LA RAISON, LE HAISONNEMEM
alors qu'au contraire, dans le second, la constatation à laquelle on aboutit pour conclure rentre tout entière dans celle qui sert de point de départ au raisonnement et n'aboutit en réalité qu'à des changements de vocables. On peut remarquer, en outre, que dans le raisonnement : « L'homme est mortel, Pierre est un homme, donc Pierre est mortel, » la conclusion ne rappelle cet attribut de Pierre qu'au cas où l'on aurait oublié qu'il est homme. Et comment aurait-on pu l'oublier si l'idée du genre est étroitement liée à celle des individus qui le composent ^ ?
Au reste, la stérilité du syllogisme substitutif n'éclate-t-elle pas aux yeux par la stérilité même de la philosophie scolastique dont il était le principal instrument? Et quel contraste avec les conséquences fécondes du raisonne-
i Le raisonnement substitutif sous forme d'enthymèmc : « Je pense, donc je sui», » ne fait pas exception à cet égard. Il est uniquement fondé sur cette définition : « La conscience personnelle est Tctre » et sur la substitution de « je » à « on (pense donc on est). »
lOO LE RAISONNEMENT ET SES AUXILIAIRES
ment de causalité qui a joué un rôle si brillant et si utile dans la fortune de la méthode baconienne, k laquelle il a prêté son précieux concours !
66. — Le syllogisme est la forme analytique et consacrée du raisonnement substitutif.
Le syllogisme comprend trois termes, ou trois propositions, appelées majeure, mineure et conclusion. Exemple :
Majeure : Tout homme est mortel.
Mineure : Pierre est homme.
Conclusion : Pierre est mortel.
La majeure pose en fait que le genre exprimé par le sujet a pour qualité ou propriété celle qu'exprime Tattribut.
La mineure établit, de son côté, que l'individu exprimé par le sujet appartient au genre qu'indiquent de concert le sujet de la majeure et l'attribut de la mineure.
Enfin, la conclusion a pour objet d'en déduire que l'individu exprimé par le sujet de la mineure possède la qualité qu'indiquent tout
LA KAlSOxN, LE RAISOINNEMENÏ lOI
à la fois l'attribut de la majeure et celui de la conclusion même.
67. — Dans lusage courant, le syllogisme se réduit à des formes synthétiques où la majeure surtout n'est qu'impliquée, comme, par exemple, quand on dit : « Pierre est homme et, par conséquent, mortel; » ou bien : « Je pense, donc je suis. » Ces formes réduites sont appelées enthymèmes (iv9ju>7^ua).
Les différentes formes (ou modes), combinaisons et réductions auxquelles peut se prêter le syllogisme et qui tiennent tant de place dans les anciennes logiques, ne valent pas la peine que nous nous y arrêtions davantage.
Toutes se ramènent si facilement au procédé fondamental de substitution qui est l'essence même de tout syllogisme et s'expliquent si clairement par lui, qu'il est superflu d'entrer à. cet égard dans des détails dont l'importance réelle ne rachète pas la vaine complexité ^
* Rappelons toutefois que les raisonnements substitutifs se divisent en dédnctifs ou inductifs^ selon qu'ils