‹ Précis de logique évolutionniste: l'entendement dans ses rapports avee le langageChapitre 68 sur 79 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

L«B mythes '.

98. — L'erreur la plus grave, la plus profonde, la plus fertile en conséquences de toute sorte, et qui durent encore, dont le langage ait été la source, est le tt^wtov ^sOêoç qu'on appelle le mythe ou la mythologie.

* Comparer, d'une part, pour ce chapitre, mes ouvrages intitulés: Le Rig-Véda et les origines de la mythologie indo-européenne (1892), et Les premières formes de la religion et de la tradition dans VInde et la Grèce (i894); et, d'autre part, le livre de M. Lang, publié sous le titre de Mythes^ cnltes et religions (traduction Marillier), dont les théories sont en contradiction absolue avec celles que je résume ici.

Ces théories donnent lieu aux remarques suivantes : Le sauvage a des traditions et des semblants de croyances sur lesquelles on s'appuie pour prouver qu'il est capable d'imaginer le surnaturel. Mais d'où viennent

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Rappelons, pour en préciser l'origine^ que toute image vient directement ou indirectement des sens ; que toute image a pour cause

ces traditions et ces croyances? Toute la question est là. Elles ne sauraient être probantes dans le sens indique qu'au cas où elles auraient pris naissance par des procédés purement mentaux chez les nations mêmes où on les rencontre. Or, leurs ressemblances donnent tout d'abord à croire qu'il s'ai,nt bien plutôt d'emprunts que de conceptions originales.

Au point de vue purement psychologique, l'hypothèse de la spontanéité de Tidéc du surnaturel est absolument inadmissible. L'aberration d'esprit qu'elle suppose ne saurait être primitive, ù moins de croire qu'elle peut être le résultat de la perception externe ou que cette perception est susceptible d'altérations internes qui la dcforment et la travestissent. Partir de là, c'est non seulement placer Tétat mental de l'homme au-dessous de celui delà béte,mais c'est aussi rendre inexplicable la vie même du sauvage. S'il croyait réellement, primitivement, spontanément au surnaturel, il agirait contre la nature et non selon la nature, c'est-à-dire en dehors de toute condition dVxistencc. S'il n'en est pas ainsi, c'est que, d'une manière générale et naturelle, ses perceptions et ses sentiments sont justes. Donc, ce que ses idées ont de faux est d'emprunt ou le fait d'erreurs de langage.

On compare sans hésiter, et à titre de méthode constante et autorisée, les traditions mythiques des sauvages avec celles des Grecs et des Indous, en inférant des ressemblances qu'on croit y voir qu'elles ont dû naitre spontanément ici et là, grâce à des conditions de dcvc*

LES MYTHES l6y

première un objet perceptible réfléchi par l'œil d'abord et par la conscience ensuite. Il en résulte : i° que le fantastique ou l'irréel et le mythe, qui n'est qu'une forme du fantastique, ne sauraient venir de la perception ; a° que ce qu'on appelle l'animisme ou le fétichisme n'en viennent pas davantage, puisque ces superstitions supposent Vidée d'êtres irréels ou tout au moins invisibles (ou imperceptibles) .

Concluons-en, qu'en bonne logique et en bonne psychologie, les mythes, quels qu'ils soient, ne sauraient avoir pour point de départ que des désaccords entre le mot-signe

loppcmcnt intellectuel analogues. Mais avant d'en juger ainsi^ ne faudrait-il pas prouver que les traditions des sauvages actuels n'ont pas pour origine des emprunts faits à celles des civilisés ? A qui fera-t-on croire que le conte du Petit^Poncet, par exemple, est de création spontanée dans toutes les contrées où on le retrouve, c'est-à-dire à peu près partout? Dans tous les cas, l'hypothèse est absolument erronée en ce qui regarde les légendes mythiques de l'Inde ancienne, dont on saisit l'origine verbale et le développement A chaque ligne des textes védiques.

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et la perception ou Tidée qu'il signifie^ c'est-àdire des erreurs verbales érigées en traditions. Nous ajouterons qu'à moins de saisir l'erreur à sa naissance^ là où elle se produirait encore, la philologie et l'histoire peuvent seules livrer le secret des origines mythiques.

99. — La naissance de la plupart des mythes d'où est issue la religion indo-européenne, sous les différentes formes qu'elle a prises dans l'Inde, en Grèce, à Rome, etc.^ se laisse encore surprendre dans les hymnes sanscrits dont la collection a reçu le nom de Hiff'Véda. Une multitude d'observations concordantes nous montrent çà et là dans ce recueil des ébauches de mythes issus de comparaisons que l'on a perdues de vue et dont les éléments se sont substitués, souvent en se personnifiant, à l'objet qui les avait provoquées.

Un exemple, dont la netteté ne laisse rien à désirer, nous est fourni par ce passage du Rig-Véda dans lequel un sacrificateur, usant d'un procédé de langage qu'on retrouve dans

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