‹ Précis de logique évolutionniste: l'entendement dans ses rapports avee le langageChapitre 10 sur 79 · Jusqu'ici nous n'avons affaire qu'à · texte numérisé non relu

Jusqu'ici nous n'avons affaire qu'à

des influences irrationnelles et d'ordre physiologique. Mais avec la distinction significative du cri-vocable, on peut, on doit admettre réveil, en ce qui le concerne, delà conscience individuelle, et désormais Tinfluence de Tesprit sur les développements ultérieurs du langage. Ces développements se coordonneront de plus en plus avec ceux de l'intelligence même et les refléteront d'autant mieux qu'ils en procéderont davantage.

Rappelons, pour mettre ces rapports en relief, que la notion des choses acquises par la perception, ou la connaissance proprement dite, va de l'indéterminé au déterminé en passant par des transitions qui s'écartent de plus en plus du point de départ pour se rapprocher de plus en plus du point d'arrivée ou du but. En d'autres termes, la première impression des objets sur les sens, soit qu'il s'agisse de l'état psychologique de l'humanité commençante^ de l'enfant au début de la vie ou même de l'adulte actuel passant brus-

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quement, comme au moment du réveil^ de la non-perception à la perception^ est la confusion ou le chaos auquel succède graduellement la distinction de plus en plus délicate et précise des caractères qui différencient les objets.

Le langage a fait de même. Après la période confuse où il ne s'appliquait qu'au genre universel des objets propres à provoquer le cri ; après la période suivante déterminée par une distinction rudimentaire des genres généraux ou de ceux que caractérisent les différentes qualités qui mettent ces genres en rapport avec la sensibilité répercutée par la voix du sujet parlant, — des distinctions plus précises, signifiées par de nouvelles formes vocales, ont atteint enfin les genres pro prement dits et donné naissance aux noms cammunSj simples variantes synonymiques à l'origine des. noms- adjectifs de la période précédente.

Comparons ce qui se passe pour l'homme

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qui, ignorant, par exemple, les distinctions génériques sur lesquelles la botanique est fondée, commence par grouper sous le terme largement généralisateur d'herbes toutes les plantes qui garnissent un pré, ou sous celui d'^arbres toutes les essences ligneuses qui peuplent une forêt. Ce n'est que plus tard et en tenant compte, par un minutieux examen, des différences et des ressemblances que présentent entre elles les plantes du pré et les arbres de la forêt, qu'il pourra, en s'aidant des nomenclatures techniques, distinguer et dénommer chacune des espèces qu'il confondait d'abord sous une même idée et sous un même nom.

L'esprit humain a procédé instinctivement de même quand il s'est agi de développer de concert l'intelligence et le langage, avec cette différence qu'il innovait, alors que l'homme moderne n'a plus, en pareil cas, qu'à appliquer, à l'aide de la science acquise, les inventions inconscientes et spontanées de ses ancêtres.

10. — Il va de soi que, dans chacune des trois périodes dont nous avons esquissé les traits distinctifs, le cri ou le vocable significatif n'a pu s'attacher tout d'abord qu'à un seul objet du genre dénommé, pour s'étendre ensuite d'une manière bien naturelle à tous les individus de ce genre. C'est ainsi que les noms des genres proprement dits (3* période) sont devenus les noms communs à tous les objets ou individus d'un même genre. Exemples : cheval, thym, chêne, etc.

La création de ces noms des genres réels eut d'ailleurs pour effet nécessaire de désaffecter en quelque sorte, à titre de noms des genres désormais déclassés, ceux des larges catégories (genres généraux — 2® période) qui les avaient précédés. Et comme ceux-ci s'appliquaient aux choses en tant que distinguées par leurs qualités saillantes, ils devinrent, ou plutôt ils restèrent par convention tacite les noms de ces qualités, ou des adjectifs, ou, ce qui revient encore au même, les

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noms des genres-qualités. Exemples : dur ou le dur, primitivement le genre des choses dures ; doux ou le doux, primitivement le genre des choses douces; sonore ou le sonore, primitivement le genre des choses sonores, etc.

11. — Jusqu'ici nous ne nous sommes rendu compte que des noms individuels, mais immédiatement, pour ainsi dire, transformés en noms de genres ou en noms communs.

A savoir :

I** Le nom du genre tout à fait général ou unique, — pronom démonstratif;

2® Le nom des genres plus généraux que les genres proprement dits, — nom des genres-qualités ou adjectif ;

3<» Le nom des genres proprement dits ou réels, — nom commun.

Mais si une observation relativement superficielle, avait fait confondre d'abord sous une même dénomination tous les individus du même genre, comme auparavant une obser-

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va tien plus superficielle encore avait groupé autour d'une désignation unique plusieurs genres qu'apparentait entre eux une même qualité saillante, on ne tarda pas à remarquer qu'au sein des genres mêmes, les individus ou les objets comportaient des différences caractéristiques qui permettaient et nécessitaient, pour compléter le système verbal significatif, l'emploi de désignations particulières ou de noms propres. Une difficulté d'ordre pratique s'opposait toutefois à ce que la méthode, qui servait à la désignation des genres, fût appliquée à celle des individus composant les genres. Ces individus étant innombrables ou susceptibles de Têtre, il y avait impossibilité, en effet^ à moins de multiplier à Tinfini les dénominations elles-mêmes et de les rendre par là impropres à l'usage qu'on en attendait si la mémoire était incapable de les retenir et de les classer, d'en attribuer d'une manière spéciale une à chacun d'eux. Uesprit humain s'en rendit compte instinctive-

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ment, peut-être à la suite d'essais infructueux. Dans tous les cas, il fut amené par la force des choses à recourir à une combinaison que facilitait l'organisation actuelle du langage et qui consistait à dénommer les individus, les objets, ouïes phénomènes individuels en ajoutant au nom du genre auquel appartenait l'objet particulier qu'il s'agissait de désigner (nom commun), celui de la différence caractéristique ou de la qualité à la fois propre et saillante de cet objet, c'està-dire à Taide de l'adjectif correspondant.

Par là, le matériel existant du langage suffisait au but qu'il fallait atteindre et la difficulté dont il a été question se trouvait évitée. — Exemples : L'homme grand, le rosier nain, la fleur fanée, etc. ^

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