CHAPITRE V
La prcuTe. — L^Jiypolliés*. — La méthod« •xpérlmeiitale.
74. — On appelle preuve la constatation d'un fait qui justifie la conclusion d'un raisonnement de causalité (ou bien aussi d'un raisonnement déductif) .
Les raisonnements déductif s ne requièrent pas de preuves, puisqu'ils n'impliquent pas d'assertions véritablement nouvelles. Il faut pourtant mettre à part les raisonnements arithmétiques où les substitutions s'effectuent mécaniquement, en quelque sorte, et admettent des erreurs qu'on découvre et qu'on redresse en contrôlant ces raisonnements par d'a.utres qui doivent aboutir aux méixies ré-
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sultats, ou à tels résultats coordonnés qui permettent de voir si les premiers sont exacts ou non.
Exemple de preuves d'une conclusion contemporaine de Fobservation sur laquelle porte le raisonnement : la vue de la glace dont on a induit l'existence d'après le thermomètre.
Preuve d'une conclusion qui consiste à induire un fait ancien d^une observation actuelle : la mise au jour du gland auquel est attachée et d'où sort la jeune tige de chêne que Ton a considérée comme issue d'une graine.
Preuve d'une conclusion qui consiste à in duire d'une observation actuelle une conséquence ultérieure : l'éclosion du chêne sortant du gland que Ton a semé antérieurement.
Les raisonnements de causalité dispensent de preuves quand la relation sur laquelle ils s'appuient est suffisamment déterminée. Mais
LA PREUVE. l/nyPOTm%SE, ETC. Il3
c'est en matière d'hypothèse que les preuves sont d'un usage aussi fréquent que nécessaire.
75. — On appelle hypothèse l'attribution provisoire d'une cause ou d'un effpt à un effet ou à une cause dans des conditions où la relation, au lieu d'être sûre, n'est que possible ou vraisemblable.
L'hypothèse ne se traduit en certitude qu'à l'aide de preuves qui .mettent hors de doute les rapports de causalité dont la constatation est nécessaire pour la vérifier :
J'ai soif et je souffre de maux de tête qui me font supposer que j'ai la fièvre; cette hypothèse sera infirmée ou confirmée selon que la fréquence des pulsations de l'artère appuiera ou démentira les autres pronostics.
Toute hypothèse doit être fondée sur un commencement de preuve qui résulte directement ou indirectement de la perception ou de l'observation ; sans cette condition première, l'hypothèse est gratuite et n'a pas de droits scientifiques à être posée.
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Les sciences exactes, c'est-à-dire les mathématiques abstraites, n'impliquent point d'hypothèses, parce qu'elles consistent uniquement en, substitutions dont les conditions sont déterminées par des habitudes immuables ; deux et deux sont quatre et ne sauraient être autres. Toutes les autres sciences dont FeJbjet est à la fois pratique et concret comportent un plus oji moins grand nombre de parties hypothétiques, c'est-à-dire qu'elles échappent au moins par quelque endroit à une démonstration complètement acquise ^
Un exemple^ entre une infinité d'autres, d'une démonstration scientifique incomplète
A Les sciences exactes fournissent les moyens de classer exactement et de synthétiser les données des sciences naturelles (et des autres), mais celles-ci ne sont exactes que dans la mesure même où l'observation dont elles découlent peut l'être, c'est-à-dire d'une manière qui n'est jamais qu'approximative. On en a la preuve, entre autres, par l'impuissance où est encore la chimie de re produire exactement les substances organiques.
La seule forme des sciences exactes qui s'accuse par une exactitude d'ordre pratique, est celle des dénombrements individuels, ou celle qui, sous le nom d'arithmétique, con-
LA PREUVE. — l'mYPOTUÉSE, ETt.. Il5
résulte de l'absence de certains intermédiaires du passage d'une race à Tautre qui seraient de nature à fournir la preuve absolue de la théorie de l'évolution des espèces animales. Tant que ces intermédiaires manqueront, cette théorie restera à l'état d'hypothèse ; hypothèse, on doit le dire, qui s'appuie déjà sur tant de preuves qu'elle équivaut presque à la certitude; mais, néamoins, hypothèse en ce sens qu'il manque encore des anneaux à la chaîne de ces preuves.
76. — Les hypothèses peuvent être isolées ou coordonnées. Un ensemble d'hypothèses coordonnées autour d'un même objet s'appelle théorie ou système.
De même qu'une hypothèse isolée doit reposer sur un commencement de preuve, toute théorie doit être fondée sur une première
sistc A grouper, les unités appartenant à un même genre sous un nom collectif; et ce résultat est dû à ce que l'unité ou l'individualité est le seul caractère précis et absolu des choses.
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garantie de vérité qui consiste dans son caractère systématique ou dans l'étroite corrélation de toutes les hypothèses particulières qui la constituent. L'univers se présentant à nous comme un vaste enchaînement de causes et d'effets, ou comme un immense svstème ^ toute partie de la science de l'univers a pour condition initiale d'exactitude de reproduire cet enchaînement en ce qui la concerne.
77. — Le procédé de vérification des hypothèses, au moyen d'expériences qui ont pour hut de constater de visu si la relation qu'elles supposent entre telle cause et tel effet est réelle, s'appelle méthode expérimentale.
^ Objectcra-t-on les antinomies? Il n'en est aucune de démontrée et la plupart de celles qu'on invoque reposent sur des sophismes évidents. On ne saurait dire, par exemple, que le devenir est cire et non-ctre qu'en jouant sur les mots et en désignant par le mcmc terme deux choses que la perception nous donne comme différentes, à savoir l'être (ou la cause) actuelle et son mode futur (ou l'effet). Concevoir le devenir comme être, c'est s'interdire de le concevoir comme non-ôtre, et réciproquement. Cf. Renouvicr, Logique, III, 3, seqq.
LA PllELYE. — i; HYPOTHÈSE 'ï>7
Cette méthode est celle de la science même, c'est-à-dire qu'elle seule est qualifiée pour donner l'investiture scientifique aux hypothèses.