III
De la cause première de toute certitude.
564 Dans le ^ qui précède nous avons touché la pierre fondamentale de notre édifice intellectuel; et nous ne pourrions en effet raisonnablement douter de la vérité, lors même que nous ne saurions aller plus loin et sonder le sol même sur lequel cette pierre repose; si tel était notre sort, nous serions seulement dans une impuissance égale de douter de la vérité et de trouver sa source.
365. Mais il n'en est point ainsi ; car nous savons, et il serait facile de le prouver si c'était ici le lieu de le faire , a) que nous ne nous sommes pas faits nous-mêmes ce que nous sommes, 6) que conscquemment nous ne devons pas à nousmêmes ce que nous avons originairement, et en particulier
c) que la vérité n'est pas notre ouvrage ni le produit de notre intelligence, mais qu'étant éternelle, elle suppose nécessairement un être dans lequel elle subsiste éternellement et d'où elle parvient à tous ceux qui l'acquièrent dans le temps , et par conséquent
d) que c'est en Dieu, la vérité souveraine et substantielle^ le principe de toute connaissance et l'auteur de tout ce qui existe, que nous devons chercher la cause première et dans ce sens le fondement extérieur de toute certitude, bien que dans un autre sens rien ne nous soit plus intérieur que Dieu.
566. Or nous appelons Dieu la cause, le fondement, le principe absolument primitif 1° de toute certitude , parce que c'est lui qui nous a faits ce que nous sommes et qui nous a donné ce que nous avons , et en particulier que c'est lui qui a) nous a créés capables de connaître le vrai et de le distinguer du faux ; qui 6) a mis en nous le germe de toutes nos connaissances , quand , en nous créant à son image et à sa ressemblance , il a doté notre âme des idées primordiales, des premiers principes, lesquels constituent le fond de notre raison; qui c) nous a révélé les vérités fondamentales de la métaphysique et de la morale, et qui
d) uous a doues en même temps du priueipe de toute certitude, en nous accordant cet heureux penchant de la nature qui nous porte à donner notre assentiment , lorsque la vérité nous apparaît avec ses caractères distinctifs, et à le refuser ou à le suspendre I quand nous ne trouvons pas de marques snflBsantes de vérité.
S*' A regard des vérités métaphysiques , qui sont les vérités philosophiques par exceliencei Dieu est encore le principe fondamental de notre certitude , parce qu'il est la première vérité, la vérité essentielle, en tant que son entendement est à dire vrai, comme s'exprime Leibnitz, (a région des vérités étemelles^ et que toutes ces vérités sont, comme le ditBossuet, qudque chose de divin ou plutôt Dieu même.
^"^ A l'égard de toutes les existences Dieu est le suprême principe scientifique aussi dans ce sens que d'une part il n'y a pas de science complète sans expliquer la cause de l'existence des êtres dont elle s'occupe et que d*autre part l'origine d'au« cune existence ne s'explique sans remonter jusqu'à Dieu.
367. Il est donc juste de dire avec Bossuet : // est certain qu'en Dieu est la raison primitive de tout ce qui est et de tout ce qui s'entend dans l'univers ; et avec Ancillon : Toute philo' Sophie^ qui ne part pas de Dieu et ne ramène pas tout à Dieu, est par cela même une philosophie manquée et fausse.
§iv.
Du système vrai de philosophie.
568. On appelle systhne scientifique un ensemble de points de doctrine s'attachant par un lien intelligible à un point fondamental qui contient la raison de tous les autres, et sys*tème philosophique un tel ensemble de vérités de la raison , ou de points de doctrine concernant les premiers principes de la raison.
On distingue donc dans tout syslrme \^ plusieurs points