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CHAPITRE IV

DliS PRINCIPES FONDAMENTAUX DE LA CERTITUDE.

d51. En général on appelle pmcepe rfe ceHiYwde toute raison , motif ou cause, qui nous fait adhérer fermement à la vérité. Dans ce sens tous les moyens particuliers de certitude que nous venons d'expliquer (chap. m) , ainsi que tout ce qui a le nom de principe de démonstration (188), sont de véritables principes de certitude. On distingue donc plusieurs sortes de principes de certitude, indémontrables et démontrables, généraux et spéciaux , primaires et secondaires, fondamentaux et subordonnés, etc. Nous appelons principe fondamental ou fondement de certitude la cause ou la raison que l'analyse découvre la première dans l'ordre progressif et par conséquent dans Tordre régressif la dernière de toutes les raisons pour lesquelles notre esprit s'attache légitimement et imperturbablement au vrai. Dans ce chapitre nous parlerons brièvement des principes fondamentaux de la cerlilude raisonnée et de la certitude primitive, ainsi que du vrai et des faux systèmes de philosophie.

100 DES PRINCIPES FONDAHENTArX DE LA CERTITCDC*

Des principes fondamentaux de la certitude raisonnée.

552. Nous appelons certitude raisonnie ou démonstrative celle qui est acquise par le raisonnement y ou basée sur une démonstralion légitime.

355. Les conclusions des bonnes démonstrations sont donc seules l'objet de cette certitude, qui dépend entièrement (outre la bonté de la forme) de la certitude de la vérité qui lui sert de principe de démonstration (194).

354. Nous l'avons déjà dit, la première condition de tout principe àe démonstration est sa certitude (188); ici nous ajouterons 1^ à quelles marques on peut reconnaître la certitude des premiers principes de démonstration (des principes indémontrables, car les principes démontrables tirent leur valeur des premiers), â** quels sont en particulier ces principes, ù^ quelle est leur portée.

355. Or, l*" si la certitude des premiers principes ne peu< se démontrer (271), elle n'est pas moins facile à constater. £Ue se distingue par ces caractères : ces principes sont tellemeot évidents par eux-mêmes qu'ils sont reconnus et avoués naVurellement , nécessairement et universellement par quiconque fait un bon usage de la raison. Les marques de Ja certitude des premiers principes de démonstration sont donc r a) leur évidence intrinsèque ou extrinsèque (265) , 6) la nécessité absolue ou morale avec laquelle en y adhère, c) l'universalité complète ou équivalente des hommes qui les admettent.

556. 2<» Ces principes sont en général tous les axiomes ou ce qu'on appelle les premiers principes de la raison (n. 1), et en particulier les cinq propositions qui énoncent les cinq moyens particuliers de certitude comme de véritables criteria , ainsi que tout ce qui se constate immédiatement, évidemment et universellement à l'aide de chacun de ces criteria.

DU PRINCIPE FONDAMENTAL DE LA CEaTITUDB PRIMITIVE. 101

557. S*" On peut formuler ainsi la portée de ces principes : chacun d'eux certifie tout ce qu'il contient évidemment, mais rien de plus. Il certifie tout ce qu'il contient évidemment , n'importe que ce soit des conséquences immédiates , secondaires , tertiaires ou ultérieures. Mais il ne certifie rien de plus ; donc il ne rend pas certain ce qui n'en suit que probablement , et surtout on ne peut se servir d'un principe purement subjectif, formel ou idéal , pour prouver une vérité objective , réelle ou d'existence. Chaque principe n'est applicable qu'aux vérités de son ressort.

Du principe fondamental de la certitude primitive.

558. Par la certitude primitive nous entendons la certitude objective des tout premiers principes de la raison , et en cherchant ici leur principe fondamental , nous ne cherchons plus les caractères qui leur sont inhérents, celte évidence qu'ils manifestent de leur côté et qui entraîne avec tant de force et de douceur l'assentiment de tout homme raisonnable (nous venons d'en parler au § I ) , mais nous demandons quelle est la faculté suprême , le moyen général ou le critérium universel , sur lequel s'appuyent et auquel se réduisent en définitive tous les moyens particuliers de certitude.

559. Un tel critérium , s'il existe , doit se reconnaître aux marques suivantes : il doit d'abord réunir les conditions de tous les premiers principes, c'est-à-dire , sa vérité doit être tellement évidente par elle-même , qu'elle entraîne naturellement et nécessairement Tassentiment universel; en outre il doit être universel dans ce sens qu'il contient toutes les autres vérités, tous les autres moyens de certitude; de plus nous soutenons , qu'il faut qu'il soit universellement reconnu comme critérium suprême, du moins en pratique.

560. Or ce principe , ce critérium , cette faculté suprême n'est ni ne peut être que le sens commun ^ la raison naturelle ou

iOS DES PRINCIPES FONDAMENTAUX DE LA CERTITUDE.

la nature raisotmable de l'homme. Et on peut la définir la disposition intérieure qui nous force, sous peine de nous sentir extravaguer, à reconnaître la certitude de la vérité lorsque l'évidence de cellc'ci est aperçue par un des moyens particuliers de certitude.

56i • Il est inutile de montrer que ce principe réunit toutes les conditions que nous avons signalées plus haut (559) , la chose est trop manifeste.

362. Mais il est nécessaire d'indiquer brièvement à quel signe on doit distinguer la raison naturelle d'avec ce qu'un homme irréfléchi ou prévenu pourrait confondre avec elle. Or celui qui ne veut pas s'abuser ne dira jamais que la raison naturelle est sa raison à l'exclusion de celle des autres hommes, ni celles des autres à l'exclusion de la sienne. Il reconnaîtra donc la raison naturelle à ce double signe : à la clarté et à l'énergie avee laquelle il entend sa voix en lui-même , surtout pendant Je calme de toute affection désordonnée et le recueillement de la réflexion , et à l'accord explicitement connu ou légitimement présumé des autres hommes qu'il doit supposer aussi bien doués de la raison que lui-même; car ce qui est véritablement naturel est commun à tous ceux qui jouissent de la même nature (285,6).

565. En réfléchissant sur ce que nous venons de dire, on voit que souvent l'homme n'a pas besoin de sortir de son intérieur pour connaître ce qui est commun, d'autant plus que la raison de chacun de nous n'a pu se former ou se développer qu'à l'aide d'autres raisons, et que par cette espèce d'éducation elle a naturellement appris la mesure de sa force et de son accord ou désaccord habituel avec le sens commun. Voilà aussi pourquoi d^une part l'individu peut souvent être réellement certain sans consulter d'autres personnes sur leur sentiment, quoiqu'il ne puisse jamais avoir raison contre le sens commun^ et pourquoi d*autre part il ne pourra efiicaccment démontrer à autrui aucune vérité sans s'appuyer sur un principe généralement admis comme vrai.

DE LA CAUSE PREMIÈRE DE TOUTE CERTITUDE. i05

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