‹ Précis de logique élémentaireChapitre 38 sur 51 · DU SENS MORAL · texte numérisé non relu

DU SENS MORAL

surtout pour constater la véracité de chaque témoignage en particulier. D'ailleurs le témoiguage <i*un seul homme peut donner une certitude entière^ si Ton a un moyen de constater sa véracité.

â"" L'éloignement des temps ne diminue la force de la tradition que là où il est question de faits obscurs et de traditions vagues ; il n'en est pas de même des traditions appuyées sur toutes sortes de monuments historiques et qui rapportent des événements publics et importants.

3<» La sincérité d'un témoin se prouve généralement par l'accord des différentes parties de son rapport entre elles et avec celui d'autres témoins, par sa véracité constatée dans d'autres circonstances, et par l'absence de tout motif de tromper, souvent même par l'impossibilité où il est de tromper sans être démenti.

4° Cela prouve uniquement que tout témoignage n'est pas un critérium de certitude (514).

Du sens moral.

520. Nous donnons le nom de sens ou sentiment moral j de sens commun (sensu strictissimo) , de sens humain par excellence, au penchant naturel qui porte tous les hommes jouissant du plein usage de la raison à admettre fermement des vérités suprasensibles qui ne sont pas pour nous un objet d'évidence interne.

521. L'objet de ce critérium se constitue des vérités les plus importantes , ce sont les principes objectifs de tout ordre métaphysique et moral (1).

(1) Comme le véritable fondement de ce cinquième critérium est l'idée des vérités suprasensibles qui se trouve au fond de toute intelligence , il faudrait dire que , si Ton regarde l'idée prise objectivement comme identique avec la vérité , ce critérium s'appellerait mieux intuition de la rai-

&â DES MOTIFS PARTICULIERS DE CERTITUDE.

522. Ce sens de la nature , étant une fois éveillé dans rhommc , ne se détruit jamais totalement sinon par rali'cnar lion mentale; mais il peut se corrompre à un certain degré» Les causes de sa dépravation sont en général les passions , cl spécialement l'orgueil, le libertinage, les préjugé$ , Tintérél, l'esprit de système et de parti.

o23. La pureté du sens moral se reconnaît à ces marques, qui sont les conditions nécessaires de ce critérium : il est a) naturel dans sa source y b) commun à tous les hommes sensés, c) constant ou perpétuel , d) non opposé à la rai« son (2!i6).

524. Le dictamen de notre sentiment moral est naturel, s'il est spontané et qu'il ne tire son origine d'aucune des sources impures que nous venons d'indiquer (522). On constate à quel point il est commun et constant par l'attestation des personnes avec lesquelles nous vivons , par l'observation des mœurs et Ictudc des maximes et des institutions des peuples et des in-r dividus , par l'examen des monuments historiques de toute espèce et par la voix de notre propre conscience au mi7ieu du calme de la réflexion.

525. On démontre l'existence du sens commun en prouvant qu'il y a des principes métaphysiques et moraux qui réunissent les quatre caractères que nous venons d'exprimer (525).

526. On constate de la manière suivante que le sens moral, quand il réunit ces quatre caractères, est un véritable moyen de certitude : d'un côté tous les hommes sensés y croient naturellement, universellement, nécessairement; d'un autre coté ne pas y croire ce serait ébranler et repousser le fondement de

son : inluilion , parce que la vérité sérail vue elle-même , de la raison , pour la distinguer de rinluilîon de Y entendement (295); mais si on regarde celle idée comme une lumière placée entre le moi et la vérité , ce critérium serait rigoureusement parlant un SESTiMENt de la raison , puisque ridée seule serait immédiatement vue , la vérité qui en est Tobjet serait proprement sentie comme la cause dans son effet.

DE LA MÉMOIRE ET DE l'aNALOGIE. 93

toute certitude, puisque en définitive ce n'est qu*un seul et même principe qui nous fait croire à la fidélité des différents crileria de vérité. On peut ajouter que , Dieu étant l'auteur de notre nature raisonnable » ce qu'elle dicte à tous les hommes ne peut ne pas être vrai.

5â7. Ainsi, quoiqu'on ne puisse accorder aucune valeur à un sentiment purement individuel et contraire au sentiment ou sens commun, celui-ci est cependant un critérium de vérité indubitable.

528. On objecte contre ce moyen de certitude : 4 <> Il est impossible de vérifier si les jugements qu'on dit être attestés par le sens commun ne doivent pas leur origine à l'invention de quelque homme rusé ou à une fausse tradition. 2^ Plusieurs opinions qui étaient jadis de sens commun ont été postérieurement controuvées. 5° C'est un axiome , que la vérité ne doit pas être cherchée dans le grand nombre. 4** Si le sens commun nous égarait , on ne pourrait l'imputer à l'Auteur de la nature , pas plus que si nous nous trompons dans toute autre chose.

329. Mais 1** on peut le constater en recourant aux moyens indiqués ci-dessus (525 et 524). 2<^ Les opinions qu'on a ici en vue n'ont pas les caractères voulus (525). 5'' Cet axiome ne s'entend que du grand nombre d'ignorants , lorsqu'il est opposé aux savants, «i" Ailleurs il s'agit de choses peu importantes ou dans lesquelles l'erreur vient de notre faute ; mais ici il est question de vérités de la plus haute importance et où Terreur ne peut être rectifiée , si la nature elle-même y entraine tous les hommes, sans leur donner aucun moyen de la reconnaître.

APPENDICE

De la mémoire et de l'analogie* I) 550. Nous rattachons la mémoire et Tanalogic au sens

commun, parce que c*est en lui que ces deux moyens de eer* tîtude puisent toute leur force.

I) 351. Par la mémoire on entend !• la faculté que nous avons de nous rappeler plus ou moins aisément nos pensées antérieures , et ^° le dictamen intérieur qui nous assure Videntité de nos pensées actuelles avec celles ,que nous avons eues auparavant.

352. C'est principalement dans ce dernier sens que la mémoire est un critérium de vérité pour Thomme jouissant du plein usage de la raison, qui a fait par Texpérience Tépreuve de la fidélité de ses réminiscences ; pourvu toutefois que son souvenir soit clair, distinct, constant, uniforme ^ invinciblement entraînant et non opposé à la conviction d'autres personnes sages.

335. Lorsque ce sentiment intérieur réunit toutes ces qualités ou conditions , il est un véritable moyen de certitude ; car il est regardé comme tel universellement , naturellement et nécessairement par tout homme sensé. D'ailleurs , puisque le présent ne dure qu'un instant, presque, tout notre savoir repose en grande partie sur la mémoire; le témoignage historique la suppose nécessairement; c'est par elle que l'homme est assuré de son identité personnelle, ou qu'il est le même mdividu qu'il était hier; sans elle il est même impossible de raisonner, son intervention est nécessaire pour aller des principes aux conclusions. Donc combattre ce critérium , c'est attaquer toute certitude et se priver du droit de raisonner.

334. Aussi dans les objections qu'on fpit contre ce critérium ou l'on confond la facilité ou promptitude avec la fidélité de la mémoire, ou bien on parle de la mémoire qui n'a point les conditions exprimées ci-dessus (332).

II) 535. Vanalogie (133) est un argument qui met toujours dans la conclusion quelque chose qui n'est pas exprimée dans l'anlccédent. Il en est de même de l'induction incomplète (152). Sons ce rapport doue, et abstraction faite du principe sous-

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