Une contre-épreuve curieuse etde
lO.
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nature à nous montrer que, si Tétat d'esprit d'autrefois pouvait renaître, si la faculté mythologisante était encore compatible avec la manière de penser actuelle, les éléments ne manqueraient pas pour lui fournir l'occasion de reproduire d'une fa^on sensiblement analogue les illusions des anciens temps. Relisons, pour nous en convaincre, la strophe de Victor Hugo citée à la page 162, et nous nous rendrons compte qu'il suffirait de la prendre au sens littéral pour évoquer ce tableau mythique tout à fait dans le goût de ceux de l'Inde et de la Grèce : le démon Appétit personnifié sous la forme d'un pourceau ; l'Orgueil prenant la figure d'un monstre sans genoux ; l'Egoïsme se lavant les mains dans un bain de sang; et le Ventre devenant le nom d'une caverne remplie de serpents hideux.
Aucun de ces détails ne serait d'ailleurs plus extravagant et plus grossier que ceux dont est remplie la mythologie de la nation
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réputée pour avoir uni en toutes choses l'idée de la mesure la plus parfaite à celle du goût le plus exquis, c'est-à-dire la Grèce.
Ce qui pourrait si bien se faire encore, pourvu qu-un certain état d'esprit sV accommode, nous montre ce qui a dû se faire et ce qui s'est fait quand tant de circonstances — l'oubli du sens exact et primitif des hymnes sacrés, l'absence de toute culture et de toute critique, la crédulité surtout vis-à-vis des formules sacrées et des textes religieux — favorisaient une erreur qui consistait en somme à prendre les choses au pied de la lettre.
104. — Du reste, sommes-nous bien à l'abri de toute erreur mythologique ? S'il est certain que ce qu'on peut appeler la moyenne de l'intelligence générale ne se prête plus, et depuis longtemps, aux conceptions contraires à toute raison et à toute vérité d'où sont sorties la mythologie et la religion indo-européenne ; si personne n'est tenté en lisant la Henriade de prendre au sérieux là personni-
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fication du Fanatisme et de la Politique, il n'en est pas moins sûr que le langage continue souvent, soit de donner l'apparence de ce qu'on pourrait appeler des idola verbi à l'objet désigné par certains mots abstraits, comme quand on dit :
La gloire du héros,
La renommée du prince,
La loi le défend,
La vertu est toujours récompensée, etc. ^ ; soit, et ce qui est plus grave, d'attribuer une individualité bien voisine de la personnification proprement dite à des collectivités telles que l'armée, la police, le ministère, l'Etat, la République, la France, etc. Il est évident
* Pour les mots abstraits, les causes d'erreurs résultent de l'absence de sens propre. A l'inverse des mots concrets, ils ne correspondent à rien de bien défini ni de bien définissable (90). Le vague qu'ils impliquent laisse le champ libre à des interprétations fort difTérentes les unes des autres. On peut se rendre compte des malentendus qui en découlent, dans la langue politique surtout, par le livre de M. Ch. Benoist, intitulé Sophismes politiques (1894).
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qu'une nation, par exemple, n'étant rien en dehors des habitants de la contrée qui la composent, ne correspond qu'à une idée d'ensemble, à une synthèse commode, mais dont l'objet réel, les individus réunis, ne se prête guère à des jugements généraux tels que : « la nation française est légère, le peuple anglais est égoïste, etc. » De pareilles expressions ne sont que des moyennes approximatives dont il y a toujours lieu de se défier et qu'on ne peut rendre plus exactes qu'en entrant dans le détail et en substituant, en ce qui les regarde, l'analyse à la synthèse^.
^ A ce point de vue, Temploi au pluriel de certains mots concrets donne lieu aux mêmes remarques. Exemple : les Français = la nation française.
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