir une grande valeur dans la controverse entre des personnes de bonne foi ; mais 5^ qu'une preuve fondée sur le sens intime n'a aucune force de conviction pour un raisonneur

DE l'intuition INTELLECTUELLE. 83

difficile , qu'autant que nous montrions que le témoignage du sens Intime d'autres personnes s'accorde avec le nôtre.

De l'intuition intellectuelle,

S95. Par Yintuition intellectuelle ou de Yentendement , nous entendons la vue eu la perception claire et distincte que noire esprit a de ses idées. Elle porte aussi les noms d*évidence d'idées, d'évidence intrinsèque ou interne y d'évidence apodictique, d'évidence mathématique y d'évidence strictement dite, etc. Et cette perception ou évidence est immédiate ou médiate, e'est-à-dire , purement intuitive ou démonstrative, suivant qu'on l'a sans ou par l'intervention d'un raisonnement de même évidence.

296. L'objet propre et immédiat de cette évidence n'est autre que le contenu et les rapports de nos idées , abstraction faite de l'existence des choses auxqudles elles se rapportent. Mais comme nous attribuons naturellement aux choses les mêmes rapports que nous voyons entre nos idées, il est juste de dire que, non pas l'existence des choses, mais les rapports essentiels des choses constituent l'objet médiat ou éloigné de l'intuition intellectuelle. Ces rapports sont ceux d'identité, d'inclusion , de nécessité ; d'opposition , d'exclusion , d'impossibilité ; de convenance , de compatibilité , de possibilité , etc. rapports qui n'expriment pas l'existence, mais les conditions indispensables de l'existence des êtres.

297. Quatre caractères distinguent la véritable évidence de ce qu'un homme irréfléchi pourrait prendre pour elle : a) l'éclat de l'évidence ou la clarté de l'intuition ^ b) la constance de cette clarté, c) l'accord avec la raison considérée objectivement (S26)^ d) l'assentiment explicite ou implicite connu ou légitimement présumé des hommes sages capables d'en juger.

298. Lorsque l'évidence ou l'intuition a ces caractères, elle est un véritable crilerium de. certitude. En effet à l'égard de

8011 objet propre et immédiat elle u*est autre chose que le sens intime que nous avons de nos idées , et par conséquent sa certitude est la même que celle du sens intime en géncraf. Et quant k son objet éloigné , Tbomme croit si naturellement, si nécessairement et si universellement qu'entre les êtres dotvent exister les mêmes rapports qu'entre nos idées, que douter de ce point serait aussi contraire & la raison qu^à la nature humaine. Nos idées, que nous regardons tous par Timpulsieu irrésistible de notre nature comme les types des êtres, seraient non seulement inutiles , mais tout à fait montrueuses et antinaturelles j si rhonmie ne pouvait se fier à leur lumière.

â99. Dans les objections contre ce critérium, ou l'on donne pour évident ce qui ne l'est pas, puisqu'il ne réunit point le» quatre conditions voulues, ou l'on suppose que l'évidence m besoin d'une lumière étrangère.

500. De là il suit : i* que l'évidence purement personnelle est un motif irrécusable de certitude pour celui qui la possède; S^ qu'elle a un grand poids dans la discussion avec un homme confiant qui ne peut assez examiner par lui-même le point discuté; 3^ que Ton ne peut tirer de l'évidence une preuve irréfragable pour autrui qu'en constatant son universaUté.

301. Il faut ne pas confondre l'évidence dont il est parlé ici avec l'évidence physique ou morale que présentent les eriteria suivants.

§ ni.

Du rapport des sens extérieurs,

302. Trois conditions sont nécessaires pour qu'une perception sensible puisse avoir lieu : 1^ que l'organe externe soit suffisamment impressionné ; 2° que cette impression soit communiquée au moyen des nerfs h l'organe interne ou l'encéphale (ces deux conditions constituent la sensation purement organique) ; 5* que Tintelligenee attentive s'aperçoive de la modification survenue en elle-même par suite de cette impression (ce qui con-

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